Complainte de Rey et de ses complices décapités
A: Chansonnier Mélanie Vouardoux, Grimentz (Valais).
Mélodie I, la même.
B : Chansonnier Catherine Melly-Genoud, 1840, Vissoie
Mélodie 11, la même. (Valais).
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0 ci - to-yens, chers frè - res, tous heu - reux plus que
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moi, Li - sez donc mes mi - se - res, Et le su -jet pour-
* François Eey, de MoUeus s. Sierre, Barthélray Joria, de Molignon, à MoUens, et Marie-Thérèse Seppeij, femme de Nicolas Franier, condamnés à. mort pour meurtre sur la personne de ce dernier, le 25 avril 1841, par jugement du 29 janvier 1842. L'exécution a en lieu Vers le Glarcij, près Sierre, les condamnés furent décapités dans l'ordre. (Communication de M. le Dr. L Meyer, archiviste cantonal du Valais.)
quoi, Li - sez donc mes an - gois - ses, Et mes dé - sa - gré-
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ments, Mes sou-pirs et dé - très - se, Et mes affreux tourments.
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Ci - to - yens, mes chers frè - res Tous jilus heu - reux que
moi, Li - sez donc mes mi - se - res Et les su -jets pour-
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quoi. Li - sez ilans mes an - gois - ses Et mes dé - sa - gré-
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ments, Mes sou-pirs et dé-tres-ses, Et mes af-freux tour-ments.
Je fais cette complainte Non pour m' éterniser'', Mais c'est pour vous convaincre.
Et pour me mépriser; Aussi pour vous instruire, Pour éviter le mal, Et comment il faut vivre, C'est le but principal.
Mes mauvais camarades Ne m'inspirent qu'au mal.
Et d'un remords final Je viens au coup fatal.
Je menaçais mon père Quand il me reprenait, Et je battais ma mère A grands coups de triquai.
Je citerai ma vie.
Déjà à l'état d'entant :
Comme une fleur cueillie, J'allais de but en blanc; J'allais en compagnie Toujours avec les méchants; Ainsi (voilà) [voici] ma vie Finir par le tranchant!
A chaque pas (d'I [de 1'] âge, Je devins plus méchant.
J'étais au voisinage Un venin de serpent.
Je dérangeais les filles, Et encore les garçons.
J'allais dans les familles, Débiter mes poisons.
Me rendre immortel.
Le chef de l;i oommune Me venant chansomier^ Et prefidire^ l'infortune Qu'il rae faut essuyer.
Mais moi, perfide [traître], (Traite) me plai/ à mépriser Présidents et le prêtre, i'allais que les railler.
Je fus longtemps la cause De la perte d'autrui, Et maintenant, je n'ose Aller chercher d'appui ; Car je vois mon mérite Finir à mon (seul) dépenrZ, Car jamais Thypocrite Doit faii'e bonne fin.
A force de menace Le fichelain [plein] fut plaint, J'encourus la disgrâce Que meurt un libertin ; Je m'en allais ensuite Au malheureux Joris Pour que notre justice Nous en eicsse puni.
Ce malheureux perfide.
Marié comme moi, Tout d'un air intrépide Conçut tout à sang froid D'empoisonner sa femme Et de tuer Tranier' Et d'un désir infâme La'' femme marier.
[dont?
La femme sanguinaire.
Elle vient nous appeler Et d'un air téméraire Nous dit en chancellant : ^ Oh sage, faites en ordre Il faut vite le.v tuer.
Ou bien que des désordres, Il n'en faudra plus. [?]
Nous projetâmes ensuite Pour pouvoir langager En quelques lieux de suite Pour pouvoir le noyer; La femme, plus méchante.
Nous dit en chaneellant, Que son mari s'en chante' Pour trouver un trésor.
Ce fut par un iour calme Que ce bonhomme alla Pour rencontrer sa femme Qu'elle était déjà là.
Cet homme croyant certes Ce qu'on lui avait promis, (11) nous dit d'un ton honnête:
Qu'est-ce qu'on [en] a dit?
C'était au pont de Grange" Qu'on devait l'engloutir, C'est donc dans cette manche ' Qu'on ne peut (y) en sortir.
Et voilà que sa femme Sitôt (elle) s'enfuit de lui; Elle nous dit: «Courage, Il faut vite les finir».
Mais aussitôt que le crime, Il en fut consume', Ma'^ femme aussi victime.
Son sort est préparé.
Mais Dieu juste et sage Voulut la préserver, Et voilà qu'un message Nous fit emprisonner.
' Tancer. — ' Me prédire. — ' Franier. — * Sa. — ^ Homicides. — • Convenus. — ' [sans chanceler]. — ' S'acharne. — ' Sur le Rhône, entre Sierre et Sion. — "■ gorge (V). — " Sa.
Mais lui, étant plus lâche, Ne pouvant commencer, Et vient sur moi la tâche Pour le faire noyer; Deux ou trois hommes icides'' Etant entre parler °, Ainsi le jour arrive Où il est exécuté.
Ce n'est pas tout encore, Mes crimes sont plus grands ; Pour comble de désordre J'ai eu beaucoup d'enfants; J'en eu sept de mariage, Et autant de fraude ' Car mon libertinage Etait seid équité. [?]
J'ai couru dans l'envie De les emprisonner - Pour engager les filles Qu'elles savaient me charmer; Mais Dieu qu'à tous louenges, Il sait soigner les siens, (II) fait que de mon ouvrage, Il en fut de tout rien.
