Renaud, le tueur de femmes
Le personnage appelé ici Renaud, une sorte de Barbe- Bleue, a, suivant les chansons, déjà tué trois, sept, treize ou quatorze , femmes ; mais cette fois-ci. celle dont il veut faire une nouvelle victime, recourt à une ruse pour sauver sa vie, et c'est elle qui tue son cruel mari.
J'ai recueilli trois versions dans le Jura: A est la plus complète, malgré ses lacunes; B est inachevée; C'n'est qu'un récit fragmentaire.
Le Valais ne m'a fourni jusqu'ici qu'une version (Dj du Val d'AnniA-iers, tout à fait défectueuse. Le premier vers: Mie, allons dis, mie, allons donc, qui n'a déjà pas trop de sens, m'a même été chanté sous la fonne grotesque que j'ai retrouvée textuellement dans un chansonnier: Mit ('( la bondit, mil à la hundon.
') Lire: honiiiur.
Du reste, les textes qui nous sont parvenus sont passablement altérés. Les chansons du Jura (A et B) commencent par:
Le fila Renaud faisait ses pas,
Veut aller voir la fille au Roi; ce qui est évidemment la corruption d'un passage que le peuple n'a pas compris. Puymaigre, I, 14Ô, dit aussi:
Renaud avec son grand rabat
Veut aller voir la fille au Roi, leçon qui n'est guère plus satisfaisante que la nôtre. Pour en avoir le sens exact, il faut recourir à Doncieux (p. S.'ï.S, No. 30):
Renaud a de si yrands appas
Qu'il a charmé la fille au Roi.
Ce sont ces «grands appas> qui sont devenus vdes pas» ou un grand rabat».
La version du Valais (D) présente aussi un dénouement différent de celui de ABC; dans ces dernières, la femme bande les yeux de son mari, le saisit à bras le corps et le jette dans la rivière. Dans D, Renaud s'agenouille devant sa femme pour lui délacer les souliers, et celle-ci profite de cette position pour se défaire de lui:
La bell' lui lance un coup de pied
Que dans la mer fut renversé.
Les couplets sont des quatrains de vers de 8 syllabes, masculins, rimant deux par deux.
Les mélodies notées dans le Jura sont sensiblement les mêmes que celle imprimée par Doncieux, p. 504, No. 30.
Les altérations rythmiques de diverses strophes de D m'ont engagé à écrire l'air des trois premiers couplets; les strophes 4 à 7 s'adaptent plus ou moins exactement à l'air
de la strophe 2.