VI PREFACE
volontiers rêveuse de sa nature, peut achever ou pour* suivre à son gré.
L'auteur n*ignore point que c'est là , en fait d*art , une manière de sentir et de juger peu française. L'esprit français , par habitude ou par goût , aime mieux en général les clairs que les ombres, le devant que le fond de la scène, les premiers plans que ces lointains où Ton ne voit, comme on n'y est vu, qu'à demi ; cette manière de sentir ne saurait pourtant lui être absolument étrangère, puisque, après tout, elle est humaine ^ et qu'on la retrouve , avec les formes poétiques qu'elle affectionne, aussi bien dans les chants populaires de la France que dans ceux de toutes les autres nations. Au surplus, ces formes naïves, et le genre de compositions qu'elles supposent , l'auteur ne se flatte assurément point d'avoir toujours réussi aies renouveler, ni à les approprier à une poésie plus moderne, comme il l'aurait voulu et comme elles le mériteraient.
Il y a longtemps qu'on l'a remarqué : un auteur est comme un père ; ce sont souvent ses enfans les plus faibles envers lesquels il se montre le plus faible aussi. Tel est un peu notre cas, s'il faut l'avouer, à l'égard de quelques chants de famille , ou chansons d' enfans, que Ton pourra s'étonner à bon droit de trouver ici couchés tout au long sur du beau papier et en beaux caractères d'imprimerie ; mais le lecteur, s'il est père