‹ Les chansons lointaines, poèmes et poésiesChapitre 12 sur 156 · U VISITE · texte numérisé non relu

U VISITE

[Pour Eysins. Janvier i840.)

Lorsque le Soir, pensif et sombre,

Met son manteau de pèlerin ,

Comme lui , je voudrais , dans Tombre ,

Franchir coteau, bois et ravin.

Je pars , j'arrive à tire-d'aile ;

Je ne crois plus rêver , déjà ;

Et de tout loin je vous appelle ,

Je viens, je frappe... Etes- vous là?

Que fait ma mère? est-elle encore Au jardin , près de Vabeiller ?

Malgré le poussin qui pérore, Ferme-t-elle le poulailler?

Mon père est-il à la montagne Depuis que Taube étincela ?

Dans les vallons la nuit le gagne.

Tous, pour l'attendre, êtes- vous là?

Le vieux Coq , secouant sa crête , Dit gravement sur le perchoir :

(( Femme de cœur , femme de tête » Est celle qui vient chaque soir. »

Puis il s'endort; mais sa louange , Que nul poète n'égala , Yole de l'étable à la grange.

L'entendez-vous , êtes-vous là?

Le Sapin cause avec le Hêtre Sur les monts , plus noirs que la nuit. Il lui dit : tt Vois-tu ce vieux maître » Que mon ombre au loin reconduit !

» Gomme nous il eut ses orages , » Son coup de vent dont il trembla : » Ainsi raisonnent nos deux sages.

Mon père arrive... Etes-vous là?

Autour du feu , dans la cuisine , Vieille , lustrée , aux murs brunis , Quand tout s'égaie et s'illumine ,

Enfin, vous voilà réunis.

Pauvre Chanson , que l*hiver glace , Qu'un peu de soleil réveilla , Entre à présent , entre à ma place , Dis à ma place : Etes-vous là ?

Page 1