‹ Les chansons lointaines, poèmes et poésiesChapitre 97 sur 156 · LA CHÈVRE, LA FILLE ET LE PASSANT · texte numérisé non relu

LA CHÈVRE, LA FILLE ET LE PASSANT

FAfiLE-GHANSON

C'était une chèvre De grand jugement , N'avançant la lèvre Que bien sensément.

C'était une fille Dont la langue au vent Piquait comme aiguille , Et piquait souvent.

La chèvre remue Sa barbe , en tirant A soi la laitue , Sans bruit l'eiOeurant.

La fille , vieillotte ,

S'en va clabaudant , Et toujours chipote À beaux coups de dent.

La chèvre regarde S'il vient un passant.

Elle se hasarde , D'un air innocent.

La fille se jette Tout à travers champ, Et , vieille coquette , Prend un air touchant.

La chèvre au pied leste Accourt en hélant , Et se tient , modeste , Non loin du galant.

La fille s'abuse ; Soû œil est brillant :

Le passant s'amuse , Lui parle en raillant.

Le passant veut, prendre La chèvre et , courant , L'entraîner, la vendre Au premier offrant.

La belle s'enflamme ;

L'autre, l'éeautant :

— (( Vous, dit-il, ma femme !

)> J'en ai déjà tant ! »

La chèvre , moins folle , Soudain s'élançant, Saute et cabriole Au nez du passant.

C'était une chèvre De grand jugement , N'avançant la lèvre Que bien sensément.

C'était une fille Dont la langue au vent , Piquant comme aiguille , La piquait souvent.

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