UN VOEU
ïim ^Œîî.
Je voudrais être roi, ne pouvant être dieu !
Hais ce n'est pas Toi^eil qui m'inspire ce vœu.
Je voudrais être roi, roi despote, pour faire
Plus vite un plus grand bien dans une grande sphère.
Je voudrais voir trembler cent peuples à mes pieds,
Pour pouvoir dire à tous: Vous êtes déliés;
Pour leur rendre d'un mot les droits qu'on leur dispute.
Pour finir sans douleur cette éternelle lutte
Du pauvre et de l'heureux, du faible et du puissant.
Lutte qui chaque jour se poursuit dans le sang.
Monarques absolus, si j'avais voire place,
Tout ce qui vous fait peur tenterait mon audace;
Au lieu de Vencbainer, aidant la liberté.
Devançant l'avenir qu'attend l'bumanité,
Je soufflerais l'esprit que vous voulez éteindre.
L'œil fixé vers un but glorieux, pour l'atteindre
Je marcherais en tête et je n'attendrais pas
Que de ses fers brisés mon peuple armât son bras.
4h ! si vous méritiez de dominer le monde, Ne sentiriez-vous point l'émotion profonde Qu'éveillent ici-bas dans tout cœur généreux L'angoisse et le labeur de tant de malheureux ! Ces êtres accablés par la peine de vivre. Du jour qui les voit naître au jour qui les délivre, Tous ces déshérités, pour assouvir leur faim. Condamnés d'âge en âge à leur travail sans fin. Foule immense asservie au joug du petit nombre. Qui végète sans bruit et qui souffre dans l'ombre ; Ces hommes, vos pareils, dépouillés par le sort, Ne changent pas pour vous le bonheur en remord ? Quoi! leurs pleurs résignés ou leurs amères plaintes
Ne vous suggèrent pas des ambitions saintes?
Quoi ! tant de désespoirs n'allument pas en vous Un désir qui parfois de Dieu nous rend jaloux? Rêve libérateur dans lequel on dérobe La puissance du ciel pour racheter le globe, Pour finir d'un seul vœu ses longs déchirements, Pour dire au bonheur : Règne où régnaient les tourments.
Mais, vous qu'on croit marquésd'un divin caractère, Vous ajoutez encore aux douleurs de la terre ; Complices du Destin, au peuple gémissant Vous imposez des lois d'injustice et de sang , Jusqu'à ce que, gonflé de misère et de honte, Comme un fleuve grossi sa colère remonte.
Qu'aux sources de ses maux il s'élance en courroux, Et que son flux vengeur se dresse contre vous. Alors à votre tour vous servez d'hécatombe ; Votre trône s'écroule et votre tête tombe, Et ce peuple, qu'hier on pouvait diriger, Implacable aujourd'hui, ne sait que se venger.
De siècle en siècle ainsi le drame se répète. Et pourtant aucun roi ne prévient la tempête.
Toi-même^ qui connais ces terribles leçons,
Insensible Angleterre, à tes vieux ducs saxons
Tu n'as pas enseigné celte pitié prudente
Qui prévient les fureurs de la foule grondante.
Quoi ! n'entendent-ils pas dans leurs palais fermés
Les voix, les cris, les pleurs de spectres affamés ?
A travers leurs brouillards lorsque leur r^ard plonge.
N'ont-ils pas vu passer, comme en l'horreur d'un songe,
Ces hommes épuisés, à peine recouverts
De fétides haillons durant les longs hivers?
Êtres infortunés sous ce ciel noir de brume.
Dieu veille-t-il sur vous ? A vos jours d'amertume
Dieu n'accorde pas même un jour chaud et vermeil !
Les pauvres d'Italie ont du moins leur soleil.
Vous, hélas ! vous n'avez, triste foule abattue.
Que le travail pour vivre, et le travail vous tue !
Jamais le sentiment, la gaité, le plaisir
N'allègent le fardeau de vos jours sans loisir ;
Et vous cherchez, pour fuir une horrible détresse ,
La mort dans la débauche, ou l'oubli dans l'ivresse.
Quoi ! témoins endurcis de ce spectacle affreux,
Les puissants sont en paix, les riches sont heureux. Ce suprême malheur n'a rien qui les attriste; Même aux cris de la faim l'égoisme résiste !
Un peuple meurt, manquant de pain pour se nourrir, Et ses chefs gorgés d'or le regardent mourir !