Cantique en l'honneur de Sainte Marguerite
Du chansonnier Brigitte Boueban, Haute-Xendaz (Valais).
Se chantait ou se récitait, comme la complainte qui précède, pour soulager les femmes en douleur d'enfantement. (Cf. strophe 18 et la prière finale du N° 82.)
0 divin roi des rois, Bénissez notre voix Pour chanter les mérites, La vie et les tourments, Le trépas triomphant De Sainte Marguerite.
D'Antioche elle étoit, Où son père vivoit Payen en grand(es) richesse(s) ; Mais cette sainte enfant Demeura sans parens Dès sa tendre jeunesse.
Chrétienne elle se fit, Mettant en Jésus-Christ Son cœur et ses délices ; De peur des courtisans Se retira aux champs Pour servir sa nourrice.
Cette jeune beauté Eu toute humilité Servoit aux pâturages; Le prévôt la voyant.
Fut ravi à l'instant De son chaste visage.
Soudain la fit venir Afin de s'enquérir De sa loi et naissance ; Lui promettant son cœur, Son bien et son honneur Pour quitter sa créance.
Cette vierge aussitôt Répondit au prévôt :
A Dieu je suis épouse [donnée] ; Je n'ai d'autre mari <Jue le bon Jésus-Christ Et sa mère sacrée.
Le tyran [engagea] [enragea].
Aux bourreaux commanda De la dépouiller nue ; Et de verge[3] et cordeau, Enchaînée au poteau, Deux heures fut battue.
Le tyran et ses gens, En voyant ce tourment, A haute voix lui crient:
Quittez, quittez Jésus Et aussi vos abus Pour sauver votre vie.
Elle répond au prévôt :
Fais souffrir à mon corps Une mort plus cruelle; Puisque c'est aujourd'hui Que je m'en vais jouir De la vie éternelle.
(Olihre) [Olibrius] voyant Qu'il était impuissant Avec cette créature, La fit mettre en cachot, Pour songer quelque mort Plus cruelle et plus dure.
Etant dans la jirison, Aperçoit un dragon, 0 pieuse merveille !
Les yeux étincelhuis Comme des charl)ons ardens De gr.and[eur] nompareille.
Priant de tout son cœur Son Dieu, son Créateur, De la Crois fit le signe; Puis la terre s'ouvrit Et l'enfer engloutit Cette béte maligne.
l'our la faire souffrir Aussitôt fit bouillir Une grande chaudii're ; De flambeaux allumés Lui brilla les côtés De cruelle manière.
Elevant son esprit Vers le doux Jésus-Christ, (Qui) [Qu'il] lui fasse la grâce De p.asser ses tourments, Si rudes et violons, Sans qu'aucun mal lui fasse.
Grand nombre d'assistans.
idolâtres et paysans, Admirant ce miracle, Crurent eu Jésus-Christ, Désirant de mourir, C'est chose véritable.