Complainte du Soldat innocent
Ecoutez bien, Messieurs et dames Et vous surtout, braves soldats, L'histoire de l'un de ces drames Qui font frémir les plus ingrats:
Un pauvre innocent.
Un soldat vaillant.
Fut par un conseil de guerre Condamné, par suite d'erreur.
De mourir bien loin de sa mère Dans la honte et le déshonneur.
Le même jour, son caiiitaiue Fut trouver mort assasiner.
D'un coup de feu, chose certaine, Puisque son corps était percé.
On crut très certain
Que son assassin Fut le jeune militaire Qid n'avait pas de permission, Pour aller voir sa mère mourante S'(en) était venger sans façon, [à sa]
Hélas! un jour sa vieille mère Se trouvant seul et sans secours Demande le jeune militaire A son chevet deux ou trois jours.
Mais la permission
Sans observation Fut pourtant par son capitaine Refusé[e] au pauvre soldat.
Qui partit sans autant de peine.
Mais voici ce qui se passa.
Une preuve plus regrettable Accablant le pauvre soldat.
Et (on) le fit croire bien coupable.
De l'odieux assassina.
C'est que son fusil
Avait bien servit Et qui ayant manqué Texercice, [qu'] Le pauvre soldat n'avait pas tue [tiré], (IMais) autrement que comine complice Du forfait qu'on lui reprochait.
yuaiid il quitta sa vieilli' iiièiv, l'oiir rctniirnor au régiment, L'on enferma le militaire, Comme un coupable assurément;
Et de la prison,
Le pauvre garçon Fut conduit au Conseil de Guerre, Accusé de Vassina [assassinat] De son chef, qui dans un mystère.
Fut frappé par un célérat.
(Et) par devant ce Conseil de Ciuerrc Oui (l')accusé ait l'assasin' Lorsque tu vois venir ta mère, (lUie pense-tu, pauvre soldat?
Pourtant au moment
Que sur le serment Elle osa affirmer l'innocence De son fils qui pour la soignes- Du quartier il avait fait absence.
Mais non pas pour assassiner.
Et toi lie même, ]iauvre femme.
Combien devait-tu souffrir!
Lorsqu'on brisa ton cœur, ton ;' Puisque ton fils allait mourir.
Comme un criminel
Et passant pour tel.
Puisque ces juges militaires.
Dont on connaît la dignité Ne voyant pas tant de mystère Dissimulait la vérité.
Pauvre soldat plein de vaillance, Prêt à mourir pour son pays, Et que malgré ton innocence L'on y comprit au père bandit '
Toi que ton coeur
Comme ta douleur, Auprès de ta mère souffrante Seule avait pu te retenir Va. devant la flote [honte] menaçante Combien devai<-tu soufrir.
Chansonnier Vve Maeie-Victoike
[On l'accusait d'assassinat.'
Bientôt hélas! l'iieurr fatale Vas sonner pour l'accusation Et l'innocent fort, mais très pâle.
Et mit devant le peloton.
Les fusils chargés
Vers lui sont tournés Tout le monde verse des larmes.
Cependant le jeune artilleur Reste brave en face des armes.
Car il est fier de son honneur.
Dans une dei-nière prière L'aumonier lui fait ses adieux Et le soldat pense à(près) sa mère Et crie en regardant les deux:
Je suis innocent
J'en fait le serment.
Aussitôt une voix s'élève Pour donner le commendement Mais avant que l'ordre s'achève Quelqu'un vint précipita?)icnt.
Ne tirez pas, car le coupable .S'e fut moi seul, dit l'arrivant; Le capitaine misérable De mon épouse était l'amant.
Et je l'ai tiré
C'est la vérité; Mais alors que l'on fasse grâce Au soldat vraiment innocent Et que l'on me conda«e à sa place.
Même a lui donner de l'argent.
Et l'artilleur (au)près de sa mère Vas pouvoir vivre avec honneur, Car bientôt le Conseil de Guerre Dm prononcer en sa faveur
Un autre jugement.
