APRES AVOIR CRU LA QUITTER
(Eysins. - 1836.)
Chère maison , nous avons cru te dire Le long adieu qui reste au fond du cœur. Oh ! laisse-nous de t4)n rustique empire Le sceptre , au loin fort peu dominateur ! Là , les grands monts pour décor de théâtre ; Point de vain bruit pour distraire la foi ; Mais seulement de la cloche du pâtre Le chant d'automne autour de toi !
Rouvre sur nous ta porte à moitié close ! Tu le savais , mais tu n'en as rien dit : Notre lutin , dans son foyer morose ,
De ce départ restait tout interdit.
Mais il nous garde : aussi, le long de l'àtre, Il saute , jl danse à petits pas pressés , . Et tourne au son de la cloche du pâtre Qui chante un air des temps passés.
Voici la place où notre table ronde , Non d'ais sculptés , mais vieille et de sapin , Boiteuse même , accueille tout le monde , . Offrant d'abord et le sel et le pain. Moins âgé qu'elle , un seul flacon .noirâtre La réjouit, et verse en longs ébats Mille propos , où la cloche du pâtre Vient aussi faire écho tout bas.
Un jour de plus retourne à son Arbitre. Le feu s'amuse avec ce jour mourant , Gomme un enfant , collé contre la vitre , Y suit son rêve au crépuscule errant.
La terre , immense et riche amphithéâtre , Pâlit , s'efface et se perd dans les cieux. On n'entend plus que la cloche du pâtre Qui parle aux cœurs silencieux.
Maison du ciel , invisible demeure Où n'entre rien de souillé ni d'impur ,
Fort de celai qui se repent et pleure , Pour le rebelle abime vide , obscur !
La terre au loin » éclair triste et bleuâtre , Passe un moment dans ton éternité , Tandis qu'au son de la cloche du Pâtre S'assemble ta postérité.
Des vieux soleils , des étoiles perdues , Ceux dont la mort ne rive point les fers Viendront en foule , apportés par les nues , Ciomme la feuille an rivage des mers.
Laissons àormir notre monde idolâtre Et , sur les flots où l'autre bord nous luit , Prétons l'oreille â la cloche du Pâtre Qui nous appelle dans la nuit.
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