‹ Les chants de la montagneChapitre 6 sur 60 · HIVER · texte numérisé non relu

HIVER

Le ciel esc gris, la plaine esc morne, La cerre dore sous son linceul ; Vers l'horizon vasce ec sans borne Suis con chemin, ce voilà seul.

Nul chanc ne vienc charmer l'oreille.

Nul rayon ne luic à mes yeux , Pour l'âme crisce qui sommeille Touc esc crisce ec silencieux.

Pourtant que vois-je sur la route Qui réjouit mes yeux en pleurs?

Je vois le printemps sans nul doute , Car voici Taubépine en fleurs.

Mais non ; la terre est désolée Ce n'est pas la chère saison ; Hélas! c'est la blanche gelée Qui brille en cristaux au buisson.

Et vous, et vous, douces pensées, O mes compagnes d'autrefois, Quoi ! seriez-vous aussi glacées Que les collines et les bois?

Jeunesse, amour, folle espérance, Jours pleins de rires et de chants, Vous êtes-vous sous la souffrance Flétris comme Pherbe des champs ?

Qu'es-rtu dans ta force et ton charme , Rêve de Tardente amitié ?

N'aurai-je pour toi qu'une larme Et qu'un sourire de pitié ?

a8 LES CHANTS DE LA MONTAGNE.

Est-ce en vain que Tâme ravie Comme un arbre en fleurs a brillé , Et suis-je debout dans la vie ^

De même qu'un tronc dépouillé?

A son cœur faut-il donc survivre?

Car ce qu'en moi je vois fleurir N'est pas le bonheur, c'est le givre Brillant et froid du souvenir.

Ah ! renaissez, vertus si belles Qui faites nos jours les plus beaux, Je veux des amitiés nouvelles Je cherche des combats nouveaux.

Mon cœur s'agite avec puissance, Mon âme est prête à refleurir Au premier souffle d'espérance, Au premier baiser du zéphyr.

•Je veux, je puis aimer encore , Lutter, souflPrir, aimer toujours.

Car dans ce cœur qui se dévore Fermentent mille et mille amours !

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