AU BORD DE LA MER U
Quand sur les maux passés tout à coup tu te penches. Que lu veux me sourire et qu'il (e vient des pleurs;
Quand mon corps et ma vie à ton souffle résonnent, Comme un liemblant clavier qui vibre à tout moment; Quand tes doigts, se posant sur mes doigts qui frissonnent, Font chanter dans mon cœur un céleste instrument;
Lorsque je te contemple, ù mon charme suprême! Quand ta noble nature, épanouie aux yeux, Comme l'ardent buisson qui contenait Dieu même. Ouvre toutes ses fleurs et jette tous ses feux ;
Ce qui sort à la fois de tant de douces choses. Ce qui de ta beauté s'exhale nuit et jour. Comme un parfum formé du souffle de cent roses. C'est bien |)his (pie la terre et le ciel, — c'est l'amour!
oclohre 18:U.
l'iiiscjue nos heures soiil i'cni|tlies De trouble et de calamités; Puisque les choses que lu lies Se détachent de tous côtés ;
Puisque nos pères et nos mères Sont allés où nous irons tous ; Puisque des enfants, têtes chères.
Se sont endormis aAant nous ;
Puisque la terre oii tu t'inclines Et que tu mouilles de tes pleurs, A déjà toutes nos racines Et quelques-unes de nos lleurs ;
io2 LES CHANTS DU CRÉTUSCULE
Puisqu'à la voix de ceux qu'on aime Ceux qu'où aima mêlent leurs voix ; Puisque nos illusions même Sont pleines d'ombres d'autrefois ;
Puisqu'à l'heure où l'on boit l'extase On sent la douleur déborder; Puisque la vie est comme un vase Qu'on ne peut emplir ni vider ;
Puisqu'à mesure qu'on avance Dans plus d'ombre on se sent flotter ; Puisque la menteuse espérance N'a plus de conte à nous conter;
Puisque le cadran, quand il sonne, Ne nous promet rien pour demain ; Puisqu'on ne connaît plus personne De ceux qui vont dans le chemin;
Mets ton esprit hors de ce monde !
Mets ton rêve ailleurs qu'ici-bas !
Ta perle n'est pas dans notre onde.
Ton sentier n'est point sous nos pas.
Quand la nuit n'est pas étoilée, Viens te bercer aux flots des mers ; Comme la mort elle est voilée, Comme la vie ils sont amers.