‹ Les chants du crépuscule (volume 2)Chapitre 18 sur 90 · PUISQUE NOS HEURES SONT REMPLIES · texte numérisé non relu

PUISQUE NOS HEURES SONT REMPLIES

L'ombre et l'abîme ont un mystère Que nul mortel ne pénétra ; C'est Dieu qui leur dit de se taire Jusqu'au jour où tout parlera.

D'autres yeux de ces flots sans nombre Ont vainement cherché le fond ; D'autres yeux se sont emplis d'ombre A contempler ce ciel profond.

Toi, demande au monde nocturne De la paix pour ton cœur désert !

Demande une goutte à cette urne !

Demande un chant à ce concert !

Plane au-dessus des autres femmes, Et laisse errer tes yeux si beaux Entre le ciel où sont les âmes Et la terre où sont les tombeaux !

19 février 1835.

POÉSIF..

ESPOIR EN DTEII

Espère, enfant ! demain ! et puis demain encore ! Et puis toujours demain ! croyons dans l'avenir. Espère ! et chaque fois que se lève l'aurore. Soyons là pour prier comme Dieu pour hénir !

Nos fautes, mon pauvre ange, ont causé nos soullVances. Peut-être (ju'en restant bien longtemps à genoux, Quand il aura béni toutes les innocences. Puis tous les repentirs, Dieu finira par nous !

Ocloliiu 183 i.

Puisque mai tout en fleurs dans les prés nous réclame,

Viens! ne le lasse pas de mêler à ton âme

La campagne, les bois, les ombrages charmants.

Les larges clairs de lune au bord des flots dormants,

Le sentier qui finit où le chemin commence,

Et l'air et le printemps et l'horizon immense.

L'horizon que ce monde attache humble et joyeux

Comme une lèvre au bas de la robe des cieux !

Viens ! et que le regard des pudiques étoiles

Qui tombe sur la terre à travers tant de voiles,

Que l'arbre pénétré de parfums et de chants,

Que le souffle embrasé de midi dans les champs.

Et l'ombre et le soleil et loiule et lu verdure.

Et le rayonnement de toute la nature

Fassent épanouir, comme une double fleur,

La beauté sur ton front et Tamour dans ton cœur !

l'I mai 1S33.

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4 LOUIS B

Et que la vierge, assise au rehord des fmitaiiies Suspend sa rêverie à ces rumeurs lointaines:

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Et que la vierge, assise au rebord des fonlaincs Suspend sa rêverie à ces rumeurs loinfaine.t :

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A LOITS n.

Ami, \o voyageur que vous avez connu.

Et «lonl lanl de douletirs ont mis le cœur à nu,

Monta, comme le soir s'épanchait sur la terre.

Triste et seul, dans la (our lugubre et solitaire;

Tour sainte où la pensée est mêlée au granit,

Ou l'homme mel son Ame, où l'oiseâu fait son nid.

Il gravit la spirale aux marches presque usées. Dont le mur s'entrouvrait aux bises aisfuisées. Sans regarder les toits amoindris sous ses pieds; l'uis entra sous la voûte aux arceaux étavés.

Où la cloche, attendant la prière prochaine, Dormait, oiseau d'airain, dans sa cage de chêne.

Vaste et puissante cloche au battant monstrueux!

Un câble aux durs replis chargeait son cou noueux.

L'œil qui s'aventurait sous sa coupole sombre

Y voyait s'épaissir de larges cercles d'ombre.

Les reflets sur ses bords se fondaient mollement.

Au fond tout était noir. De moment en moment.

Sous cette voûte obscure où l'air vibrait encore

On sentait remuer comme un lambeau sonore.

On entendait des bruits glisser sur les parois.

Comme si, se parlant d'une confuse voix

Dans cette ombre, où dormaient leurs légions ailées,

Les notes chuchotaient, à demi réveillées.

Bruit douteux pour l'oreille et de l'àme écoutés !

Car même en sommeillant, sans souffle et sans clartés,

Toujours le volcan fume et la cloche soupire.

Toujours de cet airain la prière transpire,

Et l'on n'endort pas plus la cloche aux sons pieux

Que l'eau sur l'océan ou le vent dans les cieux !

