‹ Les chants des vaincus: poésies nouvellesChapitre 7 sur 69 · LE VRAI BONHEUR · texte numérisé non relu

LE VRAI BONHEUR

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Destin mêlé de louange et de blâme, Orgueil, éclat de la célébrité, Ce n'est point là le bonheur de la femme ; Le vrai bonheur réside ailleurs. Madame, Vous le savez, vous qui l'avez goûté !

* Veuy€ de Bernardin de Saint^ierre.

Le vrai bonheur pour la vierge bénie, C'est d'embellir la gloire d'un époux; C'est, par l'amour, d'inspirer le génie.

Comme l'auteur de Paul et Virginie Dans ses travaux fut inspiré par vous.

Abandonner sa jeunesse charmante, Vertu, beauté, candeur à l'être aimé; Des faux désirs ignorant la tourmente.

Dans la retraite être amie, être amante, Et rendre heureux celui qu'on a charmé;

Fière de lui, source et but de sa gloire.

En partager tous les enchantements ; Humble, s'unir à sa grande mémoire, Être le nom qu'un jour dans son histoire Avec respect liront les cœurs aimants;

Être sa foi, son immuable idole, Dans le revers un abri pour son cœur,

Dans le succès sa riante auréole, L'ange qui charme et Tange qui console, Oui n'envlrait ce glorieux bonheur?

Ce bonheur fut le vôtre, et par deux fois. Madame, Vous l'avez mérité; de deux nobles esprits Vous avez, chaste muse, en dévouant votre âme. Dans l'ombre inspiré les écrits.

A vous le pur reflet de ces gloires aimées, A vous un double nom vivant dans l'avenir, A vous qui vous cachiez, à vous deux renommées Couronnant votre souvenir !

A celles que la gloire attire, Les sarcasmes de la satire.

Envie et dédain tour à tour, Vie orageuse, lutte amère, Souvent pour but une chimère.

Un peu d'éclat, jamais d'amour.

©(eatuiaiiiL.

inespéré bien, avec l'aide de Dieu, écraser l*arméo impériale. Le Tout-Puissant a donné le glaive pour conquérir et la Justice pour régner; or, la Russie ayant oublié la Justice, Dieu in*a donné le glaive pour remettre la Justice à sa place.

( Proclamation de Schamil aux tribus Itcherkrsses* )

Le héros de ce temps si pauvre en héroïsme, Où la gloire n'est plus qu'un brillant ^oisme, L'homme énergique et fier qui n'a jamais faibli , Ce n'est pas O'Connell ou Mehemet-Alî ; 0'Ck)nnell , qui des rois aime à singer la pompe ^ Parle du haut d'un char à la foule qu'il trompe;

L'excite à la révolte et ne sait même pas

Où diriger les coups de ces milliers de bras.

Depuis que tout un peuple éperdu lui demande

Du travail et du pain, qu'a-t-il fait pour l'Irlande?

Il exige du pauvre un tribut annuel

Et lui jette en retour le mot creux du Rappel.

Mehemet, fondateur de TEgypte moderne, N'ose devenir roi du peuple qu'il gouverne; Vainqueur, il enchaîna son pouvoir triomphal Et d'un maître vaincu demeura le vassal.

Tous les deux n'ont montré qu'un vacillant génie ; Sans atteindre le but leur carrière est finie ; Tous les deux légueront à la postérité Une gloire douteuse, un renom contesté.

La gloire appartient à l'audace; La gloire est aux aventureux , Qui savent conquérir leur place En brisant l'obstacle autour d'eux.

La gloire est au cœur invincible Qui n'a jamais douté du sort, Et qui, défiant l'impossible, Soumet l'impossible à l'effort.

A toi, Schamil, à toi cette gloire est acquise : Chef de quelques tribus , devant toi seul se brise La puissance du tzar. Tu le fais reculer; Tout un immense empire est soumis à cet homme ; Comme un dieu malfaisant en tremblant on le nomme ; Seul tu le fais trembler!

En vain il épuisa menaces et promesses Pour corrompre la foi de tes braves Tscherkesses, H mit ta tête à prix sans trouver de vendeur; D'un courage nouveau tes tribus enflammées.

Pour laver cet affront, ont vaincu les armées Du barbare empereur.

Tandis qu'il se vantait à l'Europe attentive D'avoir conquis les monts où jamais il n'arrive,

Toi , vers ses bataillons, dédaigneux te penchant, Du haut de vos sommets , viei^es de tyraimie , . Entouré des guerriers soumis à ton génie, Tu répétais ce chant :

« Le tzar jura l'esclavage du monde , Mais à ce vœu j'oppose un autre vœu :

Quand par le tzar l'injustice se fonde, Mon bras sera la justice de Dieu !

« Pour asservir ces monts inexpugnables, Où librement vous combattez sous moi , Il rassembla des hordes innombrables Que par le knout il enchaîne à sa loi.

Mais son armée immense en vain nous brave; Nous la vaincrons : l'esprit soumet la chair ^

Le soldat libre est plus fort que Tesclave ; Il fait passer son âme dans son fer !

« Le tzar jura l'esclavage du monde, Mais à ce vœu j'oppose un autre vœu :

Quand par le tzar l'injustice se fonde, Mon bras sera la justice de Dieu !

M Quoi ! WoronzofiFet sa suite princière Se sont promis nos femmes , en riant ! . . .

Oh ! ce n'est pas à leur race grossière Que s'uniront ces perles d'Orient.

Pour Woronzoff, Tiflis, tu t'illumines, Mais au retour tous tes feux s'éteindront, Et les vaincus cacheront dans les mines D'un maître ingrat l'impuissance et l'afEronf .

M Le tzar jura l'esclavage du monde, Mais à ce vœu j'oppose un autre vœu ;

Quand par le tzar l'injustice se fonde, Mon bras sera la justice de Dieu !

a Stamboul a vu quelques Grecs qu'il soudoie Baiser les pas de son fils Constantin, Lui promettant déjà comme une proie Le trône usé du sultan qui s'éteint.

L'âme du tzar à ce rêve s'embrase ; Sur le Bosphore il se voit triomphant. . .

Non ! la Turquie apprendra du Caucase Comment du tzar un peuple se défend !

« Le tzar jura l'esclavage du monde, Mais à ce vœu j'oppose un autre vœu : Quand par le tzar l'injustice se fonde , Mon bras sera la justice de Dieu !

« n sème en vain, pour éblouir l'Europe, Les faux récits de bulletins menteurs;

La vérité, que son joug enveloppe, k des échos qui bravent ses fureurs.

Libre témoin d'une lutte acharnée, Déjà l'Europe a pu juger nos coups; Pour nous détruire il revient chaque année Et chaque année il fuit vaincu par nous !

« Le tzar jura l'esclavage du monde; Mais à ce vœu j'oppose un autre vœu :

Quand par le tzar l'injustice se fonde, Mon bras sera la justice de Dieu !

« N'espérant plus faire plier nos âmes , Ne pouvant pas escalader nos monts, va , dit-il , livrant nos bois aux flammes.

Ouvrir l'enceinte où nous nous enfermons.

Que ses soldats cherchent d'autres vengeances ! Nos bois détruits, ils trouveront nos bras.

Et des forêts de glaives et de lances Les couvriront des ombres du trépas!

a Le tzar jura l'esclavage du monde, Mais à ce vœu j'oppose un autre vœu :

Quand par le tzar l'injustice se fonde, Mon bras sera la justice de Dieu ! »

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