SECTION DES SOCIÉTÉS DE PARIS
Premier prix. Médaille d'or aux Enfants de Lutèce, dirigés par M. Gobert. — Deuxième prix. Médaille de vermeil ù la classe populaire de chant d'ensemble du Conservatoire, dirigée par M. Ratiste. — Troisième prix. Médaille d'argent aux élèves de M. Foulon, sous la direction de leur professeur. — Quatrième prix. Médaille d'argent offerte par le jury aux Enfants de la Seine, dirigés par M. Étiard.
A cinq heures, une nouvelle salve d'artillerie annonçait la distribution solennelle des prix. Les Orphéons étaient venus se joindre aux musiques. Sur l'appel de l'un des membres du jury, les chefs des corps lauréats vinrent successivement recevoir des mains de M. le préfet, aux applaudissements d'une foule sympathique, les récompenses qu'ils avaient méritées. Après la distribution des médailles, M. le président ayant adressé aux concurrents une courte et chaleureuse allocution, la fête se termina, comme elle avait commencé, dans l'ordre le plus parfait (1).
Rien n'est plus beau, plus touchant que ces pacifiques démonstrations à ciel ouvert, dit M. Jules Simon, notre confrère de l'Association des artistes musiciens, dans un intéressant article consacré k la relation de la charmante fête de Melun. Puis il ajoute : « Un jour viendra où chaque ville de France aura son orphéon particulier et sa société « philharmonique ; alors les arts offriront à l'activité du peuple un aliment plus sain et plus choisi. Sous leur influence, » les mœurs publiques se modifieront et s'amélioreront; une noble émulation tiendra l'intelligence en éveil, et l'en- » seignement sera puissamment secondé par l'appât de ces récompenses publiques devenues l'objet de la louable ambi- » tion publique des artistes. Les concerts, les festivals, les concours, les messes, se multiplieront de toutes parts, sous » les auspices de l'autorité, et ces solennités brilleront d'un éclat dont il est facile de se faire une idée, lorsqu'on songe » à la richesse et au nombre des éléments dont l'Association pourra disposer. Par ces faits, l'art prendra des propor- » lions dignes de lui et de sa mission dans le monde; il resserrera les liens sociaux en apprenant aux hommes à se » connaître et à s'aimer, et ainsi s'accomplira l'œuvre de la musique considérée au point de vue supérieur de la mo- » raie et de la législation. »
Oui, sans doute, l'élan est donné, nous voulons marcher sur les traces de l'Allemagne; nous voulons, par notre zèle et nos efforts, l'égaler sur le terrain de l'harmonie. C'est k l'Association des artistes musiciens qu'il appartient de pousser l'art dans cette voie glorieuse. On ne saurait donc trop vivement l'engager a donner annuellement, avec la coopération de toutes les sociétés lyriques de la France et des pays étrangers qu'elle pourra réunir, des fêtes semblables au congrès de Troyes ou même entièrement consacrées a la musique vocale d'ensemble sans accompagnement.
Je terminerai ce chapitre par une liste des assemblées musicales qui ont eu lieu en France a différentes époques et dont il nous importe de prendre date, parce qu'elles marquent les premiers pas que nous avons faits dans la culture du chant choral. Or, en toute chose, les commencements ont un degré particulier de mérite et d'intérêt. La raison en est simple, c'est que les difficultés y abondent et qu'ils coûtent beaucoup, ainsi que le donne k entendre le vieil axiome : Omne principium grave.
Têtes de l'Orphéon de W il hem,
1 836. 18 décembre. . Paris Première réunion publique des Orphéouistes, et première exécution en public d'un
chœur pour voix d'hommes sans accompagnement : Le retour dans la pairie, de Spaeth.
1837 Paris Fête donnée à Wilhem par les Orphéonistes. Exécution d'une cantate pour voix
d'hommes, à trois parties, sans accompagnement, composée par M. Hubert. On chante aussi la Marche allemande, d'Eisenhofer.
1838 Paris Réunion des Orphéonistes et exécution publique de la cantate de M. Hubert.
1 842. 26 avril Mort de Wilhem. — (M. Joseph Hubert, jusqu'alors répétiteur en chef, succède à
son maître dans les fonctions de directeur de l'Orphéon.)
I8i5 Paris Grande réunion publique des Orphéonistes dans la salle du cirque des Chainps-
Élysées. Les choristes hommes y exécutent, pour la première fois, le chœur de Grétry : La garde passe.
(1) Revue et Gazette musicale de Paris, 18e année, n° 40, 5 octobre 1851, p. 325, art. de M. Jules Simon.
SUR IM CHANT EN CHOEUR POUl'. VOIX D'HOMMES. 53
1846 Paris Grande réunion publique des Orphéonistes dans la salle du cirque des Champs-
Elysées. Exécution du chœur des Soldats parGrisar.
1847 Paris Grande réunion publique des Orphéonistes dans la salle du cirque des Champs-
Élysées. Exécution du Chant de guerre par Thys, et du chœur des Enfants de Paris par Adolphe Adam.
1848 Paris Grande réunion publique des Orphéonistes dans la salle du cirque des Champs-
Elysées. Exécution de deux morceaux pour voix d'hommes sans accompagnement : la Républicaine par Lysberg, et le Vengeur par Dancla.
