HIVER
Le ciel esc gris, la plaine esc morne, La cerre dore sous son linceul ; Vers l'horizon vasce ec sans borne Suis con chemin, ce voilà seul.
Nul chanc ne vienc charmer l'oreille.
Nul rayon ne luic à mes yeux , Pour l'âme crisce qui sommeille Touc esc crisce ec silencieux.
Pourtant que vois-je sur la route Qui réjouit mes yeux en pleurs?
Je vois le printemps sans nul doute , Car voici Taubépine en fleurs.
Mais non ; la terre est désolée Ce n'est pas la chère saison ; Hélas! c'est la blanche gelée Qui brille en cristaux au buisson.
Et vous, et vous, douces pensées, O mes compagnes d'autrefois, Quoi ! seriez-vous aussi glacées Que les collines et les bois?
Jeunesse, amour, folle espérance, Jours pleins de rires et de chants, Vous êtes-vous sous la souffrance Flétris comme Pherbe des champs ?
Qu'es-rtu dans ta force et ton charme , Rêve de Tardente amitié ?
N'aurai-je pour toi qu'une larme Et qu'un sourire de pitié ?
a8 LES CHANTS DE LA MONTAGNE.
Est-ce en vain que Tâme ravie Comme un arbre en fleurs a brillé , Et suis-je debout dans la vie ^
De même qu'un tronc dépouillé?
A son cœur faut-il donc survivre?
Car ce qu'en moi je vois fleurir N'est pas le bonheur, c'est le givre Brillant et froid du souvenir.
Ah ! renaissez, vertus si belles Qui faites nos jours les plus beaux, Je veux des amitiés nouvelles Je cherche des combats nouveaux.
Mon cœur s'agite avec puissance, Mon âme est prête à refleurir Au premier souffle d'espérance, Au premier baiser du zéphyr.
•Je veux, je puis aimer encore , Lutter, souflPrir, aimer toujours.
Car dans ce cœur qui se dévore Fermentent mille et mille amours !