Et voilà qu'on me mène Dans un sombre cachot, Dieu, que ma juste peine Me fit voir l'échafaud ; Là, dans ce lieu lugubre Je ne voyais le jour, J'entendis [que] ma femme (Qu')elle pleurait à l'entour.
Elle m'a dit une année après, Malheureux qu'as-tu fait?
Tu n'étais pas un arbre [?] Pour en être défait.
Mais c'est ton indolence^ Qui t'a conduit ici ; Ainsi, je prends la fuite, Je ne suis ton appui.
De ce lieu on me change Pour pouvoir me condamner.
Je vais dans la séance Où on va pour nous plaider.
Là, pendant que nos crimes (Ils) sont lus à haute voix, Et nous tous trois victimes, Nous entendrons nos lois.
(Nous) entendrons la justice S'enflammer contre nous, Tous auront leurs malices, Et dignes de courroux; Deux avocats s'avancent Pour pouvoir nous sauver, Mais nos crimes devancent Leurs tente à la prouver*.
Mes crimes sanguinaires Ne pouvant se cacher.
Car nous trois téméraires, Nous avions péché; Nos esprits à mal faire Nous inspiraient qu'au mal.
Ainsi il fut nécessaire De notre jour fatal.
Bientôt le jour arrive Où notre col est nud Une chaire chétive Et en face du sud; [?] Trois jésuites sages (Ils) sont là pour nous sauver, Chacun nous encourage A bien nous préparer.
Le jour fatal arrive Et deux bourreaux sont prêts On vient pour [nous] prédire La fin de nos décrets ; [?] Voilà que la justice Tous avec leur bouclier [?] Et avec leurs malices On nous mit en chemin.
Nos deux mains garottées Et nos yeux ombragés, Les rues étant peuplées, Et tous épouvantés; Nous viennent tous en foule Par la ville de Sion', Attendre non pas de dépouilles Mais notre exautation".
' Illégitimes. — - Empoisonner. — ' Insolence. — * Leur effort à prouver notre innocence. — ' Cf. la note introductive. — ' Exhortation.
Ainsi, peuple fidèle, Avant que de mourir, Vous voyez nos misères.
D'autres, qui fout frémir ; A nous prenez exemple.
Pour [Vous] tous, qui uous Voilà combien la danse [voyez, Nous a récompensé.
Ainsi, garçons et filles.
Et vous tous mariés.
Evitez les familles Qu'elles n'ont de piété.
Vous voyez nos supplices Et nos désagréments Et nos grandes injustices Et nos dérangements.
Jamais n'allez aux danses Ni dans les lieux suspects, Car nos [V] décadences Et nos plus grands regrets ; Si jamais nous y fûmes Nous nous serions conduits, Jamais ici nous [n'] eûmes Reçu notre merci.
Jamais, nous [vous] autres Qui nous voyez tués, [hommes N'allez chez les fantômes Qui a nous gagnés ; Mais soignez votre femme, Et aussi vos enfants.
Et retirez vos filles Des mains des [de ces] méchants.
Car moi, c'est bien les filles Qui en font tous mes pleurs, Car beaucoup de familles J'ai mis dans le malheur.
J'ai eu une bonne femme, Aussi de* bons enfants.
Mais, c'est mon triste blâme, (Qui) fait leur désagrément.
' Enceintes. — - Pjpris.
Ainsi, vous tous, fidèles Et sages du Canton, Redoutez donc du zèle Pour briser ces bandons; [?] Là haut briser ces cordes Où elles [Qui] vous retiennent Bannissez le désordre [au mal.
De ce grand jour fatal.
Ah! oui, brisez ces pintes, Brisez tous ces violons, Et changez vos encaintes' En maisons de cloison; Bannissez les veillées, Et tous ces grands festins, Pensez à l'arrivée *
Du juge des mondains.
Contemplez cette place Où moi, je suis conduit, Méditez ma disgrâce.
Et où je suis réduit; Contemplez ma carcasse Dans un moment d'ici.
Vous verrez qu'une masse Et qu'un mort en iJéhruis.
Vous verrez ce corps royal [cf. 36] Esprit- d'un sot orgueil D'un corps de sens souffle Plongea dans un cercueil; Peut-être on sait qii'oi dire, L'objet de la frayeur Paraisse qu'un vertige, (Le) trône de la terreur.
(Vous verrez trois cadavres Esprit d'un sot orgueil) [str. 34!] Dans un moment s'efface De cette immense trace, Arrosé de nos veines D'un sang en couritie [V] Nos corps finissent la vie Rien indiyne denire. [V]
Vous verrez mon corps raide Lié et garrotté, Ne semblant plus qu'un chêne Coupé et débranché; Voilà quelle est l'image Que vous verrez de moi, Vous tous sur le rivage Priez donc Dieu pour moi.
Priez pour moi ensemble La mère du grand Dieu, Priez, sur mon exemple, D'avoir un cœur preux ' ; Et n'oubliez sans cesse Dans [D'eu] implorer les saints Qu'aucuu de ma détresse En couiie mes liens.
Et moi, pour ma patrie.
Si je suis bienheureux, Je prierai Marie Et aussi tous les cieux; Qu'il vous préserve ensemble De tomber comme moi, »• Dans cet aftreux exemple,
Qui savez tous qu'oi.