‹ Les chants de bataille et de victoire. 2e sérieChapitre 1 sur 2 · M LT 1 ! 1 TT .A X · texte numérisé non relu

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mont Dont l’o - bus pi - Ion - na les crè - tes, Ce ta - lus

gris, là, de-vant nous, Que l’on n’a - bor-de qu’à ge - noux, Fut la tran¬

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chée des haï-on - net-tes.

... Quand Attila, semant la mort, Lance ses hordes cannibales,

Tout est bon qui meurtrit et mord :

Les Chansons, aussi, sont des balles !...

Th. B.

iiiimimiiiiiitiiiiinniiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiNiiiiiin

Jean Sac-au-Dos

« Quel est donc ton nom, joyeux drille, Qui pars au « front », leste et dispos.

Rose et joli comme une fille ?

— Je n’ai plus de nom de famille :

Je n’ai qu’un nom : Jean Sac-au-Dos ! »

« Ayant du bleuet la nuance,

Au milieu des coquelicots Tu semblés une fleur immense,

— Je suis fleur du Jardin de France ! »

M’a répondu Jean Sac-au-Dos !

« Songeant à ta mère chérie Tu dois avoir le cœur bien gros Et l’âme tout endolorie ?

— Ma mère à moi, c’est la Patrie! »

M’a répondu Jean Sac-au-Dos!

je t ai vu ia tèie baissée Au milieu des joyeux propos Songeant à quelque délaissée?...

— C’est Victoire ma fiancée »,

M’a répondu Jean Sac-au-Dos!

— « Guillaume nous nargue et nous jette Des insultes dans ses journaux :

Et sa voix est pointue et nette...

— Pas autant que ma baïonnette ! »

M’a répondu Jean Sac-au-Dos!

— « Certes, mon gâs, la France est Celle Qu’il faut aimer sans nul repos ;

Je veux vivre pour La voir belle !

— Moi, je voudrais mourir pour elle ! »

M’a répondu Jean Sac-au-Dos!

OOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOO

Près de la ferme de Thiaumont,

A demi flanc de l’âpre mont Dont l’obus pilonna les crêtes,

Ce talus gris, là, devant nous,

Que l’on n’aborde qu’à genoux,

Fut la tranchée des Baïonnettes.

Ils étaient là deux bataillons De Vendéens et de Bretons,

Le douze juin dix-neuf cent seize (r).

On leur avait dit de « tenir »

Et tous étaient prêts à bondir Et prêts à fondre en la fournaise.

Bravant le feu, l’acier, le fer,

Ils n’avaient pas, dans cet Enfer, Laissé, du moins, toute Espérance,

Car ils savaient qu’au sombre Hun Ouvrir la porte »de Verdun Serait livrer toute la France.

| Pendant qu’ils étaient là, rêvant Au doux Bocage, à l’Océan,

1 Si loin de ces Marches des Gaules,

La terre, arrachée aux talus,

Les enlisait, Chefs et Poilus,

; Jusqu’aux genoux..., jusqu’aux épaules ;

f Et bientôt tous ensevelis,

< Iis disparurent sous les plis De la Sainte Glèbe française Non sans exhaler tour à tour Un dernier cri d’Orgueil, d’Amour, Dans un lambeau de Marseillaise.

Et la « relève », en arrivant,

Ne vit plus, dans le sol mouvant,

Que des fusils, de proche en proche, Qui, chacun tenu par un Mort, Semblaient pointés — frémir encore Et menacer, encor, le Boche!...

...Et ces grands Morts demeureront Cœurs contre cœurs, debout, au Front Fusils en mains, casques en têtes,

Pour y monter farouchement,

Toujours la garde à F Allemand,

Dans la tranchée des Baïonnettes!...

Le Paimpolais

A nos braves fusiliers marins

Air : La Paimpolaise.

Pour repousser I Aigle allemande Quand le Breton se fait soldat,

Quittant ses genêts et sa lande,

II va gaiement droit au combat ;

FA le brave gâs Fredonne tout bas :

J’aime Paimpol et sa falaise,

Son église et son fier clocher,

J’aime encor mieux ma Paimpolaise, Plus encor ma France en danger!

Le petit Breton, sans murmure,

Met la baïonnette au flingot,

Puis, embusqué sous la ramure,

11 commenc’ la chasse au Pruscot...

Et le brave gâs Fredonne tout bas :

Je serais bien mieux à mon aise Dans le nid où j’allais nicher,

Mais c’est défendr’ ma Paimpolaise Que défendr’ la France en danger!

Mais le flot prussien toujours monte Cyniquement lâche et cruel,

Et lorsque le soir on se compte Bien des noms manquent à l’appel...

Et le brave gâs Fredonne tout bas :

Pour aider la Marine anglaise Comme il faut plus d’un moussaillon, J’épouserai ma Paimpolaise En rentrant au pays breton!

