LA CHÈVRE, LA FILLE ET LE PASSANT
FAfiLE-GHANSON
C'était une chèvre De grand jugement , N'avançant la lèvre Que bien sensément.
C'était une fille Dont la langue au vent Piquait comme aiguille , Et piquait souvent.
La chèvre remue Sa barbe , en tirant A soi la laitue , Sans bruit l'eiOeurant.
La fille , vieillotte ,
S'en va clabaudant , Et toujours chipote À beaux coups de dent.
La chèvre regarde S'il vient un passant.
Elle se hasarde , D'un air innocent.
La fille se jette Tout à travers champ, Et , vieille coquette , Prend un air touchant.
La chèvre au pied leste Accourt en hélant , Et se tient , modeste , Non loin du galant.
La fille s'abuse ; Soû œil est brillant :
Le passant s'amuse , Lui parle en raillant.
Le passant veut, prendre La chèvre et , courant , L'entraîner, la vendre Au premier offrant.
La belle s'enflamme ;
L'autre, l'éeautant :
— (( Vous, dit-il, ma femme !
)> J'en ai déjà tant ! »
La chèvre , moins folle , Soudain s'élançant, Saute et cabriole Au nez du passant.
C'était une chèvre De grand jugement , N'avançant la lèvre Que bien sensément.
C'était une fille Dont la langue au vent , Piquant comme aiguille , La piquait souvent.