‹ Les chansons lointaines, poèmes et poésiesChapitre 37 sur 156 · LE VOLCAN ÉTEINT · texte numérisé non relu

LE VOLCAN ÉTEINT

Réponse , à Frédéric MouDeron.

Qui voudrait se reprendre au souffle du bel âge , Qui pourrait voir en soi renaître un ciel d'azur, Un beau ciel du matin , un air brillant et pur, Où la vie est légère et flotte sans nuage ;

Qui pourrait de son cœur rallumer le flambeau , Secouer le linceul de tant de fleurs fanées Qu'amoncelle sur lui le souffle des années , Et remettre le pied sur son propre tombeau ;

Qu'il ne le tente pas ! Laissons dormir la cendre. Dans son vivant cercueil laissons l'àme descendre , Laissons-la disparaître en ce gouffre profond Qu'elle peut déchirer, mais où rien ne répond.

Tais-toi , volcan d'un jour dont la flamme est éteinte ! Pourquoi, dans ton cratère, à jamais effeuillé De ces roses de feu qui bordaient son enceinte , Réchauffer sans espoir quelque débris mouillé?

A quoi sert de r'ouvrir sa prison mal fermée , De remonter au ciel par un dernier effort , Quand on ne lance, hélas ! qu'une vaine fumée. Semblable, dans la nuit, au drapeau de la mort?

Sur tes bords refroidis , sur tes pentes séchées , Laisse venir en paix la vigne et la moisson , Les fleurs sous les sapins languissamment couchées : Ce sera ta couronne en l'arrière saison !

Au lieu de ces torrens d'une flamme rapide , Peut-être de ton sein tu verras naître au jour Un ruisseau clair et frais, dont le gazon humide Saura seul le mystère et la chanson d'amour.

L'enfant rêveur viendra s'y remplir la mémoire Des flots aux pieds d'argent , l'oiseau du ciel y boire , Et le passant obscur, s'éloignant du chemin , Avec de doux adieux y trempera la main.

Puis , quelque vent du soir ayant frappé ta cime ,

Les sonores sapins lui répondront des bois ,

Les gazons sur la pente , et les fleurs dans t'abime ;

Et tu croiras entendre un écho de ta voix.

Ainsi tu dormiras , ô montagne fumante , Montagne au bleu linceul , au sommeil gracieux ! Laisse jaillir encor quelque flamme écumante , Et tu reposeras , couchée au bord des cieux.

S*endormir en son âme , avec l'espoir d'un rêve Qui nous berce un instant dans sa blanche vapeur ; Voir de loin le rayon du soleil qui se lève , Mais ne pas s'éveiller à cet appel trompeur ;

Le soir, lorsque le ciel se mélange avec l'onde , Lorsque tout est azur, dans sa nacelle errant , Abandonner la rame à la vague profonde Dont le sein qui se gonfle attire en soupirant ;

Alors que de la rive il nous vient sur la brise Un air lent et plaintif; qu'au milieu des blés murs Chante la moissonneuse , à son retour surprise Par la nuit qui descend dans les sentiers obscurs ;

Et penser que cette onde , encor qu'elle sommeille , D'un efibrt assidu vous mène en son chemin;

iOI

Entendre un mot ami, si doux qu'il vous éveille; Sourire dans son rêve et se tendre la main ,

N'est-ce pas tout? La vie , une fois la jeunesse Evanouie au gré des beaux jours peu constans , Peut-elle davantage? a-t-elle une autre ivresse? Et nous est-il permis de vouloir deux printemps?

Ressème le passé » me dis-je : et tu recueilles Une pauvre moisson croissant pour se flétrir. Au tronc qui doit sécher s'il repousse des feuilles , Elles ne l'auront fait que plus vite mourir.

Page 1