1849 Paris Grande réunion publique des Orphéonistes dans la salle du cirque des Champs-
Elysées. Exécution du Chant des forgerons, composé pour l'Orphéon par Halévy, et chanté par les choristes hommes; on exécute aussi la Marche républicaine d'Adolphe Adam.
1850 Paris Grande réunion publique des Orphéonistes dans la salle du cirque des Champs-
Elysées. Exécution de trois chœurs pour voix d'hommes : le Commencement du voyage par Zimmermann , le Retour dans la patrie par Ermel , et VEnclume par Adolphe Adam.
D'après une statistique que j'ai sous les yeux, l'augmentation progressive du nombre des orphéonistes de Paris aux réunions générales, de 1836 à 1846, c'est-à-dire dans une période de dix années, a été la suivante :
En 1836 300 En 1841 600 En 1845 1000
Fêtes de l'Association des artistes-musiciens.
1849 Auxerre Premier festival d'Auxerre donné au bénéfice de la caisse de secours et dé pensions
de l'Association. Les orphéonistes de l'Yonne, ouvriers pour la plupart, concourent à l'exécution des chœurs, et font une collecte entre eux dont ils offrent le produit à l'Association.
— Auxerre Second festival d'Auxerre. Les orphéonistes de diverses localités du département y
chantent des morceaux d'ensemble.
1850. 25 août Vsnières Fête de VA Uiance des lettres, des arts et de l'industrie par les associations réunies.
Des sociétés chorales de Paris, des départements et de l'étranger y participent; elles font entendre des morceaux pour voix d'hommes sans accompagnement.
— 29 septembre . Fontainebleau Grand concert donné dans le palais de Fontainebleau, où se rendent des orphéo-
nistes de Paris et de la pro\ince.
— 20 octobre. . . . Melun Grand Concert vocal et instrumental auquel concourent des députations des Orphéo-
nistes de la capitale, les Enfants de Lutèce et des sociétés chorales de plusieurs localités.
— 27 novembre. . Strasbourg Grand festival militaire organisé par le comité de l'Association de Strasbourg, dans
lequel les chœurs de soldats de la garnison font entendre avec succès des morceaux à plusieurs parties pour voix d'hommes sans accompagnement.
1851. 1,2, 3 juin . . Troyes Congrès musical réunissant les musiciens de plusieurs théâtres de Paris, du Con-
servatoire, les musiques des gardes nationales de l'Aube et de l'Yonne, les sociétés d'Orphéons français et des cercles chorals de l'étranger. Concours entre les différentes sociétés de chant. La société des chœurs de Gaud et celle des Orphéonistes lillois obtiennent chacune une médaille d'or.
— 28 septembre . Melun Premier concours annuel des corps de musique militaire et des sociétés orphéo-
niques de Paris et de province. Prix décernés à ces sociétés.
1852. 27 juin Mcaux Deuxième concours annuel des corps de musique militaire et des sociétés chorales
de Paris et de province. Prix décernés a ces sociétés.
Depuis trois ou quatre ans, les fêles de l'espèce de celles qui figurent dans les tableaux précédents se multiplient de tous côtés en France, et l'on conçoit que nous ne puissions les citer toutes avec les détails qu'un pareil sujet comporte. Aujourd'hui il est bien peu de concerts et de réunions musicales où l'on n'ait pas occasion d'entendre quelques sociétés orphéoniques exécutant des chœurs sans accompagnement. C'est un mouvement qu'entretiennent avec zèle un grand nombre d'artistes et d'amateurs de Paris et de la province. Il n"y a pas longtemps (1) que l'Association musicale de Lille organisait, pour la cérémonie traditionnelle appelée les Fastes de Lille, un concours de chant d'ensemble auquel ont été conviées les sociétés chorales de la France, de l'Allemagne et de la Belgique. Par son programme aussi bien que par toutes les circonstances qui en ont accompagné la célébration, cette belle fête a rappelé les grands festivals d'outre-Rhin. Après les luttes artistiques, après les différentes épreuves du concours, toutes les sociétés réunies ont manifesté leurs sentiments de concorde en formant un chœur général et en chantant avec une noble et joyeuse exaltation, sur la musique de notre excellent compositeur Ambroise Thomas, les beaux vers du Chant des amis, écrits pour la circonstance par notre jeune poêle Alfred de Musset, qui, lui aussi, a com-
(i) 20 et 21 juin 1852.
pris les avantages précieux de la propagande sociale accomplie à l'aide des sons puissants de la voix humaine :
De ta source pure et limpide, Réveille-toi, fleuve argeuté; Porte trois mots, coursier rapide :
Amour, patrie, et liberté.
Fils des Saxons, fils de la France Vous souvient-il du sang versé?
Près du soleil de l'espérance, Voyez-vous l'ombre du passé?
Quelle voile au loin déployée Trace dans l'onde un vert sillon?
Qui t'a jusqu'à nous envoyée?
Quel est ton nom, ton pavillon?
Le Rhin n'est plus une frontière, Amis, c'est notre grand chemin, Et maintenant l'Europe entière
Sur les deux bords se tend la main.
J'ai porté la céleste flamme En tous lieux où Dieu l'a permis ; Mon pavillon, c'est l'oriflamme, Mon nom, c'est celui des amis.
De ta source pure et limpide, Réveille-toi, fleuve argenté; Porte trois mots, coursier rapide :
Amour, patrie et liberté.