La cloche ! écho du ciel placé près de la terre ! Voix grondante qui parle à côté du tonnerre, Faite pour la cité comme lui pour la mer ! Vase plein de rumeur qui se vide dans l'air !

Sur cette cloche, auguste et sévère surface, Hélas ! chaque passant avait laissé sa trace.

A unis li.... un

Parldiit dos mois impurs creusés daus le métal

Rompaient l'inscription du baptême natal.

On distinguait encore, au sommet ciselée,

Une couronne à coups de couteau mutilée.

Chacun, sur cet airain [)ar Dieu même animé,

Avait fait son sillon où rien n'avait ffermé !

Ils avaient semé là, ceux-ci leur vie immonde.

Ceux-là leurs vœux perdus comme une onde dans l'onde,

D'autres l'amour des sens dans la fange accroupi.

Et tous l'impiété, ce chaume sans épi.

Tout était profané dans la cloche béni(

La rouille s'y mêlai!, autre amère ironie

Sur le nom du Seigneur l'un avait mis s(»ii nom !

Où le prêtre dit oui, l'aulre avait écrit non!

Lâche insulte ! aflVont vil ! vain outrage d'une heure

Une fait tout ce (|ui passe à loul ce ipii demeure!

Alors, tandis que l'air se jouait dans les cieux. Et que sur les chemins gémissaient les essieux, Que les champs exhalaient leurs senteurs embaumées. Les hommes leurs i-umeurs et les toits leurs fumées, 11 sentit, à l'aspect du bronze monument. Comme un arbre incpiiet qui sent confusénu-nt Des ailes se poser sur ses feuilles froissées. S'abattre sur son front un essaim de pensées.

POtSlK. — III. JJ

Seule en ta sombre tour aux faîtes dentelés,

D'où ton souffle descend sur les toits ébranlés,

0 cloche suspendue au milieu des nuées

Par ton vaste roulis si souvent remuées,

Tu dors en ce moment dans l'ombre, et rien ne luit

Sous ta voûte profonde où sommeille le bruit.

Oh! tandis qu'un esprit qui jusqu'à toi s'élance.

Silencieux aussi, contemple ton silence.

Sens-tu, par cet instinct vague et plein de douceur

Qui révèle toujours une sœur à la sœur.

Qu'à cette heure où s'endort la soirée expirante,

Une âme est près de toi, non moins que toi vibrante.

Qui bien souvent aussi jette un bruit solennel,

El se plaint dans l'amour comme toi dans le ciel?

Oh! dans mes premiers temps de jeunesse et d'aurore, Lorsque ma conscience était joyeuse encore,

A Kons n.... 163

Sur son vierge métal mon âme avait aussi

Son auguste origine écrite comme ici,

Et sans doute à côté quelque inscription sainte,

Et, n'est-ce pas, ma mère? une couronne empreinte!

Mais des passants aussi, d'impérieux passants

Qui vont toujours au creur par le chemin des sens,

Qui, lorsque le hasard jusqu'à nous les apporte,

Montent notre escalier et poussent notre porte.

Qui viennent bien souvent trouver l'homme au saint lieu,

Et qui le font tinter pour d'autres que pour Dieu,

Les passions, hélas ! tourbe un jour accourue.

Pour visiter mon àme ont monté de la rue.

Et, de quelque couteau se faisant nn burin.

Sans respect pour le verbe écrit sur son airain,

Toutes, mêlant ensemble injure, erreur, blasphème.

L'ont rayée eu tous sens comme ton bronze même.

Où le nom du Seiarneur, ce nom orand et sacré.

N'est pas plus illisible et plus défiguré!

Mais qu'importe à la cloche et qu'importe à mon âme! Qu'à son heure, à son jour, l'esprit saint les réclame. Les touche l'une et l'autre et leur dise : chantez ! Soudain, par toute voie et de tous les côtés.

iU LES CHANTS DU CRÉPU SCULK

De leur sein ébranlé, rempli d'ombres obscures,

A travers leur surface, à travers leurs souillures,

Et la cendre et la rouille, amas injurieux.

Quelque chose de grand s'épandra dans les cieux !

