‹ Les chansons lointaines, poèmes et poésiesChapitre 50 sur 156 · LES MORTS · texte numérisé non relu

LES MORTS

Vivez de voire dernier rêve ,

Vous qù! vivez !

Le flot de vos cœurs vous soulève , Mais , ô mortels , vous ne savez Combien noire est la noire grève ,

Vous qui vivez !

L'air qui circule en vos poitrines , Du jour les ondes purpurines , Ces flots de vie où vous buvez , Tout s'éteindra sur nos collines , Vous qui vivez !

Pour vous la nuit même rayonne ; La nôtre est sans feux, sans couronne.

Loin de ce ciel que vous bravez , Le vide obscur nous emprisonne , Vous qui vivez !

Nos ombres tiennent moins d'espace , Laissent dans les airs moins de trace , Pèsent moins aux vents soulevés

Que l'aile d*un oiseau qui passe . . .

Vous qui vivez !

Âh ! si vous pouviez nous entendre !

Mais notre voix, terrible ou tendre , Dans ses efforts inachevés N'a plus d'écho pour se répandre , Vous qui vivez !

Nous n'avons plus de l'existence Qu'un sentiment sans consistance ; Et pourtant vers les biens rêvés Ce semblant d'être encor s'élance , Vous qui vivez !

Le regret du jour nous dévore ; Nous soupirons après l'aurore , Qui ne vient pas, que vous avez , Ou qui pour vous peut luire encore , Vous qui vivez !

Aller à deux dans la prairie , S'y tenir d'une main chérie , Se sentir deux cœurs éprouvés , Voir un regard qui nous sourie , Vous qui vivez ,

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C'est le bûoheur, c'est rétiaceUe « L'éctoir du feu que tout recèle :

Ah ! croyez-nous , et conservejc Votre part de vie immortelle , Vous qui vivez !

N'enviez p^ notre rivage , Ne pressez pas votr^ paçs^fle Vers nos bords aisément trouvés.

Assez tôt finit le voyage , Vous qui vivez !

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Votre plainte , courte et profonde , Toujours la même , toujours gronde.

Nous, hélas! premiers arrivés.

N'avons que trop qui lui réponde , Vous qui vivez!

De rien la mort ne nous délivre.

L'amer dégoût qui vous enivre , Cette mort que vous poursuivez , N'est qu'un plus grand désir de vivre , Vous qui vivez!

Ce désir où l'orgueil vous plonge , Morts, ce désir encor vous ronge.

La vie , en vain vous l'esquivez !

Hélas ! là mort n'est pas un songe , Vous qui vivez !

Sentir en soi l'inextinguible , Et de la vie , inaccessible , N'être pourtant plus abreuvés , Voilà la mort , et le terrible !

Vous qui vivez !

Que notre exemple vous enseigne !

Dieu veut qu'on l'aime ou qu'on le craigne. Perdus sans lui , par lui sauvés , Telle est sa loi : c'est lui qui règne , Vous qui vivez !

Il éprouve tous ceux qu'il aime.

Fuyez le doute et le blasjrfième, Et dans vos cœurs nels et lavés Sa main , pour vous , laboure et sème , Vous qui vivez!

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