RUS DO BIGLE I A AKQENTAR
(( Pardonnez-moi, mon cher papa, d*avoir disposé de mon existence sans votre permission. J'ai vengé bien d'innocentes victimes ; j'ai prévenu Sien d'autres désastres. Le peuple, un jour désabusé, se réjouira d'être délivré d'un tyran.
a Si j'ai cherché à vous persuader que je passais en Angleterre, c'est que j'espérais garder l'incognito ; mais j'en ai reconnu l'impossibilité. J'espère que vous ne serez point tourmenté ^ En tous cas, je crois que vous aurez des défenseurs à Caen. J'ai pris pour défenseur Gustave Doulcet; un tel attentat ne permet nulle défense : <^est pour la forme.
a Adieu, mon cher papa I Je vous prie de m*oublier, ou plutôt de vous réjouir de mon sort. La came en est belle.
« J'embrasse ma sœur, que j'aime de tout mon cœur, ainsi que tous mes parents.
* Le père de mademoiselle de Corday subit à Argentan, le 20 Jaillet, ua interrogatoire dont Tauteur de la Guerre des Vendéens et des Chouans (Paris, 182/i, in-8% h vol.) donne un extrait, t. P% p. 415 et ûl6. Charlotte y est désignée comme née aux Ligncries (arrondissement d'Argentan), comme n'ayant demeuré avec son père qu^environ on an depuis douze ans qu*il est veuf. Elle demeurait depuis deux ans à Caen, chez une de ses parentes. M. de Corday déclare qu'il a reçu de sa fille une lettre datée de Caen du mardi matin (sans doute le 6 Juillet), annonçant: 1* qu'à son départ de cette ville elle met cette cttre à a poste; 2* que, lorsqu'il la recevrait, elle ne serait plàs en France ; 3* qu'elle ne croyait pas qu'on pût y vivre tranquille de longtemps, et 4° qu'elle le priait de ne faire aucune recherche, parce que personne ne pouvait savoir encore où elle allait.
« N^oubliez pas ce vers de Corneille * :
Le crime fait la honte, et non pas Técliafaud.
« C'est demain, à huit heures, qu'on me juge.
Ce 16 juiUet.
« ConDAY. »