Ce sera l'hosanna de toute créature !

Ta pensée, ô Seigneur! la parole, ô nature!

Oui, ce qui sortira, par sanglots, par éclairs.

Comme l'eau du glacier, comme le vent des mers,

Comme le jour à flots des urnes de l'aurore,

Ce qu'on verra jaillir, et puis jaillir encore.

Du clocher toujours droit, du front toujours <leboul,

Ce sera l'harmonie immense qui dit tout!

Tout ! les soupirs du cœur, les élans de la foule ;

Le cri de ce qui monte et de ce qui s'écroule ;

Le discours de chaque homme à chaque passion ;

L'adieu qu'en s'en allant chante l'illusion ;

L'espoir éteint ; la barque échouée à la grève ;

La femme qui regrette et la vierge qui rêve ;

La vertu qui se fait de ce que le malheur

A de plus douloureux, hélas, et de meilleur;

L'autel enveloppé d'encens et de fidèles ;

Les mères retenant les enfants auprès d'elles ;

La nuit qui chaque soir fait taire l'univers

Et ne laisse ici-bas la parole qu'aux mers ;

Les couchants flamboyants ; les aubes éloilées ;

Les heures de soleil et de lune mêlées ;

Et les monts et les flots proclamant à la fois

Ce grand nom qu'on retrouve au fond de toute voix;

Et l'hymne inexpliqué qui, parmi des bruits d'ailes.

A LOUIS B.... 16S

Va (le l'aire de l'aigle au nid des hirondelles ;

Et ce cercle dont l'homme a sitôt l'ait le tour.

L'innocence, la foi, la prière et l'amour!

Et l'éternel reflet de lumière et de llamnic

Que l'àme verse au monde et que Dieu verse à l'âme !

Oh ! c'est alors qu'émus et trouhlés pai- ces chants. Le peuple dans la ville et l'homme dans les champs. Et le sage attentif aux voix intérieures, A qui l'éternité fait ouhlier les heures, S'inclinent en silence ; et que l'enfant joyeux Court auprès de sa mère et lui montre les cieux ; C'est alors que chacun sent un haume qui coule Sur tous ses maux cachés ; c'est alors que la foule Et le cœur isolé qui souffre obscurément Boivent au même vase un môme enivrement; Et que la vierge, assise au rebord des fontaines, Suspend sa rêverie à ces rumeurs lointaines ; C'est alors que les bous, les l'aii)les, les méchants. Tous à la fois, la veuve en larmes, les marchands Dont l'échoppe a poussé sous le sacré portique Comme un champignon vil au pied d'un chêne antique. Et le croyant soumis prosterné sous la tour,

Écoutent, effrayés et ravis tour à tour,

Comme on rêve au bruit sourd d'une mer écumante,

La grande âme d'airain qui là-haut se lamente!

Hymne de la nature et de l'humanité !

Hymne par tout écho sans cesse répété !

Grave, inouï, joyeux, désespéré, sublime !

Hymne qui des hauts lieux ruisselle dans l'abîme.

Et qui des profondeurs du gouffre harmonieux,

Comme une onde en brouillard, remonte dans les cieux !

Cantique qu'on entend sur les monts, dans les plaines,

Passer, chanter, pleurer par toutes les haleines,

Écumer dans le fleuve et frémir dans les bois,

A l'heure où nous voyons s'allumer à la fois,

Au bord du ravin sombre, au fond du ciel bleuâtre.

L'étoile du berger avec le feu du pâtre !

Hymne qui le matin s'évapore des eaux,

Et qui le soir s'endort dans le nid des oiseaux !

Verbe que dit la cloche aux cloches ébranlées,

Et que l'âme redit aux âmes consolées !

Psaume immense et sans fin que ne ti'aduiraienl pas

Tous les mots fourmillants des langues dici-bas.

A LOUIS B.... 167

Et qu'exprime on enliei' dans un seul mot suprême Celui (pii (lil je |)rie. el eeliii ipii dit : jaime!

Kl ce psaume éelalanl, eel hjniiii' aux chanls vaincjueurs

Qui linte dans les airs moins haut que dans les cœurs,

Pour sortir plus à Ilots de leurs goulFres sonores,

De l'ame et de la cloelie ouvrira tous les pores.

