A DE JEUNES AMIS
Ne dites point que tout meurt , que tout passe , Vapeur d'un jour qui se dore et s'enfuit , Eclair moins prompt à jaillir de l'espace Qu'à retomber dans l'éternelle nuit.
L'œuvre de l'homme est légère et fragile , Toujours reprise, et toujours à finir.
Ce qui périt , c'est le moule d'argile : Le bronze reste, et passe à l'avenir.
Nous avons vu , comme on voit en automne Tomber la feuille au front ridé des bois , Jonchant le sol , tomber sceptre et couronne , Tomber aussi des peuples et leurs droits. Serait-ce donc notre moisson dernière?.... Non ; mais , pour l'heure où Dieu la veut bénir,
Un autre attend, là, dans cette poussière : Le germe reste et croit pour l'avenir.
Si, devant nous, le rayon de l'aurore Pâlit déjà, cède au rayon du soir, Pour vous, amis, le matin dure encore , Et de longtemps il ne fera pas noir.
Soyez heureux ! gardez la sainte flamme , Le feu sacré que rien ne doit ternir ! Vase d'un jour, le corps tombe, mais l'âme, La flamme reste, et luit dans l'avenir.