Héro et Léandre
Dans son premier volume de Chansons, p. 33 et suivantes, RossAT a déjà publié 4 versions de la légende de Héro et Léandre, soit : Qui vent entendre une chanson, en trois versions A, B, D, et C'est dans la tour de Toulon (version B). Nous retrouvons, prête i^our l'édition, la chanson suivante, que RossAT avait lui-même désignée par E.
Rossât, Les cliansona populaires II,
EUeJdiffère du tout au tout des chansons précitées, étant par son style, par son inspiration mythologique, bien « Renaissance» et pas du tout «populaire».
Andante
^Èm^^^^^^^EÈ^^
1. Lé -an- (Ire es -toit des - sus le bord De l'Hel-les-pont eu-
|=fe=r-l^^Hb=f=lE^Ë^giF^^a^l^
flé d'o - ra - ge, Cou - sul- tact l'a - mour et la mort
Dont il con - tem-ploit les i - ma - ges, Tan - dis que
^feiiÈÉ^Ë^s
dé - sirs iiassoient Les on-des qui le me - na - çoient. .Musique: Clc du Caveau X" 742.
Gay soleil estoit sur la tour Qui brusloit d'une nicsme iiame, Lui raontreii son flambeau d'amour Qui le convie à voir sa dame.
Sitôt qu'il le vit flamboier Courageux se jette à la mer.
La mer enflée de courroux Le fit soufrir de griève paine.
Lui montrant la mort à tous coups Au bruit des ondes inhumaines.
— Hélas, ondes, si l'amitié Vous touche, ayez de moi pitié I
Ilélas! je n'eusse jamais creu Que[en] l'issue de cest afaire Je me f eusse trouvé desseu.
Et réduit en belle misère.
Amour, tu es ung dur menteur, Injust, meschen [méchant] et
[trompeur.
La mer farouche le poursuit Et d'une trop cruelle rage Le tien, le laisse et le suit.
Puis le rend mort sur le rivage.
Et arrivoii l'aube du jour, Elle le vit mort sous la tour.
— Neptune, grand Dieu de la mer Qui commandés à ce rivage.
Faites les ondes ung peu calmer Et me gardés de ce naufi-age.
Permettez que yalle en la tour, Ou me submergez jusqu'au retour.
Quand elle vit dessous la tour Le corps de son amy Léandre, Privé d'ame, que son amour En tel estât l'avoit fait rendre :
— 0 mort, dit-elle en soupiren.
Mets fin à mon cruel tourmen.
t'niel monariiue de la mer, Quel protit t'a porté la perte D'ung ami tant rempli d'aimer, Corne ce bave il/etoer/je. [Mélicerte* Hélas! mets fin incoutinen, 0 Mort, à mon cruel tourraen.
Tu debvois perdre les vaisseaux Qui te font quelque resistence, Et ne submerger dans les eaux Ung cors qui soit en ta puissance, Chargé de désir et d'amour D'arriver Jusiiues à ma tour.
Si dans tes flots cruellemen Tu l'as livré à la mort bla/me Ung fleuve en fesoit bien auten, Sy feroit bien un ruisseau mesme.
Pourquoy donc tout palle et trensy.
Prive d'esprit l'a mis icy?
Pour met(ro tin à mes douleurs, Hélas 1 la fureur me convie Dans l'Elhespon et dans mes pleurs De vouloir submerger ma vie, Puisque mon bel astre d'amour Est privé pour moy de beau jour.
Manuscrit de la tin du XVI Merveilledx, Neucbâtel.
* Un Dieu marin.
Si tu as fait tes grans efors D'avoir ravi mon beau Léandre, Kesoy mon misérable cors Qui à ton degré se vien rendre.
En triora/e» de tous les deux Tu vaincras deux vrais amoureux.
Cruel monarque de la mor, Quet'auroit fait moucher Léandre?
Luy as osté l'ame du corps Et maintenant le me vien rendre!
Quant elle eut pleuré sou trépas Se Jetta do la tour eu bas.
Ainsy ceste amente disoit
En batten sa chère poytrine,
Tent la douleur qui la prenoit
La fit jetter dans la marine.
Où elle finit à l'insten
Les pleurs de son cruel tourmen.
A la mort de ces deux amaus Trépassé au bout du rivage A la mercy de tous les vens Qui sont cause de leur naufrage, L'on a peii voir corne la mour Avec la mort fait son séjour.
;le. — Communiqué par Mme de
131. Blanche et Bernard ou la Pierre du Sauvage.' "Romance nationale'.
Refrain : Point ne passis cers celte roche noire Sans lamenter Bernard et ses malheurs.
Et par pitié de sa tant triste histoire Versez des ]}leiirs.
' Comme nous l'a fait obligeamment remarquer M. F. Isarbl, à Villars s. OUon, cette romance et les deux qui suivent provieiuient du Conservateur Suisse du Doyen Pu. BEiDEr,, vol. 1 (1813) p. 374 et suiv. Cf. p. 'ilG notre Appendice.
13SJ
C'étoit jadis dans les vertes vaZées Un chevallier courtois et valeureux, Faisant captifs en sanglantes mêlées, Puis f ait enfincaptifpardeuxbeauxyeux.