Toutes deux le diront d'une inellahle voix,

Pure eomme le Ijrnit des sources dans les hois,

Chaste comme un soupir de Tamonr (pii s'ignore,

Vierge comme le (diant (pie cliaiiU' chaque anioic.

Alors tout parlera dans les deux instruments

D'amour et d'harmonie et d'extase écumants.

Alors, non seulement ce qui sur leur surface

Reste du verhe saint (jue cluuiue joui" efface,

Mais tout ce que grava dans leur bronze souille

Le passant imbécile avec son clou rouillé.

L'ironie et l'airront, les mots qui perdent l'àme,

La couronne tronquée et devenue infâme,

Tout puisant vie et souffle en leurs vibrations.

Tout se transfigurant dans leurs commotions.

Mêlera, sans troubler l'ensemble séraphique.

Un chant plaintif" et tendre à leur voix magnifi(iue!

Oui, le blasphème inscrit sur le divin métal

Dans ce concert sacré perdra son cri fatal ;

Chaque mot qui renie et chaque mot qui doiile

Dans ce torrent d'amour exprimera sa goutte;

Et, pour faire éclater l'hymne pur et serein.

Rien ne sera souillure el loiil sera I airain !

ifis LES CHANTS DU CRÉPUSCULE

Oh ! c'est un beau Irioniplie à votre loi sublime, Seigneur, pour vos regards dont le feu nous ranime ; C'est un spectacle auguste, ineflable, et bien doux A l'homme comme à l'ange, à lange comme à vous, Qu'une chose, en passant par l'impie avilie, Qui, dès que votre esprit la louche, se délie. Et, sans même songer à son indigne alfronl. Chante, l'amour au cœur et le blasphème au front !

Voilà sur quelle pente, en ruisseaux divisée, S'écoulait Ilots à flots l'onde de sa pensée, Grossie à chacjue instant par des sanglots du cœur. La nuit, que la tristesse aime comme une sœur. Quand il redescendit, avait couvert le monde ; 11 partit; et la vie, incertaine et profonde. Emporta vers des jours plus mauvais ou meilleurs.

A LOUIS 1}.... 169

Vers des événements amoncelés ailleurs,

Cet homme au flanc blessé, ce front sévère où tremble

Une âme en proie au sort, soumise et tout ensemble

l\ebolle au dur battant (jui la vient tourmenter,

De veiic jiour gémir, d'airain pour résister.

Aiinl is:il.

POÉSIK.

WXlll

C'était une humble église au cintre surbaissé. L'église où nous entrâmes.

Où depuis trois cents ans avaient déjà passé Et pleuré bien des âmes.

Elle était triste et calme à la cluile du jour, L'église où nous entrâmes ;

L'autel sans serviteur, comme un cœur sans amour. Avait éteint ses llammes.

Les antiennes du soir, dont autrefois saint Paul

Réglait les chants fidèles, Sur les stalles du chœur d'où s'élance leur vol

Avaient ployé leurs ailes.

L'ardent musicien qui sur liuis à pleins bords

Verse la sympathie, Lhomme-esprit n'était plus dans l'orgue, vaste corps

Dont l'âme était partie.

La main n'était plus là, ipii, vivante et jetant Le bruit par tous les pores,

Tout à l'heure pressait le clavier palpitant. Plein de notes sonores,

Et les faisait jaillir sous son doigt souverain Qui se crispe et s'allonge.

Et ruisseler le long des grands tubes d'airain Comme l'eau d'une éponge.

L orgue majestueux, se taisait gravement

Dans la nef solitaire ; L'orgue, le seul concert, le seul gémissement

Qui mêle aux cieux la terre ;

La seule voix (jui [)uisse, avec le flot dormant

Et les forêts bénies, Murmurer ici-bas (piehjue commencement

Des choses inllnies.

L'église s'endorinail à l'iicuro où tu t'endors,

0 sereine nature !

A peine (|uelque lampe au fond des corridors

Eloilail l'ninlire obscure.