Puis, lorsque la mort le désigne L’appelant dje sa rude voix,

Le petit Breton se résigne En faisant un signe de croix :

Et le brave gâs Quand vient le trépas,

Serrant la médaille qu’il baise,

Agonise au creux d’un sillon En songeant à la Paimpolaise Qui l’attend au pays breton!

(i) Deux bataillons du 137 e , les 11 et

A J. ftaleau, directeur de V « Echo de France », à Salonique , et aux confrères Ilelsey , Londres , et Gaston Richard , en souvenir de nos a bourlingages » loin de France.

L’Echo de France

Aux heures de désespérance,

Sous la pluie et sous le canon,

J’ai crié, tourné vers la France :

« Tes Poilus, à bout de souffrance,

« Invoquent-ils en vain ton nom?... »

— Non!

Et FFcho m’a répondu : — Non !

« Ecoute, alors : Pour l’avenir,

«Je ne vois rien de bon venir,

« Car le mal triomphe sans trêve ! »

— Rêve!

Et l’Echo m’a répondu : — Rêvel

« Mais nos rêves sont illusoires « Quand mille bruits contradictoires « Troublent nos espoirs refleuris!... »

— Ris !

Et FEchotfn’a répondu : — Ris!

« Comment rire quand, le cœur las,

« Je ne trouve plus, ici-bas,

« Rien qui me console et fn’enchante ?... »

— Chante!

Et l’Echo m’a répondu : — Chante!

« Puis-je encor, quand tout saigne et pleure, « Au «front» comme en chaque demeure, « Chanter, le cœur épanoui?... »

— Oui!

Et l’Echo m’a répondu : — Oui!

« Je voudrais, quand je tremble et doute, « Croire que la Victoire en route « Allégera bientôt ma croix... »

— Crois!

Et l’Echo m’a répondu : — Crois!

...Et, depuis qu’affirmant nos droits, L’Écho vint guérir ma souffrance,

Je nargue la Désespérance,

Car je ris, chante, rêve et crois...

Et ne doute plus de la France!

Salonique, 16 mai 1917.

13 juin 1916.

Serrons les rangs !...

Les Celtes roux aux robustes épaules,

Les fiers Gaulois et les Francs valeureux, Ont fécondé le sol des vieilles Gaules En le baignant de leur sang généreux :

Ils sont à nous, ils sont notre héritage Os champs, ces bois, ces coteaux et ces prés, Où des bandits pleins de haine et de rage, Lièvres peureux, tremblants, se sont terrés.

Serrons les rangs, amis Toujours unis ;

Tous au combat, soldais,

Du même pas !

Plus haut les fronts,

Les cœurs, les âmes,

Et, ces infâmes,

Nous les vaincrons !

Serrons les rangs, vivants Et triomphants...

Et, plus encor, mourants,

Serrons les rangs !

Le front déjà baigné de Gloire,

Vers la Victoire Courants,

Serrons, serrons, les rangs !...

Ah ! que de fois, au cours de son Histoire, Quand il croyait tout fini, tout perdu,

Notre Pays, du fond de la nuit noire A vu surgir le Sauveur attendu :

Ce fut, jadis, un Bayard, une Jeanne ; C’était, hier, un Kléber, un Marceau ;

Et quand, sur lui, de nouveau la Mort

[plane,

C’est Galliéni, Joffre et de Castelnau

Serrons les rangs !...

Gloire à nos Chefs ! Jurons tous de les

[suivre

Jusques au but qu’ils nous désigneront :

Plutôt mourir, mourir dix fois, que vivre Demi-vaincus, avec la Honte au front !

Cœur contre cœur, entonnons, triomphante, La Marseillaise aux farouches élans,

Et nous ferons reculer d’épouvante Attila Deux et ses guerriers sanglants.

Serrons les rangs!...

La Ceinture de Sauvetage

Air : Brave marin revient de guerre.

C’étaient deux gâs du mêm’ village,

Tout doux,

Seuls rescapés d’un torpillage.

Tout doux,

Qui, sous la lune, allaient, nageant, Balancés par les flots d’argent.

Tout doux !

Nagèrent ainsi jusqu’à l’aurore,

Tout doux ;

Mais, quand F petit jour vint éclore,

Tout doux,

Ne voyant rien, au loin, venir,

Ils se sentaient mourir, mourir,

Tout doux !

Or, tout-à-coup, sur eux arrive,

Tout doux,

Un’ ceintur’ de liège en dérive,

Tout doux :

Leurs doigts bleuis, à demi-morts,

La crochèr’ent d’un suprême effort,

Tout doux.

Et tous deux, la mine hagarde,

Tout doux,

Les yeux mi-clos, s’entre-regardent,

Tout doux...