Mais las ! sa Blanche ctoit tant inhumaine Que son amour n'en eut que dur affront, Si que s'en va Bernard, portant sa peine. Par vaux, (et) par monts.
Tout disireux de finir sa misère.
Contre brigants et chevaillers jaloux, Bernard se bat et dans chaudes afaires Cherche la mort, sans trouver que des [coups.
De tant aimer celle qui point ne l'aime. Herbe ni tems ne peuvent le guérir, Et de son cœur sa devise est l'emblème: Blanche, ou mourir!
Lors, racontant la peine qu'il endure, Le malheureux la requiert humblement D'avoir pitié de sa triste aventure Et de finir son âpre et dur tourment.
Quand par l'hiver nature désolée, Robe de neige aux montagnes mettoit.
Sur le rocher, lu'avant brise et gelée, Bernard chantoit.
Cruelle Blanche, insensible à ma peine, Qu'amour fidelZe onquc n'a pu toucher, Bien moins que toi, tigresse est
[inhumaine.
Et bien plus dure es-tu que ce rocher. Flambeau d'amour, de toi quand il [s'aproche.
Va s'éteignant sans flamme sans chaleur, Et dans l'hyver moins froide est cette Que n'est ton cœur [roche
Blanche, ni mort n'en écoute(nt) sa
[plainte, Nulle des deux ne répond à sa voix; Lors de Bernard la raison s'est éteinte, Par un beau jour, il fuit au fond des bois. A l'Avançon (il) jette sa bonne armure, Brise sa lance, et dans un antre a/renx, De durs chamois partageant la fortuuo, Vit avec eux.
Cinq ans durant vécut dans ce martyre, Toujours le même en diverse saison.
Sans que jamais, quoi qu'on pensa lui S'en fitt amour et revnit sa raison, [dire, Pour le saisir, par violence ou feinte, Onque bergers ne purent l'aprocher.
Mais de son corps, il leur laissa l'cm- Sur ce rocher. [preinte
Tout vis-â-vis, haute roche est placée, D'oii voir se peut de Blanche le chalet, Là vient Bernard dans sa triste pensée, Se lamenter d'un sort par trop cruel.
Que ciel soit clair ou que nuage y traîne Tout au sommet monte matin et soir.
Et, regardant en bas devers la plaine, Blanche croit voir.
Las! il est mort . . . i)riez Dieu pour [son âme A cette fin qu'il dorme en douce paix, Et que sur lui, fant de loyahle d'âme Trait si cruel ne décoche jamais.
De franc amour, si tu fus le modèle, Preux chevailler, l'honneur t'en restera, Tant que le roc à ton renom fidèle Demeurera.
Or il advint que Blanche un jour d'autojiwe, Aprit sa mort ; adonc elle ))âlit.
Du trépassé l'ombre ne l'abandonne, Amour tardif la brClle et la poursuit;
Tant que s'en va pour faire pénitence
Toujours pleurant la mort du chevaillier,
Finir ses jours en longue doléance Dans un moûtier.
Point ne passez vers cette roche voire
Sans lamenter Bernard et ses malheurs,
Et par pitié de sa tant triste histoire Versée des pleurs.
Notice sur la romance précédente :
<t Dans le gouvernement d'Aigle, au dessus du village de Grion, on trouve un bloc de rocher qui porte, assez imparfaitement, l'empreinte d'un homme couché, et qui est connu dans tout le pays sous le nom de Pierre du Sauvage. La tradiction assure qu'un homme errant dans les montagnes, veuoit tous les jours sur cette pierre qui a conservé les traces de son corps ; elle ajoute qu'on a vainement essaie de s'assurer de sa personne, pour savoir son nom, ses avanturcs et la cause de son dégoût pour la société. Les uns pensent que c'étoit un hermite, les autres un misantrophe qui preferoit cette vie sauvage ; il est plus vraisemblable, par diverses circonstances que ra^orte cette tradition, que c'étoit un jeune homme de quelque naissance, dont l'amour malheureux avoit égaré la raison, et qui, errant c<à et là, dans les vallées mélancoliques des Alpes voisines, et passant l'hiver dans quelque chalet, abandonné dans cette saison, venoit depuis cette pierre, d'où la vue est assez étendue sur une partie du bas Vallais et du gouvernement d'Aigle, fixer ses regards sur quelque lieu cher à son souvenir.*
La romance à laquelle cette tradition a donné lieu, parut d'abord comme ayant été trouvée dans l'abbaye de St-Maurice, où elle aurait été faite à la fin du seizième siècle ; on le crut, on en parla aux Révérends Pères, qui s'en fâchèrent en disant qu'on avait jamais fait des vers dans leur couvent. Comme il ne faut jamais offenser ni tromper personne, nous allons les lavers de cette outrageante inculpation, en avouant que cette romance si scandaleuse a été composée, dans le dix-huitième siècle, l'an de grâce 1785 et demander pardon au public de lui avoir imposé par le style et l'air gantois (sic) [courtois?] de cette pièce. »
Vieux chansonnier anonyme communiqué par M. J. Amigdet, Gryon. Cf. Dictionnaire géographique de la Suisse à l'article Gryon. [R.]