A peine on entendait lloller «pielcpie soupir,

Quelque basse parole, Comme en une forêt <[ui vient de s'assoupir

Un dernier oiseau vole;

Hélas! et l'on sentait, de moment en momeni.

Sous celte voûte sombre, Quelque chose de grand, de saint et de charmant

S'évanouir dans l'ombre.

Elle élail Iriste et calme à la chute du jour.

L'église où nous entrâmes ; L'autel sans serviteur, comme un cœur sans amour.

Avait éteint ses flammes.

Votre front se pencha, morne et tremblant alors. Comme une nef qui sombre.

Tandis (pidii entendait dans la ville au dehors Passer des voix sans nombre.

Et ces voix qui passaient disaient joyeusement : — « Bonheur ! gaîté ! délices !

A nous les coupes d'or pleines d'un vin charmant! A d'autres les calices !

« Jouissons ! l'heure est courte et tout fuit {)romptement ;

L'urne est vite remplie !

Le nœud de l'âme au corps, hélas ! à tout moment

Dans l'ombre se délie.

(( Tirons de cha(jne objet ce qu'il a de meilleur,

La chaleur de la flamme, Le vin du raisin mûr, le parfum de la fleur.

Et l'amour de la femme !

« Epuisons tout ! Usons du printemps enchanté

Jusqu'au dernier zéphire, Du jour jusqu'au dernier rayon, de la beauté

Jusqu'au dernier sourire !

« Allons jusqu'à la fin de tout, en bien vivant.

D'ivresses en ivresses.

Une chose qui meurt, mes amis, a souvent

De charmantes caresses !

«( Dans le vin (juc je l)ois ce que j'aime le mieux,

C'est la dernière goutte ; L'('ni\ I anlc savcuf du breuvage joyeux

Souvent s'y cache toute.

« Sui" chaque volupté pourquoi nous hâter tous, Sans plonger dans son onde,

Pour voir si (pielque pei'le ignorée avant nous N'est pas sous l'eau profonde?

" Que sert de neflleurer (\u'h peine ce qu'on lient. Quand on a les mains pleines,

Kl de vivre essoufflé comme un enfant (pii vient De courir dans les plaines?

« .l(Hli^^ons à loisir! Du loisir tout renaît.

Le bonheur nous convie.

Faisons, comme un tison qu'on heurte au dur chenet,

Ktinceler la vie.

« N'imitons pas ce fou cpie remmi lien! aux fers. Qui pleure et qui s'admire.

Toujours les plus beaux fruits d'ici-bas sont ufl'erls .\n\ belles dénis du lii'c.

« Les plus tristes d'ailleurs, comme uous qui rions, Souillent parfois leur âme.

Pour fondre ces grands cœurs il suffit des rayons De l'or ou de la femme.

« Ils tombent comme nous, malgré leur fol orgueil

Et leur vaine amertume ; Les flots les plus hautains, dès que vieni un écueil,

S'écroulent en écume.

« Vivons donc ! et buvons, du soir jusqu'au matin, Pour l'oubli de nous-mème !

Et déployons gaîment la nappe du festin. Linceul du cliaorin blême !

(S L'ombre attachée aux pas du beau plaisir vermeil,

C'est la tristesse sombre.

Marchons les yeux toujours tournés vers le soleil;

Nous ne verrons pas l'ombre.

« Qu'importe le malheur, le deuil, le désespoir

Que jjrojettent nos joies.

Et que derrière nous quelque chose de noir

Se traîne sur nos voies !

« Nous ne le savons pas. — Arrière les douleurs,

Et les regrets moroses !

Fanl-il donc, en fanant des couronnes de fleurs.

Avoir pitié des roses?

DANS liU;lisi-: dk ***

« Les vI•ai^l)k•lls dans ce monde, el raiitre est importun!- C'est luul fc (|ui nous fête,

Tout ce (|iii nicl un chant, un ravon, un parfum, Aiilour (le noire tète.

(( Ce n est jamais demain, e l'sl lonjiturs aujonrd iuii !

C'est la joie et le rire !

C'est un sein éclatant, peut-être plein deiuuii,

Qu'on baise et (pii soupire!

« C'est l'orgie opulente, enviée au dehors.

