‹ Les chansons populaires recueillies dans la Suisse romandeChapitre 84 sur 128 · La Remette · texte numérisé non relu

La Remette

Dans uue magistrale étude basée sur plus de soixantedix versions orales, manuscrites ou imprimées, G. Doncieux est parvenu à reconstituer le texte critique de la jolie chanson de lu Pernetfe^), à laquelle il assigne comme lieu d'origine le Forez septentrional et comme date le début du XVe siècle. Jusqu'ici cette PerneUe ne s'est retrouvée dans la Suisse romande que sous une forme fragmentaire et n'est connue que sous deux versions différentes: a) celle que donne Hafelin-)

') JRom. l)op., p. 14, No. 1. — ') Patot.t romans du Canton de Frihourg, p. 132, No. 5. — Cf. L. Gauchat, Sihii'i/zerlànrlli, p. 91, et Ans allen Gauen, p. M.

et qui est reproduite dans les C/iaïUs fin Rond d' Eslavai/er (No. 6); b) une ritournelle militaire, la Jeannette, que tous les soldats romands chantent au service, et qui est imprimée dans le Chansonnier militaire du capitaine Cerf).

Il ne rentre pas dans le cadre de cette publication de suivre Doncieux dans ses ingénieuses investigations et de montrer les pérégiinations, les contaminations, les mutilations qu'a subies la Pernette avant d'en aniver aux leçons tronquées qui nous sont parvenues. Ceux que ces questions intéressent poiuTont consulter, outre le travail de Doncieux, une très belle étude que M. W. Hirscliy a faite de la Pernette frlbourgeoise dans le Bulletin du Glossaire des patois de la Suisse romande^). Tout dernièrement, j'ai eu la bonne fortune de retrouver une troisième version de la Suisse romande, que m'a communiquée M. Oscar Pasche, télégraphiste à Berne, et provenant de Savigny (Vaud). Elle se rapproche des versions normandes de Doncieux, d'une version de Tiersot') et plus encore de la leçon D de Nigra^):

Su per cule muntague B'a j'è na bela tur;

Là suta a j'è na fia ch'a piura nôit e giurn.

So pare la va vëdi: — Coza piurè-ve vui? Trad.: Sur cette montagne, il y a une belle tour;

Dessous il y a une fille qui pleure nuit et jour.

Son père la va voir: — Pourquoi pleurez-vous?

Le début rappelle la vieille chanson:

Là-haut sur la montagne, j'ai entendu pleurer.

Cependant le texte de Savignj- s'éloigne en plus d'un point de ces versions. Ainsi, il ne dit j^as qui interroge la jeione fille; on lui demande simplement si «elle pleure son père ou sa mère ou quelqu'un de ses parents.» Elle répond: «Je pleiire mon ami Pierre, que l'on va faire mourir.» 11 n'est donc pas nécessaire de le lui annoncer. Malgré ses lacunes et sa mélodie des plus communes, cette chanson présente ainsi un intérêt tout particuUer pour l'histoire des migrations de la Pernette.

Je publierai d'abord la version îribourgeoise du Rond d'Estavayer (Ai; par sa strophe liminaire, elle se rattache au Cycle de In Fille à marier.

Ensuite viendront la chanson militaire de Jeannette i P>), puis la version de Savigny (C).

') Lausanne, Fœtisch, p. 49, No. 40. — ') Ve Aiuiée (1906), 4e livraison, p. 49 sq. — ^) Tlersot. Alp. frç. p. 111. — ■•) Cnntipop. Piem. p. 129, No. 19.

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