Dialogue du Chrétien et de Satan
Le Chrétien. Si ce pour avoir mon âme Que tu vas me poursuivant, Je te donnerai* des ans Ah! mon Dieu, donc l'amour m'en- Ce pourquoi Satan tu perdras [flamme, Le soin que pour l'avoir tu prendras.
Satan.
Je ne suis ce que tu penses, L'ennemi de ton bonheur ; Comme toi j'aime l'honneur Et la bonne renommée ; Le bien que je té offert est certain Quoiqu'aucun ne l'estime bien.
Le Chrétien.
Je connais bien à tes ruses Que tes discours ne sont qu'appâts; Tu promets et (tu) nalien [ne tiens] pas. Et toujours tu nous abuses Sa va dans [ça, va-t-en] Satan vilain.
Car de moi tu n'auras rien.
Satan.
Que ce que tant te tourmente Et. . . si fort oblig(«) [é], Car je veux te soulager.
Quoi, crois-tu que je te tente?
Ce que je t'oft're est bien donné, Quoiqu'il ne le sembla tous, []iuisse t'en sembler].
Le Chrétien.
Tes discours ne sont qu'amorce, Qui le suit se perd enfin ; [Des] Les arbres de ton jardin Ne bonne ni la miola, ni (l)'écorce [n'est bonne ni moelle Donc tu ne me tromperas Ni mon iune tu n'auras.
Satan.
Quelle vanité te mène De te priver du plaisir?
Tant penser à l'avenir Ne te donnera que peine, Et te rendra si cliagrin Que bientôt viendra la fin.
Le Chrétien.
Le vrai plaisir est de plaire A Dieu, l'auteur de tout bien; C'e[st] le bonheur du Chrétien, Et le malheur à te plaire.
Heureux, qui jusqu'au trépas Suit mou Dieu, non tes appâts.
Satan.
Fais ce que je te veux dire, Et tu seras très heureux ; Je te veux mettre en honneur Et en bonne renommée.
Car tu pourras tout choisir Et avoir tout le plaisir,
Le Chrétien.
Non, non, (de) tontes tes promesses Je ne (le) crois aucunement.
Car j'aime Dieu seulement, Et Marie toujours Vierge, Et mon (saint) ange gardien Qu'elle m'obtiendra le moyen.
Satan. (Mais) encore, si tu veux me croire?
Mais tu no me connais pas.
Car je siiis hal)ile gaillard, Je suis toujours eu campagne ; Je m'acquitte de mon devoir Comme un bon serviteur oper [opère]
Le Chrétien.
Faux, vilain, tu t'imagines De me vouloir attraper?
Mais on te connaît assez.
Tu n'as que ruse et feuesse.
Et tu n'as point de pouvoir Si mou Dieu ne t'en laisse avoir.
(Chansonnier Alexandre Savioz, Vissoie (Valais).