‹ Les chants des vaincus: poésies nouvellesChapitre 63 sur 69 · STATUE DE M. PRADIER · texte numérisé non relu

STATUE DE M. PRADIER

AUX VIMOIS.

Oh ! c'est bien là la sereine déesse, Au corps divin, au visage riant ; Oh ! c'est bien là la muse enchanteresse, La Poésie heureuse de la Grèce, Dont le regard reflète l'Orient.

^ Ces vers, inspirés à l'auteur par une statue exposée au Salon de cotte année, nous sont arrivés trop tard pour être imprimés parmi les poésies détachées.

{Sote de CÉditeur.)

Oui, c'est la vierge à l'aimable délire Qui ranimait le vieil Anacréon, Que Méléagre aimait à voir sourire, Et dont la grâce a fait rêver Platon.

Ployant son bras comme un cygne son aile.

Les yeux tournés vers un ciel éclatant, La lyre en main , voyez comme elle est belle! Avec amour Zéphire éloigne d'elle Le long tissu de son manteau flottant.

De son beau sein, où la lumière ondule.

Sortent des chants sur un rhythme léger :

Rhythme immortel d'Horace et de TibuUe^ Qu'a rajeuni le vers de Béranger.

Un temple manque à la blanche statue Qui fait fleurir des roses sous ses pas ; Où l'abriter ainsi riante et nue?

Paris l'admire et s'étonne, à sa vue.

Qu'elle soit née au sein des noirs frimas.

La Muse attend son cadre de lumière, Elle languit sous un ciel sans clarté ; C'est le soleil qu'appelle sa paupière, C'est le Midi qu'il faut à sa beauté.

Rome a laissé dans Nime un temple antique, Seuil radieux fait pour la recevoir; Le jour ruisselle aux frises du portique, Et tour à tour verse à la basilique

L'azur de l'aube et la pourpre du soir.

Semez de fleurs cette enceinte choisie, Veuve de dieux qui n'auront plus d'autel ; Dans ce parvis placez la poésie :

Les dieux s'en vont, son culte est immortel.

Mai 1846.

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