Pour l'aquitement Il reçut une forte somme Le payant de tant de malheur.
Car le chef était un bon homme, Il avait (de) l'or et un bon canir.
JoLLiEN, St-Germain, Savièzc (Valais).
[. . . pris pour un bandit.]
115. Complainte sur la mort du seigneur du Tairail [Terrai!]'.
Sur le chant: La Parque si) iairible»
0 Dieu, quil et de Ihome Et de tous ces projets Puisquil te sont en some Découverts et subiets. [sujets] Le profon de la mer
Ne te les peut fermer
bis
On a beau entreprendre Sur ung poTre estranger, On a beau vouloir prendre Des villes sans danger, Ce n'est que vanité Tout est manifesté.
Les i)lus haultes montagnes Ke les peuvent couvrir.
Les astres des montagnes Te les vienneu ouvrir Bref, de ton œil le soin Fait tout voir au besoin.
Sy tôt du coeur de Ibome Ne peut estre chassé, Helas le povre couve Le mal qu'on a cherché.
Fol est douques celuy Duquel Dieu net l'apuy.
Il ny a roy ni prince Duc, comte ni marquis Maistre d'une province.
Qui aye tout conquis Qui entre prenne rien [Manuscrit déchiré]
Sil garde toutes bestes Mesme oyseau du ciel, Sy du poil de ma teste Il fait conte non vuieP, A plus forte raison Il garde sa maison.
' Louis de Comboursier, sieur de Monestrier et du Terrail, en Dauphiné, était un officier français qui avait dû quitter le Royaume pour avoir commis un meurtre (duel?). Après avoir servi en Flandre, il est signalé au Conseil de Genève comme désireux de s'entendre avec le Duc de Savoie pour s'emparer de la ville. Lui et un pétardier bordelais, nommé La Bastide, offrirent leurs services au Duc, qui les agréa. Leur plan : pénétrer, à la faveur d'une forte bise, dans le port de Genève avec cinq barques dissimulant 600 hommes sous d'apparentes charges de bois et s'emparer de la Porte de Rive, parvint aux oreilles du Conseil de la Ville qui fit surveiller les deux aventuriers et les signala à ses alliés. Ils furent arrêtés en avril 1609 à Vuitebœuf, près d'Yverdon, tandis qu'ils se rendaient en Flandre, livrés à Genève et condamnés à mort le 18 du même mois. Du Terrail fut décapité au Molard le 19, La Bastide pendu deux jours après.
Cf. J. A. Gautier, Histoire de Genève, vol. VII, p. 5 ; J. Spon, Histoire de Genève.
Nous devons ces renseignements à l'amabilité de M. Gustave Vauoher, sous-arcWviste aux Archives d'Etat, Genève.
^ Vuiel, vieux français ivel = égal, du latin aequalem [Prof. Jeanjaquet].
Cil pouvoir sur linjiiste Il fait Bans ce lasser, PensoiiB nous que le juste Ne luy soit pas plus cher?
Las il et [est] vreiement Il le sens a présent.
Nasardés plus vaus vies De vos braves gairier; Nayés aucune envie Destre tant des premiers; Q,ue le contentement Soit vostre espérément.
Ceux qui son nom adoren Touiours il garanty, Que nul ne les devoren Onques ne consent)'.
Il est leur boulevar Et leur très sur renpar.
Vous voyés ma misère, Voyés où je suis mis, Hélas pour vous conplaire, Jay beaucoup dénnemis, Jay delaisé mon roy (Je) finis en desaroy.
Sy bien toutes les villes Navoit mur ny fossés, Château for, ni bastilles.
Il les leur garde assés ; Cest leur grand protecteur Garan et défenseur.
Vous savés bien ma prise.
Vous avés fait de moy Faites donques enprise Pour me sortir desmo.y, Las, vous ne le ferez !
Bien vous en garderez.
Une légion dhomes De pied soit de cheval, Voire plus grosse some Ne leur feroit pas mal.
Princes, ne pensés pas Leur doner le trépas.