Mais aucun n’ose cappeler L’épave qui peut le sauver,

Tout doux.

« — C’est toi , dit l'un, qui doit la mettre , Tout doux,

« J’ai pas d’ galon, t’es quartier-maHre. »

(Tout doux.)

L’autr’ répond : « — N’ va pas oublier « Que F chef reste à bord le dernier. »

(Tout doux.)

« — Si, d’vant la mort, mon camarade, Tout doux,

« Nous avons, tous deux, même grade,

Tout doux,

« Je suis F plus vieux et j’ai le droit « De larguer la Vie avant toi. »

Tout doux.

« — Faut en finir, coûte que coûte,

Tout doux,

« Que le Sort en décide, écoute :

Tout doux,

« T’as des p’tits gâs? T’en as combien? »

« — Trois d’arrivés, un qui s’en vient,

Tout doux. »

« — Moi, j’en ai qu’un : je te le donne, Tout doux...

« Adieu, « pays »... et chance bonne 1 »

(Tout doux.)

Et... lentement... le moribond Se laissa couler par le fond :

Tout... doux !

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En revenant de guerre

Air : En revenant de noce.

En revenant de guerre Je s’rai bien fatigué,

Mais ne m’en plaindrai guère Tant j’aurai le cœur gai!

Refrain :

Ah! j’ l’attends, j’ l’attends, j’ l’attends Le « jour de Gloire »

Et de victoire...

Ah! j’ l’attends, j’ l’attends, j’ l’attends Pour la patrie que j’aime tant.

Je dirai-z-à mon père :

« J t’ai point déshonoré :

D’ la médaille militaire,

Vois, je suis décoré ! »

J’ dirai-z-à mon p’tit frère :

« Viens me désharnaclier ! »

Je dirai-z-à ma mère :

« Fais-moi d’ la soupe au lait! »

J’embrasserai Marie-Claire,

Ma jolie fiancée ;

Je lui dirai : « Ma chère,

J’ te reviens presque entier ;

Avertis Monsieur F Maire Et Monsieur le Curé ;

L’All’mand battu-z-en guerre, J’allons-t-y nous aimer! »

Ah ! j’ l’attends...

A l’Ambulance

Air : « A Saint-Lazare » (de Bruant).

« C’est moi, ton frangin, que j’ t’écris,

* Ma bonn’ Charlotte ;

Aux tranchées, l’aut’ soir, qué qu’ j’ai pris Sur la bouillotte !...

L'obus tombait — du p’tit, du gros — Dru comme « lance »...

Si bien qu’à e t’ heure me v’ià sur 1 ’ dos, A l’ambulance !

Mais n’ vas pas dire à tout chacun Qu’ j’ la trouve saumâtre,

Car ici, vrai, je suis comme un P’tit coq-en-plâtre.

De vivre ainsi la vie d’ château,

Dans l'opulence,

J’ m’en vas prendr’ des goûts d’aristo,

A P ambulance !

C’est pus sous terre avec les rats Qu’y s'agit d’ vivre :

J' suis dans un salon ; j’ai des draps ;

Un « pieu » en cuivre ;

Et un sommier qu’ j’ose pas m’ bouger Tant y m’ balance...

Hein ! crois-tu que j’ suis bien logé,

A l’ambulance !

Des sirurgiens à quat’ galons,

Tout pleins d’adresse,

Vous taill’ent en biais, en large, en long, Avec tendresse...

Après ça, quoi leur refuser Sans insolence ?

y leur donn’rais ma tête à couper,

A l’ambulance !

Des dam’s en blanc, 1 ’ sourire aux yeux, Glissent, légères,

Kif-kif des ang’s venus des cieux Comme infirmières ;

Dès que t’ouvr’s un œil ou r’mues un bras, L’un’ d’ell’s s’élance :

On t’ lave, on t’ mouche... ec cétéra ,

A l’ambulance !

« Que voulez-vous ? Ceci P Cela ?

Ou bien aut’ chose ? »

Cent fois par jour, ces questions-là,

On te les pose ;

La nuit, même on te tir’ soudain D’ ta somnolence

Pour te d'mander : « Dormez-vous bien ? »

A l’ambulance !

Enfin, sœurett’, ne t’en fais pas Pour ton vieux frère ;

J’ sais pas si tu me r'connaîtras Après la guerr’,

Car moi, l’ancien petit mecton Sans corpulence,

y suis f...ichu de prend’ du bedon,

A l’ambulance !

Un tas d’ bécots autour de toi,

Ma pauv’ Lolotte,

Qui trim’ si dur, pendant que moi,

Je me dorlotte...

...Mais quand j’ pense aux futurs combats, J’ groûmes en silence :

Sûr que, guéri, j’ moisirai pas A l’ambulance ? »

Signé : Totor.

(A l’ambulance Carrel, à Compiègne, Janvier 1916).

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