PARDONNONS-NOUS
Dans la nuit, loin du port, loin des verts promontoires, Quand des flots, seul, Téclair sonde la profondeur, Pour sauver le vaisseau l*un jette aux vagues noires Ses trésors, Tautre un mât, Tautre un canot sauveur ; Hélas ! moi, je ne puis y jeter qu'une fleur.
Est-ce trop tôt pour dire : Plus de haine , Plus de défis , plus d'iajastes clameurs? Non , non , j'en crois cet esprit qui m'entraine Et qui demande à rapprocher les cœurs.
Vents ! soutenez, de vos ailes contraires , Mes chants de paix encor mal affermis !
Pardonnons-nous : plus de guerre entre frères ! Guerre aux seuls ennemis !
Tous nous avons , de fautes et d'injures , Tous une part à nous reprocher, tous ! Àh ! c'est aux mains qui firent les blessures A leur verser le baume le plus doux.
Qublions-les, oublions nos colères , Et soyons forts, Tun à l'autre soumis.
Pardonnon&-nous : plus de guerre entre frères ! Guerre aux seuls ennemis !
Flots bouillonnans des discordes civiles , Sombre miroir où chacun, de son bord, Ne voit sur l'autre , avec des yeux hostiles , Que des fronts noirs de vaigeance et de mort ! Disparaissez, infernales chimères ! Viens, souffle pur et qui déjà frémis. . . . Pardonnons-nous : plus de guerre entre frères ! Guerre aux seuls ennemis !
De tous fléaux , l'orage , est-ce le pire? Son aile en feu Couve le froid sillon ; La terre, alors, }dus ardemment soupire Et devient mère au sein du tourbillon.
Mais il lui faut des cieux , des vents prospères
A cet enfant que l'orage a promis !
Pardonnons-nous : plus de guerre entre frères ! Guerre aux seuls ennemis !
Que le vainqueur n'outre pas sa victoire; Que le vaincu n'outre pas sa fierté ; Ou nous dirons , peuple un jour sans mémoire : « Que sommes-nous, et qu'avons-nous été ! » Ah ! la vengeance a des coupes amères , De lents poisons, d'âge en âge transmis. Pardonnons^noqs : plus de guerre entre frères ! Guerre aux seuls ennemis !
Quel avenir de bonheur et de gloire Si nous savons le garder de nos coups ! Chemins où fuit une aile ardente et noire , De tous côtés fumant, volant vers nous ; Monts jusqu'au ciel semés par des mains fières ; Et pour le pauvre un lot sûr et permis. . . Pardonnons-nous : plus de guerre entre frères ! Guerre aux seuls ennemis !
Guerre à l'injuste, au mal, à l'ignorance. Aux oppresseurs et de l'àme et du corps ! Déjà , déjà cette guerre s'avance !
Préparons-nous, unissons nos efforts^
Pour ne pas voir, secoué par nos pères , L'antique joug à sa place remis , Pardonnons-nous : plus de guerre entre frères ! Guerre aux seuls ennemis.
Nous dont les champs se baignent dans ton onde, 0 bleu Léman , — nous, peuple cordial , Ah ! que la paix nous revienne profonde Gomme tes flots de liquide cristal !
Mais qu'au doux bruit de tes vagues légères , Nous n'allions pas retomber endormis !
Pardonnons-nous : plus de guerre entre frères ! Guerre aux seuls ennemis !