0 peuple de Savoye, Certes si tu pouvois, Genaive serait proye Ou oiseau ceste fois.
Ainsi ne sera pas.
Car Dieu ne le veut pas.
Contre vaus entreprinses Il leur fera savoir Par dedans son Eglise Cantiques en avoir; Javois bien entreprise Et sy jay esté jiris.
Il la garde et préserve Et toujours le fera.
Ce peuj)le il se ratien Qui sans fin laimera.
Noblesse, de surplus Ny entreprenés jilus.
Vous donques rois et princes Hélas quy maimiés tant, Quy par vos grens provinces Me rendiez sy conten, Considérés, conbien Il vaut de faire bien.
Malheureuse journée Que ne te chaches tu?
Cruelle matinée Pourquoy mamenas-tu?
En demenden, javoy Tout ce que je vouloy.
Jestois bien en mon aise Sans venir en prison Et (je) tiuis en mal aise, Jay quité ma maison ; Rien, las, ne my manquoit Et ung chaqun maimoit.
Pour voir lumaine rase [race] Si je jette mes yeux (jhie tout ne me pourchasse; Je crains, o vicieux, Si je regarde en bas, On ne le voudra pas.
Des honeurs de ce monde Jestois très jouysent Bref, sur la taire et l'onde, On méstimoit puissent.
Dieu mavoit dun gren heur Pourveu, sans mon malheur.
Or douir [d'ouïr] ma sentense Ceux qui sont ententif, De ma gren repentense Soies donque ententif!
Mon Dieu me pardonra Et me soulagera.
Voila que cest des homes Qui ne sont pas conten.
Qui désiren des somes Dor pour esti'e plus grend; Desus un echafau Pour ce, mourir me faut.
Je vay finir ma vie, Je vay finir mes jours, Que nul plus n'aye envie De faire ainsi son cours.
Adieu, mes chers enfens, Adieu, tous mes parens.
Toy donc, gren Dieu céleste, Aye pitié de moy; Jésus Christ, quant au reste.
Soulage mou esmoy.
Pardonne mon forfait Oublie mon méfiait.
Entendes ma complainte, Soulagés mon malheur.
Réservés ceste plainte, Adieu vostre bon heur !
Ne pleures pas, helas, Leure de mon trespas.
Vous, cautaux [coteaux] et mon- Fontaines, et vous bois, [tagnes.
Prairies et canpagnes, Aydés moy ceste fois ; Soulagés mon malheur, A Dieu vostre bon heur!
De trois ans quon ne voye Aucun arbre fleurir.
Et que jamais on noyie [n'ouïsse] Autre joye que souspir; Pour ce cruel destin, Soit soir ou du matin.
Lors, adieu, ma patrie, Laa! adieu, mon pays!
Mon ame tost ravie Sera dans paradis.
Que mon deuil de ces lieux Parvienne jusque aux cieux
Toy soleil, et toy, lune.
Chasses en ta clarté, Eiisevely ma plume Dedans lofccurité.
Je vay finir mes jours, Adieu donc, pour touiours.
Pleures île mnn désastre, Ne laises que les niiets Que mon tombeau soit l'astre Plein de deul et deunuy; Toy, terre, pleures-en Par l'espace d'un an !
Toy, rousignol qui chante, De nuict aussi de jour, De ton beau chan lamente Mou malheur sans séjour.
Ne chante que la nuict Et jusques a my nuict.
Afin que l'on cognoisse Que tu pleures de moy, Que tu es en angoisse Pour mon piteux esmoy.
Adieu, mes cher enfens, Adieu, tous mes parens.
Vous, grens espris de Frense, Prenés exemple a moy.
Gardés vous de soutrense Craignes de mon esmoy; Obéysés au roy, Sans aucun desaroy.
Lexecution saproche, Qui de son coutelats Enpaiche que plus parle ; Je ne veux parler plus.
Adieu, tous mes amis, Je vay en paradis.
Manuscrit anonyme du XYII' siècle.
Communiqué par Mme de Merveilleux, Neuchàtel.