LE TRIOMPHE
J'ai vu l'une enivrée au son de linstrument, Pâle et, l'œil demi-clos, danser nonchalamment; J'ai surpris l'autre un soir auprès dune fontaine. Elle était brune et douce et fut bonne à ma peine ; Je sais qu'une autre encore a pour nous enchanter Le sortilège d'or de sa molle beauté ; Et je n'ignore pas enfin qu'une autre est blonde, Et qu'elle rit de l'être et d'étonner le monde... Mais que me font à moi tous ces éclats vainqueurs? Si les tiens sont obscurs ils ont conquis mon cœur. Car tu vas, tendre et calme, et sans guirlande sainte, Mais l'âme de vertus étincelantes ceinte !
LA BEAUTE GACHEE
11 est d'obscurs trésors dont je veux m'approcher !
Déjà j'ai su tirer le flot hors du rocher,
J'ai découvert le grain sous la terre féconde,
J'ai ranimé la pierre et vivifié le monde,
Sous le bloc épaissi j'ai vu le diamant
Dont l'invisible éclat pour tout autre est dormant.
Et je vous ai soustrait, ô mers dont l'eau déferle,
La scintillation multiple de vos perles !
Mais j'aimerais surprendre encor sous le caillou.
Derrière l'arbre amer, parmi l'herbe, dans tout.
Au fond de chaque chose où la vie est cachée.
L'essence de splendeur que la nature y crée.
Je voudrais vous saisir, ô rythme aérien,
Beauté sainte, clarté, rayon que Dieu maintient
Comme captif au creux de l'argile et des ondes,
Et dont l'éblouissement sort sans cesse des mondes
ELEf.IES ET CHANTS DE RESURRECTION