MYOSOTIS
C'était dans un vallon sauvage Un pré splendide aux cent couleurs.
Les grillons bruissaient sous Therbage^ Le grand soleil dardait les fleurs.
Dans rherbe haute et foisonnante, La Blonde svelte et rayonnante, Marchait, riant de voir fleurir Myosotis, la fleur du souvenir.
lO.
Nous causions, j'écoutais la belle, Un torrent grondait entre nous ; Plus vif que l'onde qui ruisselle, Plus débordant, plus fier, plus doux.
Ce jeune cœur chantait d'ivresse.
Sur son sein gonflé d'allégresse.
Etoile^ je vis resplendir :
Myosotis, la fleur du souvenir.
Soudain s'arrête la charmeuse, Le torrent bruissait follement ; Et, par-dessus Fonde écumeuse.
Nos yeux se cherchent longuement !
Ce fut comme un éclair rapide Dans le pré sauvage et splendide.
Eclair subtil d'un doux désir :
Myosotis, ô fleur du souvenir !
Depuis, j'ai vu tant de campagnes
Où chantent les grillons ravis,
Mais fleurs des champs, fleurs des montagnes
Laissent mes yeux inassouvis.
Dans les grands prés aux frais rivages
Où croissent tant de fleurs sauvages,
Uétoile bleue esc mon désir :
Myosocis, la fleur du souvenir !
Au plus noir des forées épaisses Qu'arrosent les torrents joyeux, La voix des Nixes charmeresses A frappé mon cœur orageux.
Prés de la vague bouillonnante, Sous la cascade mugissante, Ah ! que de fois j'ai vu frémir Myosotis, la fleur du souvenir !
Et sur les cimes désolées Où l'horizon est riche et pur, Au bord des sources isolées Qui tremblent sous le vaste azur, J'ai vu, dans l'eau triste et rêveuse, Cbnune une étoile douloureuse, Se pencher pâle de désir Myosotis, la fleur du souvenir.
Et jusque dans les nuits profondes Où sur les ailes du sommeil
ii6 LES CHANTS DE LÀ MONTAGNE.
L'esprit s'égare en d'autres mondes Par des abîmes sans soleil ; Dans cette nuit, dans ce silence, J'ai vu, regard d'amour intense j J'ai vu flotter et resplendir Myosotis, la fleur du souvenir !