LE PAPILLON
Beau papillon, toi qui voltige En te, berçant de tige en tige, Et plonges dans la fleur qui dort, Toi, fleur du ciel aux ailes d'or !
Tu flottes vers le lac immense , Dans la lumière et le silence :
Tu veux partir , tu veux oser.
Mais tu ne sais où te poser.
Où cours-tu d'un vol si rapide ?
Le ciel est pur , le lac limpide ,
Mais les ténèbres vont venir.
Ah! pourras-tu te soutenir?
Bientôt ton aile sera lasse , Et tombant du haut de l'espace^ En vain tu chercheras le port, Le flot, le flot sera ta mort!
— Ami , je vais où veut la brise ; Et que ce lac bleu me séduise, Sur son mystérieux miroir Je vole, vole au vent du soir.
Là-bas, sur la rive embaumée Fleurit aussi ma fleur aimée Et la prairie aux cent couleurs Fraîchit sôus la rosée en pleurs.
Et que la vague m'engloutisse Ou que l'éther m'ensevelisse.
Ou qu'une fleur soit mon tombeau , Ami, mon sort est toujours beau.
Douce est la Nature infinie , Je rentre dans son harmonie; Je renaîtrai rose ou zéphyr,..
Au vaste azur je vais mourir !
O fillette de la montagne , O brune fillette aux yeux bleus, La nuit descend sur la campagne Et fait trembler tes bras frileux. Tes chèvres broutent l'aubépine • Et ton faon se couche à tes pieds ; Tes fagots sont dans la ravine , Les fraises comblent ton panier.
Où vas-tu? Déjà tout sommeille Sous les chaumes silencieux.
Bien lasse, seule encor tu veilles, Que cherches-tu de tes grands* yeux ?
Te voilà donc triste et seulette ; Sous les feuilles tu vas t'asseoir...
Laisse tomber ta brune tête , Pauvre fille, bonsoir!
Est-ce à ton père que tu penses?
Il dort avec son grand troupeau, Là-haut dans cette lande immense Où nichent milan et corbeau.
Ou bien est-ce à ton jeune frère Qui tarde tant à revenir?
Un jour il partit pour la guerre ; Loin du pays on peut mourir.
Il n'est plus là pour te défendre Et pour veiller à ton chevet.
Ah ! reviendra-t-il fier et tendre Te conter l'amour qu'il rêvait?
ïl est bien loin. Et la bruyère Frissonne à la bise du soir.
Ferme les yeux , fais ta prière ; Pauvre fille, bonsoir!
Songes-tu peut-être à ta mère Qui d'un si doux chant te berçait?
po LES CHANTS DE LA MONTAGNE.
Mais elle dort au cimetière, Et tu n'en sais plus qu'un verset.
Dans la forêt sombre et grondeuse Dansent les farfadets maudits ; Mais sur ta couche bienheureuse Veille un ange du paradis.
Du fond du ciel bleu l'alouette Au point du jour t'éveillera Et le soleil sur ta couchette De soie et d'or te vêtira.
Ta lampe est Tétoile qui brille A travers le branchage noir; Dors sur la mousse, pauvre fille , Pauvre fille, bonsoir!