Contente, épanouie, (Jui ril, et (|ui chancelle, et qni hoit à pleins bords.

De tïambeaux éblouie ! »

El tandis que ces voix, (jue tout semblait grossir,

Voix d'une ville entière.

Disaient; Santé, bonheur, joie, orgueil et plaisir!

Votre œil disait : Prière !

poÉsiii. — 111. 23

Elles parlaient tout haut et vous parliez tout bas : — c( Dieu qui m'avez fait naître.

Vous m'avez réservée ici pour des combats

Dont je tremble, ô mon maître !

(( Ayez pitié ! L'esquif où cbancellent mes pas Est sans voile et sans rames.

Comme pour les enfants, pourquoi n'avez-vous pas Des anges pour les femmes?

« Je sais que tous nos jours ne sont rien, Dieu tonnant, Devant vos jours sans nombre.

Vous seul êtes réel, palpable et rayonnant ; Tout le reste est de l'ombre.

« Je le sais. Mais cette ombre où nos cœurs sont flottants,

J'y demande ma route.

Quelqu'un répondra-t-il? Je prie, et puis j'attends.

J'appelle, et puis j'écoute.

(T Nul ne vient. Seulement, par instants, sous mes pas,

Je sens d'affreuses trames.

Comme pour les enfants, pourquoi n'avez-vous pas

Des anges pour les femmes '!

« Seigneur! autour de moi, ni le foyer joyeux,

Ni la famille douce, Ni l'orgueilleux palais (|ui touche presque aux cieux,

Ni le nid dans la mousse,

(i Ni le fanal pieux qui montre le chemin,

Ni pitié, ni tendresse, Hélas ! ni l'amitié cpii nous serre la main,

Ni l'amour qui la [jresse,

« Seigneur, autour de moi rien n'est resté deltout.

Je pleure et je végète.

Oubliée au milieu des ruines de tout.

Comme ce qu'on rejette !

« Pourtant je n'ai rien fait à ce monde d'airain,

Vous le savez vous-même.

Toutes mes actions passent le front serein

DevanI votre œil suprême.

« Jusqu'à ce que le pauvre en ait pris la moitié.

Tout ce que j'ai me pèse.

Personne ne me plaint. Moi, de tous j'ai pitié.

Moi, je souffre et j'apaise !

« Jamais de votre haine ou de votre faveur Je n'ai dit : Que m'importe ?

J'ai toujours au passant que je voyais rêveur Enseigné voire porte.

« Vous le savez. Pourtant mes pleurs, que vous voyez,

Seigneur, qui les essuie?

Tout se rompt sous ma main, tout tremble sous mes pieds.

Tout croule où je m'appuie.

(( Ma vie est sans bonheur, mon berceau fut sans jeux.

Cette loi, c'est la vôtre !

Tous les rayons de jour de mon ciel orageux

S'en vont lun après l'autre.

(I Je n'ai plus même, hélas! le flux et le reflux

Des clartés et des ombres.

Mon esprit chaque jour descend de plus en plus

Parmi les rêves sombres.

« On dit que sur les cœurs pleins de trouble et d'effroi

Votre grâce s'épanche.

Soutenez-moi, Seigneur! Seigneur, soutenez-moi.

Car je sens que tout penche! »

DANS L'I^OLTSE DE *** 181

El moi, je contemplais celle ([iii priait Dieu

Dans l'enceinte sacrée, La trouvant grave et douce et digne du saint lieu,

Cette belle éplorée.

El je lui (lis, lâchant de ne pas la troubler, Ea pauvre enfant qui pleure.

Si par hasard dans l'ombre elle entendait parler Quelque aulrc voix meilleure,

Car, au déclin des ans comme au matin des jours,

Joie, extase ou martyre.

Lu autel (pie rencontre une femme a toujours

Quelque chose à lui dire.

« 0 madame ! pourquoi ce chagrin qui vous suit? l*oui'(pioi pleurer encore,

Vous, femme au cœur charmant, sombre comme la nuit, Douce comme l'aurore?

« Qu'importe que la vie, inégale ici-bas

Pour Ihomme et pour la femme,

Se dérobe et soit prête à rompre sous vos pas ! N'avez-vous pas votre âme?

