‹ Les chansons populaires recueillies dans la Suisse romande (volume 2)Chapitre 92 sur 128 · Complainte d'Emilie · texte numérisé non relu

Complainte d'Emilie

A: Chansonnier J. Amiguet, Gryon (Vaud).

B : Chansonnier 1867, Louis Dufrène, Leysin (Vaud).

Ci-git dans ce tombeau L'amante la plus tendre Qui d'un cruel bourreau La rage fit descendre.

C'est dans ces lieux d'horreur Qu'elle est ensevelie.

Amants, donnez des pleurs A ma chère Emélie^. (bis)

A l'âge de vingt ans L'amour parloit pour elle, La rose du printems Ne fut jamais si belle.

Peignez-vous de nos cœurs L'amitié qui nous lie.

J'arrose de mes pleurs Les cendres d'Émélie.

D'un vieux tuteur jaloux Elle était la captive ; Pour briser ces verroux^, ilon ardeur fut trop vive.

J'ai causé les malheurs De la plus douce amie.

J'arrose . . .

Mais Dulmas', pour le bien Qu'elle avait à Toulouse, Vouloit par un lien En faire son épouse.

De beaux discours flatteurs Sa bouche étoit remplie.

J'arrose . . .

- Ah! donnez-mni Milcour, Disait-ollc sans feinte, Du fruit de notre amour* Se déclarant enceinte.

Ses clameurs, ses sanglots Demandoient qu'il nous lie. J'arro.ie . . .

fi.

Le tirant stupéfait' Lui dit, cachant sa rage :

— Quoi, Milcour auroit fait A votre honneur outrage ?

Il feint par ses douceurs De plaindre mon amie.

J'arrose . . .

De grossesse, Dulmas Voyant peu d'apparence.

Et pour conclure, hélas !

Une prompte alliance.

Employa* les noirceurs D'un infernal génie.

■farrosc . . .

Il la dépaysa.

Lui gardant sa rancune.

Par force l'épousa.

Pour avoir sa fortune.

Il a [la] couvrit de iîeurs, 0 noire perfidie!

J'arrose . . .

De son bien maître enfin.

Sans horreur pour le crime.

C'est dans un souterrain Qu'il traîna sa victime.

Pour chérir femme ailleurs.

Dieu ! quelle barbarie !

J'arrose . . .

De tout il fit emploi Pour qu'on la croie morte.

Et pour un fa^lt'' convoi Il fit tendre sa porte.

Ses justes [gestes]' imposteurs Cachant sa fourberie. J'arrose . . .

Mais, pour des maux plus grands Sous la viiûtc cachée, Il ll|a nourrit long-tems Avant d'être accouchée.

Enfin, par les douleurs Vint au monde f lalie.

J'arrose . . .

Bientôt, faute de soins, ('es deux infortunées A mourir de besoin Se virent condamnée[s].

Tirati, par tes rigueurs Quelle dure agonie !

J'arrose . . .

Trois jours sans eau, sans pain, Il Taissa cette mère.

Pour l'innocente au sein Plus de lait salutaire!

L'enfant plein de douleurs Lui demandait la vie.

J arrose . . .

l'our l'abreuver de sang.

Cette mère éplorée l'rit un caillou tranchant.

Se fir une saignée.

Mais du sang aux vapeurs" Tressaillit ÎTIalie.

J'arrose . . .

Instruit par les valets Du forfait de leur maitre.

Jugés si je volois!'" Mais il sut disparaître. Nous entrâmes plusieurs Pour sauver notre amie.

J'arrose . . .

Mais, 6, funeste sort!

Sous la voûte effrayante Je trouve l'enfant mort Et la mère expirante !

C'est fait de leurs malheurs, Leur carrière e[sjt remplie!

J'arrose . . .

Le tirant, vers leurs corps Tirant sa vie affreuse" Rongé par les rémorts, Fit une fin honteuse.

Pleurez, sensibles coeurs.

Ma fille et mon amie.

J'arrose de vies pleurs Leurs cendres pour la rie.

^Ses. — ^Dalmas. — ''Nos amours. — ^ Tyran, gestes. — "Mais, aux vapeurs du sanfc. — '"Voulais (pour: volais). — "Traînant.

La version B, plus récente, avec le titre Belle chanson [!], est en quatrains (deux vers bout à bout); orthographe moderne: temps, parloîï, etc.

Pour accomplir les vœux De cette infortunée, Dans ces lieux ténébreux Leur tombe fut placée.

Depuis, à mes douleurs Je consacre ma vie. J'airose . . .

B, variantes: 'Emilie.

— "Envoya. — 'Faux.

139. Regrest a Linpe [d'Olympe] princesse, laquelle ayant retiré son amy

Biraine' de prison du Roy de Frise, fut à la fin par luy descu [déçue] et

la laissa en une llle déserte.

Ou estes vous, Biraine, mon amy?

Chef de mon cœur et amy de mon ame ? Ou estes vous, que ne soyez icy.

Entre les bras de vostre chère dame?

Si dans ces bois espars et ténébreux.

Par cas fortuit, quelque loup rtaventure Venant à moy avec son ventre creux, Engloutissan mon cœur pour sa pâture.

A, qu'est cecy ! Je ne vois plus la net Entrer au port, seroit-elle périe ?

Quelquun ma fait icy ung grand mcffait, Seray-je point de mon amy trahie?

Car je le suis; cependant qui de nuict La terre estoit de ténèbres couverte, Biraine s'est dérobé de mon lict Et ma laissé en ceste Ble déserte.

Cher Biraine, me voudrois-tu laisser Toute seuUe dans ce bois effroiable ?

Si tu ne viens je me vais élanser Le chef en lias dans londe Inpitoyable.

Si tu ne viens, mes cris sont esperdus. Je saime en vain ma dolente parollo, J'ennuy mes yeux et ma voix ne peut plus. Mon cœur sen va et mon amc sen voile.

Je vois du haut de ce fenden rocher, La nef courente le long de ce rivage ; Sy tu ne viens pour me venir chercher Tu ne seras aquité de ta charge.

Si je pouvois me changer en oyseau, (,'ome Ion dit, la chaste tourterelle.

Je fendrois l'air et voleroy sur l'eau, Pour suivre après mon espoux Infidellc.

Si me pouvois transformer en (loisson, Je nagerois dessus la mer flottente.

Me tourmentant de cent mille façon Pour suivre aiirès la navire courente-

J'ay ofensé tous mes proches parens, Pauvrette, hélas ! pour te complaire.

J'ay delaisé mes amis les plus grens, (i)ui se riront de ma douleur anière.

'Un personnage d'un nom analogue: Ernest-Jean Biren (1690-1772), duc de Courlande, favori de l'impératrice Anne de Russie, exilé en Sibérie, rappelé par Elisabeth, ne semble pas être celui dont parle notre chanson.

Malheur, malheur a qui au faut serment, Dos chauses vaines fonde son espéranee.

Tant plus ils sont aimés parfaitement, l'ant ]iliis leur oœur songen à Tinonnstanco.

Manuscrit anonyme ihi XVIl" Merveilleux, Xeuchàtel.

F'illes, voies le misérable esmoy Où m'a plongé ee déloial Biraine, Filles, hélas ! ne faites ronime mny ; Au lieu d'amour, je n'ay ipio honte et peine.

siècle. — Communi(inc par Mme, de

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