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DEUX SŒURS

D'où venez-vous, ô sœurs charmantes, Si gaîment à travers nos bois?

D'où venez-vous, ô sœurs chantantes, Dont si douce est la voix ?

Plus fraîches que roses jumelles.

Bourgeons d'un chaud souffle entr'ouverts ; Plus libres que deux hirondelles Qui bruissent par les airs?

ça LES CHANTS DE LA MONTAGNE.

Vos blonds cheveux au vent s'enlacent, Réseau d'or où rit le soleil , Et dans vos yeux des rêves passent Aux couleurs de vermeil ;

Des rêves d'or et des pensées Comme en un lac profond et pur Les voyageuses, les nuées, Se mirent dans l'azur.

Où vous marchez naissent pervenches.

Murmurent sources ec roseaux.

Et dans le vert des hautes branches Soupirent les oiseaux.

Mais quand sous le chêne et le hêtre Se marient vos voix de cristal, Frémit et vibre tout mon être A cet accent natal.

Vous chantez, lèvre souriante, Le printemps et le mal d'amour ; Mon cœur captif vous suit et chante Et pleure tour à tour.

Oh ! chantez !... toute ma jeunesse Renaît dans vos deux voix en fleur, Chantez encor!... douce tristesse Me glisse et m'entre au cœur.

Mon âme sur vos mélodies SMlance aux sommets, aux hauteurs, Ou plane, ailes épanouies.

Aux sombres profondeurs.

D'où venez-vous, sœurs florissantes Si lumineuses par nos bois?

D'où venez-vous, ô sœurs chantantes.

Dont si douce esc la voix?

— Nous venons des montagnes vertes Où nichent merle et rossignol.

Nous descendons, deux sœurs alertes, Du bleu, du bleu Tyrol.

Autour de nous, dans notre enfance Tout vibrait par monts et par vaux, Les Elfes berçaient en cadence Nos fronts dans nos berceaux.

Plus tard, aux flancs des monts, assises.

Bras enlacés nous écoutions ; — Et sous les feuilles, dans les brises Erraient mille chansons.

Voix des châteaux, voix des chaumières Accouraient vers nos seins jumeaux Commç à l'appel des oiselières Des tourbillons d'oiseaux.

Quand le soir dorait les collines Dans Pombre nous nous regardions..^ Le chant montait de nos poitrines A flots — et nous chantions;

La Mélodie est notre empire Et nous en prodiguons les fleurs, Nous savons changer en sourire La tristesse et les pleurs.

Parfois aussi les larmes coulent Avec les strophes de nos cœurs ; Mais un coup d'aile! — Et nos voix roulent Dans l'azur, libres sœurs.

Nous voyageons comme deux sources Qui joignent leur flot matinal Et se souviennent, dans leurs courses, Du haut vallon natal.

Et quand forêt, val et prairie S'emplissent des voix du printemps, Nous retournons à la patrie

D'où viennent tous nos chants.

Nous rentrons aux montagnes vertes Où nichent merle et rossignol, Nous regagnons, deux sœurs alertes.

Le bleu, le bleu Tyrol.

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