‹ Les chansons lointaines, poèmes et poésiesChapitre 51 sur 156 · SONNETS · texte numérisé non relu

SONNETS

Gémir, crier, pleurer comme on pleure au bel âge , Gomoie un del dé prJBtemps verse i*ondée en fleur; Debout, cheveux au veut, afirooter sur la plage La vague qui répond aux flots grondans du coeur;

Défier les torrens; dire : « Viens! » à l'orage; Accueillir de Tédair la sinistre pâleur, Et sonder du regard , avec un ris sauvage , L'abime ou le Néant dort dans la profondeur :

Tout eela , ce n'est* rien : ce n'est que la jeunesse ,

Chimère , fantaisie , idéal , volupté !

Mais voir autour de soi que l'horizon s'abaisse ,

Que froidement il clôt son cercle redouté :

Voilà rheure.fatale , et Tamère tristesse !

On sent que le ciel tombe, et l'on n'est pas monte.

A MOr<i AMI SAINTE-BEUVE, en rëpoDtc au sonnet : Pardon ^ cher OItVier, «t votre alputrt audace...

Quel est cet Olivier, diront dans un autre âge , Les critiques , vantant Tor fin de vos sonnets ; Cet Olivier dont parle, en pur et beau langage, Sainte-Beuve qui prit tant d'auteurs dans ses rets?

PoiH*quoi cet inconnu dans ce noble entoura^? Pourquoi cette fleur pâde en ces brillans bouquets? Dans quel sentier perdu , sur quel lointain rivage L'a donc vu le poète? en quels vallons secrets?

Olivier?... diront-ils : et la dianteifôe rime, Harmonieux édio, seule leur répondra.

Olivier : rien de plus; c^est tout ce qu'on sain*a.

Mais peut-^tre l'un d'eux plus longtemps cherchera, Et, comme vous aimant » oœurpenebé sur Tabime, Il ne pourra pas voir, mais il devinera.

A MADAME LA GOMTESSE D"**, qui avait lu la petit roman boeager : Sytveêtre M*Us$0rt.

Vous que je n'ai pas vue et jamais ne verrai , Vous avez, cependant, sur mon pauvre sauvage Arrêté vos beaux yeux; moi, d'orgueil enivré. J'ose vous adresser de loin cet humble hommage.

C'est une fleur des bois : que n'ai -je davantage ! Que n*ai-je à vous offrir d'un vallon retiré

Le plus aimable sylphe et le plus à mon gré !

Vous seriez sa maîtresse » il serait votre page ;

Vous lui commanderiez d'un regard ferme et doux. . . La beauté sait si bien commander toute chose ! Tout lui serait charmant et facile pour vous ;

Il déploirait soudain son aile blanche et rose , Et, traversant les airs... Mais voyons! je suppose; Invisible, il est là : que lui commandez-vous?

Mortels , nous naviguons sur la mer de ce monde : Tantôt à pleine voile, au gré d'un vent flatteur.

Rasant les flots d*azur, d'une aile vagabonde , Ou de la vague en feu gravissant la hauteur ;

Tantôt péniblement , contre le vent et l'onde , Rampant sur le front noir de l'océan trompeur. Et ne voyant jamais que Tabime qui gronde, La nuit autour de nous , la nuit dans notre cœur.

Maisvaînqu^rs ou vaincus, l'àme en peine ou tranquille, Nous sommes emportés sur l'élément mobile; Puis, le navire éclate, ou sombre sans efforts;

Et nous sommes jetés, à nos rang3, sur la plage... Là , selon les pensers et le but du voyage , C'est l'Ange ou le Démon qui relève nos corps.

Que faire , que résoudre , et qui pourra me dire Ce qu'il nte faut vouloir, ce qu'il me faut penser? Formé-je quelque plan , je le vois traverser ; Si je reprends espoir, contre moi tout conspire ;

Si j'implore le ciel avec larme ou sourire ,

Je frappe en vain sa voûte, et ne la puis percer;

Sur la terre, mon pîed ne sait où se placer;

Ma main ne sait pas même ou suspendre ma lyre.

J'ai prié , j'ai lutté , j'ai , le front abattu , Ranimé mon regard , f ai redressé la tête. Rien ne m'a répondu qu'une voix de tempête.

Jusque sur ceux que j'aime, hélas! l'ombre s'arrête,

Et j^en suis demeuré sans force et sans vertu.

Oh! que veux-tu, mon Dieu! que veux-tu? queveux-lu?

Mes enfans ! mes enfans ! — ô triste et chère peine! — 0 mes pauvres enfans , vous aussi dispersés ! Vous aussi » verts rameaux du jeune et faible chêne Qui se réjouissait de les avoir poussés !

Mais les vents sont venus ! Leur brusque et noire haleine Amoncelant la nuit dans les airs oppressés , Longtemps avant l'automne a balayé la plaine , Et l'arbre et ses rameaux en ont été froissés.

Hélas! hélas! mon Dieu! plus de ces gailés franches, De ces voix du matin gazouillant sous les branches ; Plus de chant de midi , quand le grillon s'endort ;

Et plus de chant du soir, doux, innocent et tendre ! Plus qu'un tronc languissant, qui doit souffrir, attendre; Et peut-être demain un' silence de mort.

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De l'espoir, de Tespoir ! — oh ! ténébreux orage Qui va s'épaississant autour de mon chemin ! Qui me cache le ciel et , comme un lourd ombrage , Me fait toujours la nuit , la nuit sans lendemain !

J'ai marché vaillamment , j'ai tendu mon courage Gomme un archer son arc , sans relâcher ma main ; De flèches en tout sens j'ai percé le nuage ; J'ai vidé mon carquois, mais je l'ai fait en vain.

Oh ! le jour ! — une étoile , une petite étoile

Qui de ma route obscure entr'ouvre au moins le voile!

Qui me dise : C'est là, quoiqu'il fasse encor noir!

Mais rien ne peut lever, pas même la tempête , Ce couvercle d'airain qui pèse sur ma tète. 0 lumière, ô clartés! air divin!.... de l'espoir!

Pourquoi dire Aux échos Mon martyre En grands mots ?

De ma lyre Lesoiseaox Pourraient rire ; Et les sots !

Sachons taire , Solitaire , Mes douleurs ;

Que personne Ne soupçonne Que je meurs !

Oh ! chasse ces pensers , ô mon Dieu ! ces murmures Qui me laissent dans Tâme un vague et noir effroii Oh ! chasse ces pensers , ô mon Dieu ! soutiens-moi Dans ma lutte où toi seul me conduis et m'assures.

Dis-moi qu'il est encore , où s'envole la foi , L'aile tendue et ferme au choc des nuits obscures , Un abri sans tempête et , dans les sphères pures , Un ciel inattaquable où tu nous veux à toi.

Dis-moi que des enlans et leurs voix argentines

Sont comme l'eau qui rit sous des buissons d'épines, Gomme l'oiseau qui chante au milieu d'un vain bruit.

Dis , oh ! dis à mon cœur que pour eux il espère , Que moi , je suis ton fils , toi , leur plus tendre père, Et que nous t'avons mieux alors que tout nous fuit.

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