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Les chants de l'Église latine

Que les anciens airs compris sous le nom de plainchant aient été primitivement mesurés et rythmés, c’est ce dont on ne saurait douter aujourd’hui. Rétablir ces rythmes et ces mesures, tels qu’ils ont été à l’origine, voilà l’énoncé du problème.

Il y a quelques années, une commission, nommée par les archevêques de Reims et de Cambrai, fut chargée de le résoudre. Elle employa la méthode liistorique, qui consiste à compulser les manuscrits les plus anciens ou les meilleurs et à tirer de leur comparaison un texte vraisemblable, sinon définitif. La Commission prit pour point de départie manuscrit bilingue de Montpellier, livre didactique où, au-dessus des paroles, on voit une ligne de lettres répondant aux noms des notes, depuis l’a qui est le la, et, au-dessus de cette ligne, des neumes indiquant les mouvements de montée ou de descente de la voix. Malgré ces précieuses données, la Commission sentit qu’elle avait besoin de livres lisibles et elle usa des manuscrits du xm e siècle, surtout des numéros 1132 et 1137 de la Bibliothèque nationale et de Y Antiplionaire d’Alby. Déjà, en 1849, la librairie Lecoffre

Il LES CIXANTS DE L’ÉGLISE LATINE.

avait publié un Vespéral d’après le manuscrit 1090 de la Bibliothèque nationale, également du xm e siècle. Un Antiplionaire et un Graduel rythmés naquirent du travail de la Commission. Elle publia en outre, en 1852, un mémoire qui a été réimprimé en 1885 chez M. Lecoffre.

Pendant ce temps, d’autres érudits musiciens pénétraient plus avant qu’on ne l’avait fait dans la musique de l’antiquité, dont les chants chrétiens antérieurs à saint Grégoire ont été le dernier écho. Les découvertes faites en ce sens sont condensées dans Y Histoire et théorie de la musique dans l'antiquité par M. Gevaert, directeur du Conservatoire de Bruxelles. C’est un ouvrage d’une valeur entièrement scientifique. — Enfin, les données qu’il contient sont confirmées chaque jour par la publication de chants populaires plus ou moins anciens, recueillis en Orient et en Occident et parmi lesquels ceux de la Grèce et de la Bretagne, mis au jour par M. Bourgault-Ducoudray, professeur à notre Conservatoire, occupent le premier rang. Cet ensemble de travaux a élucidé ce qui concerne les modes, la mélopée, les mesures, les rythmes et les autres éléments, soit théoriques, soit pratiques, de la musique des anciens.

Dans toute l’antiquité on a distingué en musique la mesure du rythme. Aristote dit : Tà ptirpa è<m t« jtopia T<tiv pt%wv, « les mesures sont les parties des rythmes ; » la mesure se composait de temps égaux et le rythme était la distribution de3 longues et des brèves dans les

AVANT riiOPOS.

temps des mesures. Comme toute l’antiquité grécoromaine a tenu la mesure pour la base même de la mélodie et que Y Hymne à la Muse de Dionysios, composé au temps des antiennes, est un chant parfaitement mesuré, il n’est pas admissible que les chrétiens, empruntant aux païens leurs modes, leurs strophes et les autres éléments de la musique, aient rejeté la mesure, qui en est l’élément le plus essentiel.

Il faut en dire autant de la prosodie. Elle ne fait point partie de la musique instrumentale ; mais toute l’antiquité, les Latins plus encore que les Grecs, en a fait la règle même du chant et a donné à tout écart prosodique le nom de cacophonie. L’accord des paroles et du chant est fondé sur l’accentuation des mots et sur la quantité des syllabes. Quand il y a discordance entre les valeurs des syllabes et celles des notes, la mélodie est vicieuse et pèche contre la prosodie.

En résumé les paroles commandent les mesures $ la mesure commande le rythme. On ne peut pas rétablir avec sûreté un rythme, si l’on ne rétablit aussi les mesures, et l’on ne peut rétablir les mesures d’un chant latin sans en connaître les paroles. Mais si l’on a d’une part les paroles et de l’autre la série des notes dont l’air était composé, on peut partager cette série en mesures et en rétablir le rythme, parce que l’accentuation et la quantité, éléments certains et inva i riables, sont les composantes de la mesure et du rythme.

Les livres liturgiques donnent la série des notes et

leur attribution aux paroles du texte ; la connaissance du latin donne la quantité et l’accent. Ces deux données suffiraient pour reconstituer les chants chrétiens avec leurs rythmes et leurs mesures ; mais les manuscrits cités plus haut fournissent en outre de précieuses indications traditionnelles sur les rythmes. Ils ne donnent aucun renseignement sur les mesures ; mais, celles-ci étant établies par l’accentuation, il est plus avantageux pour nous de posséder, même altérée, la tradition des rythmes, parce qu’ils ont quelque chose de moins arrêté que la mesure, et le rétablissement de cette dernière devra au besoin les rectifier.

Pour faire ressortir les diflférences entre la mélodie seulement rythmée des manuscrits et la mélodie complète, c’est à-dire à la fois rythmée et mesurée, nous donnons ci-après huit morceaux où les deux restitutions sont mises en regard. Ces huit morceaux sont :

Vox in Raina .

Sub thronoDei.

Beata Agnes.

Inparadisum.

Ilœc dies quamfecit.

Montes Gelboe.

Vidi turbam.

Etomnes Angeli.

Les deux fragments Vidi turbam , Et omnes Angeli, sont tirés de l’Apocalypse, ch. vu ; entre les deux se trouvait l’admirable cantique Salus Deo nostro, qui a

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