POUR QUE L'HOMME SOIT COURAGEUX
Ainsi, qui que tu sois, irais-tu parle monde
Parmi les courants d'eau, Ou bien resterais-tu calme dans ton enclos Sans avoir jamais vu plus loin que le coteau
Ou que la plaine ronde?
Qui que tu sois, enfin, sculpteur, taillant l'argile,
Ou maçon le rocher, Souviens-toi qu'en ton être habite un dieu caché Il est d'un esprit grand den vouloir approcher
La face qui scintille.
As-tu peur ? Que veux-tu ? La terre avec ses pôles
Circule comme un bloc.
Aurais-tu pour métier de vivre sous son roc Que tu pourrais encor la casser d'un seul choc
En bougeant les épaules?
Grandis ta vie avec ton âme en épopée,
Sans cesse au jour le jour, Présentant ta poitrine aux dangers tour à tour A l'orage, à la foudre, à la flamme, à l'amour, A la pâle nuée !
Ne luis aucun péril ; est-il vraiment des charmes
Dans l'aride repos ?
Rejette loin de toi les chaînes du troupeau : Il faut vivre avec force en tendant le flambeau
Hors du gouffre et des larmes !