LES MORTS
Vivez de voire dernier rêve ,
Vous qù! vivez !
Le flot de vos cœurs vous soulève , Mais , ô mortels , vous ne savez Combien noire est la noire grève ,
Vous qui vivez !
L'air qui circule en vos poitrines , Du jour les ondes purpurines , Ces flots de vie où vous buvez , Tout s'éteindra sur nos collines , Vous qui vivez !
Pour vous la nuit même rayonne ; La nôtre est sans feux, sans couronne.
Loin de ce ciel que vous bravez , Le vide obscur nous emprisonne , Vous qui vivez !
Nos ombres tiennent moins d'espace , Laissent dans les airs moins de trace , Pèsent moins aux vents soulevés
Que l'aile d*un oiseau qui passe . . .
Vous qui vivez !
Âh ! si vous pouviez nous entendre !
Mais notre voix, terrible ou tendre , Dans ses efforts inachevés N'a plus d'écho pour se répandre , Vous qui vivez !
Nous n'avons plus de l'existence Qu'un sentiment sans consistance ; Et pourtant vers les biens rêvés Ce semblant d'être encor s'élance , Vous qui vivez !
Le regret du jour nous dévore ; Nous soupirons après l'aurore , Qui ne vient pas, que vous avez , Ou qui pour vous peut luire encore , Vous qui vivez !
Aller à deux dans la prairie , S'y tenir d'une main chérie , Se sentir deux cœurs éprouvés , Voir un regard qui nous sourie , Vous qui vivez ,
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C'est le bûoheur, c'est rétiaceUe « L'éctoir du feu que tout recèle :
Ah ! croyez-nous , et conservejc Votre part de vie immortelle , Vous qui vivez !
N'enviez p^ notre rivage , Ne pressez pas votr^ paçs^fle Vers nos bords aisément trouvés.
Assez tôt finit le voyage , Vous qui vivez !
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Votre plainte , courte et profonde , Toujours la même , toujours gronde.
Nous, hélas! premiers arrivés.
N'avons que trop qui lui réponde , Vous qui vivez!
De rien la mort ne nous délivre.
L'amer dégoût qui vous enivre , Cette mort que vous poursuivez , N'est qu'un plus grand désir de vivre , Vous qui vivez!
Ce désir où l'orgueil vous plonge , Morts, ce désir encor vous ronge.
La vie , en vain vous l'esquivez !
Hélas ! là mort n'est pas un songe , Vous qui vivez !
Sentir en soi l'inextinguible , Et de la vie , inaccessible , N'être pourtant plus abreuvés , Voilà la mort , et le terrible !
Vous qui vivez !
Que notre exemple vous enseigne !
Dieu veut qu'on l'aime ou qu'on le craigne. Perdus sans lui , par lui sauvés , Telle est sa loi : c'est lui qui règne , Vous qui vivez !
Il éprouve tous ceux qu'il aime.
Fuyez le doute et le blasjrfième, Et dans vos cœurs nels et lavés Sa main , pour vous , laboure et sème , Vous qui vivez!