« Votre âme qui bientôt fuira peut-être ailleurs

Vers les régions pures, Et vous emportera plus loin que nos douleurs,

Plus loin que nos murmures !

« Soyez comme l'oiseau, posé pour un instant Sur des rameaux trop frêles.

Qui sent ployer la branche et qui chante pourtant. Sachant qu'il a des ailes !

iS octobre 18:!l. Au\ Itoclies.

IXUIT SLR LA PREMIERE PAGE

D'UN l'irntARQUE

Quand d'uiu' aube d'anaour inuu àme se colore,

Quand je sens ma pensée, ô chaste amant de Laure,

Loin du souffle glacé d'un vulgaire mo(jueur.

Lclore feuille à feuille au plus profond du cœur.

Je prends Ion livre sainl ([u'un feu céleste embrase.

Où si souvent murmure à coté de l'extase

La résignation au sourire fatal,

Ton In-au livre, où l'on voit, comme un flot de cristal

Qui sur un sable d'or coule à sa fantaisie,

Tant d'amour ruisseler sur tant de poésie !

Je viens à ta fontaine, ô maître ! et je relis

Tes vers mystéiùeux par la yràce amollis,

Doux trésor, fleur d'amour qui, dans les bois recluse,

Laisse après cinq cents ans son odeur à Vaucluse!

Et tandis que je lis, rêvant, presque priant,

Celui qui me verrait me verrait souriant ;

Car, loin des bruits du monde et des sombres orgies.

Tes pudiques chansons, tes nobles élégies,

Vierges au doux profil, sœurs au regard d'azur.

Passent devant mes yeux, portant sur leur Ironl pur.

Dans les sonnets sculptés, comme dans des amphores,

Ton beau style, étoile de fraîches métaphores !

ii octobre 1835.

Les aulros on loiil sens laissent aller leui" vie,

Leur âme, leur désir, leur instinct, leur envie.

Tout marche en eux au gré des choses qui viendront.

L'action sans l'idée et le pied sans le fronl.

Ils suivent au hasard le projet ou le rêve,

Toute porte qui s'ouvre ou tout vent (jui s'élève.

Le présent les absorhe en sa hrièveté.

Ils ne seront jamais et n'ont jamais été ;

Ils sont, ol voilà toul. Leur esprit flotte et doute.

Ils vont, le voyageur ne tient pas à la route.

Et tout s'en"aee en eux à mesure, l'ennui

Par la joie, oui par non, hier par aujourd'hui.

Ils vivent jour à jour et pensée à pensée.

l'OÉSIE. — III. 21

Aucune règle au fond de leurs vœux n'est tracée ; Nul accord ne les tient dans ses proportions. Quand ils pensent une heure, au gré des passions, Rien de lointain ne vient de derrière leur vie Retentir dans l'idée à cette heure suivie ; Et pour leur cœur terni l'amour est sans donleurs, Le passé sans racine et l'avenir sans fleurs.

Mais vous qui répandez tant de jour sur mon âme,

Vous qui depuis douze ans, tour à tour ange et femme.

Me soutenant là-haut ou m'aidant ici-bas,

M'avez pris sous votre aile ou calmé dans vos bras ;

Vous qui, metlant toujours le canir dans la parole.

Rendez visible aux yeux, comme un vivant symbole.

Le calme intérieur par la paix du dehors,

La douceur de l'esprit par la santé du corps,

La bonté par la joie, et, comme les dieux même,

La suprême vertu par la beauté suprême ;

Vous, mon phare, mon but, mon pôle, mon aimant !

Tandis que nous flottons à tout événement.

Vous savez que 'toute âme a sa règle auprès d'elle;

Tout en vous est serein, rayonnant et fidèle.

Vous ne dérangez pas le tout harmonieux.

Et vous êtes ici comme une sphère aux cieux.

Rien ne se heurte en vous ; tout se tient avec grâce ;

Votre âme en souriant à votre esprit s'enlace ;

Votre vie, où les pleurs se mêlent quelquefois.

Secrète comme un nid qui gémit dans les bois.

Comme un flot lent et sourd qui coule sur des mousses,

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