‹ Les chansons lointaines, poèmes et poésiesChapitre 53 sur 156 · CHANT A DEUX VOIX · texte numérisé non relu

CHANT A DEUX VOIX

Amaot «Iteroâ Camôense.

Quand le soir vient tracer, dans le ciel d'un bleu sombre.

Le grand profit des monts , Qui pressent dans leurs bras et couvrent de leur ombre

Le va! que nous aimons ;

Prés du torrent grondeur au tournoyant dédale ,

Qui nous jette en passant Un adieu que la rive , avec sa large dalle ,

Accueille en frémissant ,

Nous allons : plus bercés par Tonde qui soupire ^ Que les saules du bord ;

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Plus émus que la cloche où l'angelus expire , Plus vibrans qu'un accord ;

Plus rêveurs que l'étoile éciœtant , trop pressée ,

Les voiles de la nuit , Par le blanc crépuscule un moment repoussée ,

Mais qui persiste et luit.

Et tu mêles alors à mes graves attentes

De ce qui va finir, Quelques-uns de ces mots où les âmes ardentes

Dévorent l'avenir.

Ou , triste amèrement de ce qu'au cœur nous sommes,

Tu dis : <( 0 vanité !

Combien Dieu doit souffrir de voir ce que les hommes

Font de l'humanité !

» Regarde les plus forts de lumière et de yie

Et , sinon les plus grands , Ceux qui marchent , comblés de bravos et d'envie ,

Devant les premiers rangs.

)) Les poètes sont là : Dieu fie à leur sagesse ,

Dans l'espace inconnu , Le vaporeux contour où s'avance sans cesse

Notre camp pauvre et nu.

» Mais en ont*ils souci? saveDt-iis du génie

Le sublinae devoir?

Savent-ils seulement la hauteur infinie

Dont ils se laissent choir?

» Les voit-on , gravissant les cimes étemelles

Du rocher de la foi.

Dire à l'homme , averti par ces voix solennelles :

— a Cherche phis haut que toi !

» Dieu te laisse souffrir, tant qu'au fond de Tabiaie

» Où tu t'es abattu , )) Tu crois être debout sur quelque mont sublime ,

» Debout dans ta vertu. » —

« Non ! ils ont beau tenter des routes inconnues ,

Aigles audacieux; L'œil tourné vers la terre, ils montent dans les nues.

Mais non pas dans les cieux.

» Aucun n'a prononcé la vivante parole

Qui nourrit l'univers , Et nous aurons passé comme le son qui vole

Un moment dans les airs.

» D'un eflrayant pouvoir léger dépositaire. On porte le flambeau

Pour dessiner son ombre et marquer sur la terre Ses pas vers le tombeau.

» Et moi , lévite obscur en ce grand sacerdoce

Du Vrai dans sa beauté , Je suis comme un vivant cloué dans une fossé ,

Et le ver au côté.

» Je vois ce qui nous manque, et je n'ai pour l'atteindre

Espace ni moyen ; L'étincelle qui reste en ce feu va s'éteindre ,

Mais nous n'y pouvons rien. »

Alors, triste et riant, je réponds : «Qui s'arrête

A ce monde, s'y perd.

Relève un peu les yeux; regarde : sur ta tète

Ton sépulcre est ouvert.

)) Pour l'exilé d'enhaut qui se souvient et pleure ,

Il n'est point d'horizon Où s'élargisse assez la terrestre demeure :

C'est toujours sa prison.

)) Là, le reptile impur le harcèle, et travaille

A l'avoir tout vivant , Et , lui souillant le sein , le provoque , le raille ,

Mais né va plus avant

» Que», livranl son àme aux imiriniifes impies,

Arbitre de son sort ^ L'exilé n'ouvre point ses ailes assoupies ,

Et préfère la mort.

» Donc , remfdîssotts notm œuvre, ami , sans défiiiUMice ,

Gomme un message saint De celui qui dans tout , par le bruit , le silence ,

A son but, et l'atteint.

)) L'inflexible Justice , éloignée ou prochaine ;

A la haine d'en bas La charité d'enhaut entrelaçant sa chaîne ;

Leur lutte pas à pas;

» Le spectacle infini du drame de ce monde ,

Dénoué sur la croix ; L'homme se dégageant d'une glèbe inféconde ,

Mais pliant sous le poids ;

» Sur le passé qui tombe , un autre âge à refaire ,

Qui n'ait jamais été , Tout cela ^ n'est-ce rien , parce que le mystère

N'en a pas éclaté ?

» Qu'importe la iaiblesse , et qu'importe la vie , Au sentier détourné;

Que vers l'ombre oa le sable à Técart il dévié , Pénible ou fortané?

» Qu'importe le chemin si le but nous rassure , Si , devant nous marchant ,

En colonne de feu , comme en nuée obscure , Dieu veille sur ton chant ! »

Aigle, 4837.

Ainsi tu me parlais , et je viens de relire ,

Après quatre ans passés, Ces vers où ton amour s'efforçait de me dire :

Espère ! c'est assez.

Que de soucis dès lors , d'aveugle inquiétude ,

D'oubli du vrai soutien , De travaux entassés , de veilles et d'étude ,

Pour voir qu'on ne sait rien !

L'homme a beau creuser l'onde, ou l'azur, ou le sable,

Et retourner son nid :

Il ne saisit jamais ce fond insaisissable ,

L'infini! l'infini!

C'est comme un jeu pour lui que te tour dé la terre :

Oh ! le hardi vainqueur !

Il ne laisse échapper aucun lieu solitaire ,

Et ne fuit que son cœur.

Mais ce grand conquérant, tournant partout ses voiles

Sur les mers d'ici-bas , Déjà prêt à rêver l'empire des étoiles ,

Ne se possède pas.

Ou, sur l'aile des vents , qu'une graine nouvelle

Tombe et lève partout , Il s'admire en son œuvre et la croit immortelle ,

Mais Dieu l'attend au bout.

Que de fois le soleil a vu sur la colline

Mûrir des épis d'or, Qui pourtant n'étaient pas cette moisson divine

Que l'on attend encor !

Pour nous , bien revenus des altières pensées ,

Nous contentant de peu , Nous cheminons toujours, nos deux mains enlacées ,

Ne croyant plus qu'en Dieu.

Nous-mêmes nous portons notre léger bagage , Ainsi que des soldats ,

Et chantant nos chansons , nos chanâoBs de voyage , Nous allons pas à pas.

Les enfans , sur le bord de la route poudreuse ,

Vont dénichant pour nous Quelque fleur, puis au fond de la vallée ombreuse

Dorment sur nos genoux.

m DU DEUXIÈME LIVRE.

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