SCENE PREMIERE
BÉNÉDIT, puis PASTAFllOLLE.
BÉNÉDIT. (Il entre par la droite , s' arrête au fond, et regarde vers la promenade. Il porte une guitare suspendue derrière le dos.) Personne sur la promenade. Allons , puisque la fête n'est pas encore coni-
mencée, et que je suis en pays de connaissance, je vais dire un petit bonjour à notre amie mams'elle Francesca... justement voici son magasin de lingerie. . . je lui parlerai de ma petite Noémi... ça me fera un joli passetemps en attendant l'heure de la recette...
Il se dirige vers le magasin et se heurte contre Paslafrolle, qui arrive par la droite ; ce dernier est coiffé d'un chapeau noir h larges bords.
\1A(.ASIN THEATKAL.
PASTAFROLLE, avec liumeuT. Bulor!...
BÉNÉDIT, de même. Maladroit!...
PASTAFROLLE. Que le diable t'emporte î
BÉNÉDIT. Que le ciel vous le rende !
PASTAFROLLE , se frottant la jambe. Si tu regardais devant toi...
BÉNÉDIT, se frottant l'épaule. Nous n'aurions pas eu le plaisir de nous rencontrer. [L examinant.) Eh \ mais...
PASTAFROLLE, de même. Ah! diable!...
c'est mon enragé de musicien!...
BÉNÉDIT. C'est mon scélérat de chapeau noir. ( Lui faisant descendre la scène. ) Avancez donc un peu ici, l'homme au grand chapeau !
PASTAFROLLE. Qu'y a-l-il , i'honmie à la guitare? je ne vous connais pas... je ne sais qui vous êtes.
BÉNÉDIT. Tu ne sais pas qui je suis?... je vais te le dire... je suis Léonard Chrysos tome -Jean -Sylvestre -Janvier Bénédit. Paresseux par goût , musicien ambulant par éiat, amoureux toujours, gastronome quand je peux, ma fortune est dans la bourse du public, mon don)icile est partout : voilà mes noms , qualités et demeure. Franchise pour franchise; à ton tour, mon gaillard, lu vas me dire qui tu es.
PASTAFROLLE. Moi ? {A part.) Quel em-
barras! compromettre monseigneur le
marquis... Que lui dire?...
BÉNÉDIT. Encore une fois... voyons qui es-tu?...
PASTAFROLLE, se dégageant. Je suis... je suis pressé, je n'ai pas le temps de vous répondre.
BÉNÉDIT, le retenant. Un moment!.... je je ne te lâcherai pas que tu m'aies dit pourquoi depuis un mois je t'ai rencontré trois fois, dans trois fêtes publiques, tournant autour de certain petit tambour de basque.
PASTAFROLLE. Un tambour de basque!...
je n'ui aucune sympathie pour cet instrument.
BÉNÉDIT. Ah! tu sais bien que c'est de Noémi que je veux parler... de Noémi, ma sœur d'adoption, ma future, ma fiancée , et > comme je te soupçonne d'avoir de mauvais desseins contre elle, tu vas me payer cher les inquiétudes que m'a causées ton iumiense chapeau noir.
PASTAFROLLE, à part... Je suis perdu !... Non, je suis sauvé!...
BÉNÉDIT. Attends un peu!..
Il fait le simulacre -de se débarrasser de sa guitare.
PASTAFROLLE , le Calmant. Arrêtez, itiugueux ménestrel ; il ne s'agit point de votre sœur Gertrude.
BÉNÉDIT. Noémi.
PASTAFROLLE. Je n'ai qu'un mot à vous dire: je suis l'homme de confiance, le ma-
jordome d'une princesse étrangère... et sensible Vous comprenez que ce n'est pas
du tambour de basque qu'il s'agit. !
BÉNÉDIT, riant. Bah ! de la guitare, peut- i être ? '
PASTAFROLLE. Vous êtes pétri d'intelligence, i
BÉNÉDIT. Intrigant de majordome!
Quel métier ()()ur un homme d'âge , et quel j chapeau!.... Ah'.... c'est à moi qu'on en '> veut? :
PASTAFROLLE. Oui.... mystère et silcncc.
BÉNÉDIT. Pardieu!... je ne m'en vanterai <
pas il s'agit de quelque douairière , sans
doute?... Au fait, jeune ou \ieille, j'en suis |
fâché pour votre princesse étrangère et i
sensible... je suis fixé.
Air de Julie.
Vous pouvez me trouver fantasque, \
Mais je l'avouerai sans détour, ;
J' préfèr' mon p'tit tambour de basque Aux nobles beauté.s de la cour. :
De la grandeur mon cœur se fiche, Je suis, chacun vous le dira.
Amoureux comme un angora ,
Mais fidèle comme un caniche. i
Il entre dans le magasin. ^
SCKNK II.
PASTAFROLLE, seul.
A merveille.... voilà ses soupçons détournés. . . le niais ! il me prend pour l'obscur messager d'une femme moi, Pastafrolle, le
secrétaire intime de l'illustre marquis Pandolphe de Montefiero, l'homme d'état le plus fin et le plus gros de tout le grand duché.... Mais il faut ici cacher notre rang.... il y va du succès d'une mystérieuse entreprise.... Quelqu'un vient de ce côté... c'est lui , mon noble maître.... un étranger l'aborde.... Eh non ! je ne me trompe pas.... c'est le prince
Albert le fils du grand duc par quel
hasard est-il aussi dans ce pays? Ceci n'est point mon affaire.... pendant qu'ils causent ensemble... songeons aux projets de monseigneur... je vais à la découverte.
Il disparaît par la gauche, tandis que le Marquis et Alberi entrent par la droite.