‹ Les chansons lointaines, poèmes et poésiesChapitre 85 sur 156 · CHANSONS D'HIVER · texte numérisé non relu

CHANSONS D'HIVER

CHAIiSON SANS ftIlIB« ÈOIO YOlUl

J'ai vu dans la prairie; en w iîeu secret, une touffe de violettes. Elles se pendiaîent timidement vers le filet d'eau qui se glisse entre les herbes. Le niKige et Tazur passaient touivà-tour sur leurs tètes. E31es brillaient; elles pâlissaient. Mais ni la vapeur sombre, ni l'ondoyant azur, ni rien dans le ciel, ni rien sur la terre, n'éteigoait leur j^rfum , qui est à moi.

L^ fcNTét se rainait wtour de la.casc^e à damvoilée. Les sapins y: plongeaient leurs branches vcilues,.

Le hêtre et Térable entrelaçaient à Tinfini les flots de leurs feuillages , cascade de ramées qui descend dans la plaine. Les grappes du cytise parfumaient le torrent. Toute la forêt était remplie de légers murmures , doucement cadencés. L'oiseau que nous avons connu, Toiseau que nous avons aimé , sautillait de branche en branche , à petits cris joyeux. Le pivert heurtait à la porte d'écorce du Génie des arbres ; et je ne sais quoi de sonore lui répondait. Ce concert de bruits qui tous avaient quelque chose. d'aimable et de doux, formait un chant d'une grâce infinie. De loin ou de près, il vous environnait comme l'air qu'on respire, et le silence même le faisait entendre encore. Qu'il effleurât ou qu'il sillonnât mon âme , elle tressaillait , elle résM)niiait profondément. Mais nul de ces murmures ne {rfaisaîA à mon cœur autant que celui d'une petite feuiUe , que ne ménageaient pas les vents. Elle rendait un son doux et clair qui montait au ciel.

ni

Que je vous aime, sources fleuries! quand d'un lit rocailleux vous soulevez gracieusement vos têtes. Votre humide chevelure se dénoue et roule sur le gazon des haols^ pâturées. 0 lacs des Hioùtà^ies-, si' doi^itliftis et si frais , répétéz-moi * votre souriterl it ^eôt dilitfë et

sûr. Les étoiles s*y baignent , le soir , et dansent sur ce pur cristal, au son des clochettes du troupeau. Mais il est une source , à Técart ; il est un lac profond, caché dans les solitudes : et nuls flots n*ont pour mon âme plus de beauté , plus d'amour.

Charmantes Fées, qui foulez les gazons, dites-moi? où est votre sœur? Vos petits pieds roses et blancs se posent sur la pointe des herbes , parmi les baisers vermeils des marguerites , et sur le sein pensif et velouté de la violette des Alpes. Votre sœur la plus belle, c'est moi qui l'ai dérobée. Bonnes Fées , où la chercherezvous? Ni près de la violette des montagnes , ni près de la marguerite des gazons. Elle est sous un sapin que le torrent menace, et qui tomberait sans elle : elle est dans mon cœur.

Je suis allé au marché pour acheter des fleurs à celle que j'aime. L'hiver était arrivé; les fleurs étaient passées. Je vis des immortelles ressemblant à une opale légèrement aspergée de feu ; des immortelles de la couleur des tentes de soie qui entourent le lit du soleil. — Marchande ! donnez-les-moi ! — Ce sont là les fleurs qu'il faut pour ma bien-aimée.

Les cloches ont commencé leur chant du soir. Elles se répondent du haut des vieilles tours. L'air est joyeux; le ciel retentit. Une vapeur rose flotte sur la neige , aux sommets recourbés des monts. La brume se retire, pour dévoiler le lac qui brille sous les flammes pourprées. Mais qu'estrce que tout cela auprès du sourire et de la voix de celle que j'aime?

vu

L*hiver souffle en vain sur mon âme : mon âme est un printemps. Murmurez dans mon cœur, bois et montagnes! Fontaines cachées, souriez-lui! Par le chemin fleuri et secret que suivait mon rêve , je ren contrai la Muse qui venait à moi sans luth dans les mains, sans couronne d'or sur la tête. Sa voix était moins cadencée; mais elle n'en avait pas moins de grâce et d'amour. Je m'en revins donc avec une chanson sur les lèvres , une chanson de Nouvel-An pour ma bien-aimée.

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