Le Fils assassiné par sa Mère
Je ne possède qu'une seule version de cette lùstoire macabre, recueillie dans la vallée de Bagnes (Valais); encore n'ai-je pu réussir à m'en faire chanter la mélodie, que personne ne connaît plus dans la contrée. Dans aucun des ouvrages français à moi connus, je n'ai retrouvé l'équivalent de ce récit.
Sous les altérations du texte il est possible de constater que nous avons de nouveau ici des tercets dont le 1'^'' vers de 14 syllabes, (7 -|- 7), féminin, ne rime pas, et les deux autres de 7 syllabes, masculins, sont assonances.
Je n'ai pas cru devoir reproduire l'orthographe plus que fantaisiste de certains passages; de semblables graphies n'ont aucune importance.
Valais
Le fils assassiné par sa mère Quand j'étais petit enfant. J'étais l' poupon d'ma mère; A présent que j'en suis grand Je m'en vais au régiment.
J'ai bien resté quatorze ans sans jamais y voir ma mère;
— Capitaiu', sigDez-(moi) mon congé Au pays j'y veux aller.
Premier logement qu'j'ai fait, c'était en chez ma mère:
— Madam', c'est-il pas ici Qii'on doit loger des officiers?
— Officier, entrez dedans, voilà-z-y des belles chambres,
Et des beaux lits préparés Pour loger des officiers.
La tante qui était là, toujours y me regarde:
— Vous ressemblez mon neveu,
C"est bien quatorze ans que j' fai (point) vu.
Quand il vient à la minuit, la cruell' mèr' se réveille:
— Servante, apporte-(moi) un flambeau; (Tout) promptement môW) un couteau.
Premier coup qu'iZ a donné, crie; 0 grand Dieu, Vierge Marie 1 (Grand) Dieu que vous me fait's souffrir! C'est (donc) ici qu'y m' faut mourir!
— Ah! ma sœur, tu ne sais pas? Hier soir tu étais endormie:
L'officier je l'ai tué,
(C'est) pour avoir tout son argent.
— Ah! ma sœur, cruelle sœur, tu as tué ton fils de guerre!
— Fils de guerre, je l'ai tué, La guillotinaJre j'ai mérité!
Chans. de Pierre Troillet, Lourtier.