APRES UNE LECTURE DE DANTE
Quand le poète peint l'enfer, il peint sa vie. Sa vie, ombre (jui luit de spectres poursuivie; Forêt mystérieuse où ses pas effrayes S'égarent à tâtons hors des chemins frayés ; Noir voyage obstrué de rencontres dilTormes ; Spirale aux bords douteux, aux profondeurs énormes, Dont les cercles hideux vont toujours plus avant Dans une ombre où se meut l'enfer vague et vivant ! Cette rampe se perd dans la brume indécise ; Au bas de chaque marche une plainte est assise. Et l'on y voit passer avec un l'aible bruit
350 LES VOIX lINTËUlEUllES
Des grincements de dents blancs dans la sombre nuit.
Là sont les visions, les rêves, les chimères ;
Les yeux que la douleur change en sources amères ;
L'amour, couple enlacé, triste, et toujours brûlant.
Qui dans un tourbillon passe une plaie au flanc ;
Dans un coin la vengeance et la faim, sœurs impies,
Sur un crâne rongé côte à côte accroupies ;
Puis la pâle misère, au sourire appauvri ;
L'ambition, l'orgueil, de soi-même nourri.
Et la luxure immonde, et l'avarice inlàme.
Tous les manteaux de plomb dont peut se charger l'âme !
Plus loin, la lâcheté, la peur, la trahison
Ofl'rant des clefs à vendre et goûtant du poison ;
Et puis, plus bas encore, et tout au fond du gouffre.
Le masque grimaçant de la haine qui souffre !
Oui, c'est bien là la vie, ô poète inspiré,
Et son chemin brumeux d'obstacles encombré.
Mais, pour que rien n'y manque, en cette route étroite,
Vous nous montrez toujours debout à voire droite
Le génie au front calme, aux yeux pleins de rayons,
Le Virgile serein qui dit : Continuons !
6 août 1837
XX y HT
PENSAR, DÏJDAR
A M'" LOUISE B
Je VOUS l'ai déjà dil, notre incurable plaie. Notre nuage noir ({u'aucun vent ne balaie, Notre plus lourd fardeau, notre pire douleur, Ce qui met sur nos l'ronls la ride et la pâleur. Ce qui fait flamboyer l'enfer sur nos murailles, C'est l'àpre anxiété qui nous tient aux entrailles. C'est la fatale angoisse et le trouble profond Qui fait que notre cœur en abîmes se fond,
3o2 LES VOIX INTÉRIEURES
Quand un matin le sort, qui nous a dans sa serre, Nous mettant face à face avec notre misère, Nous jette brusquement, lui notre maître à tous. Cette question sombre : — Ame, que croyez-vous? C'est l'hésitation redoutable et profonde Qui prend, devant ce sphinx qu'on appelle le monde. Notre esprit effrayé plus encor qu'ébloui, Qui n'ose dire non et ne peut dire oui !
C'est là l'infirmité de toute notre race.
De quoi l'homme est-il sûr? qui demeure? qui passe?
Quel est le chimérique et quel est le réel ?
Quand l'explication viendra-t-elle du ciel?
D'où vient qu'en nos sentiers que le sophisme encombre
Nous trébuchons toujours? d'où vient qu'esprits faits d'ombre,
Nous tremblons tous, la nuit, à l'heure où lentement
La brume monte au cœur ainsi qu'au firmament?
Que l'aube même est sombre et cache un grand problème ?
Et que plus d'un penseur, ô misère suprême !
Jusque dans les enfants trouvant de noirs écueils,
Doute auprès des berceaux comme auprès des cercueils ?
Voyez. Cet homme est juste, il est bon ; c'est un sage.
Nul fiel intérieur ne verdit son visage ;
Si par quelques endroits son cœur est déjà mort.
Parmi tous ses regrets il n'a pas un remord ;
Les ennemis qu'il a, s'il faut qu'il s'en souvienne.
Lui viennent de leur haine et non pas de la sienne ;
C'est un sage — du temps d'Aurèle ou d'Adrien.
PENSAR, DUDAR
Il est pauvre, el s'y plaît. 11 ne loinbe plus rien
De sa tète vieillie aux rumeurs apaisées,
Rien que des cheveux blancs et de douces pensées.
Tous les hommes pour lui d'un seul liane sont sortis,
Et, frère aux malheureux, il est père aux petits.
Sa vie est simple, et luit la ville qui bourdonne.
Les champs où tout guérit, les champs où tout pardonne.
Les vilhiireois dansant au bruit des tambourins.
Quelque ancien livre grec où revivent sereins
Les vieux héros d'Athène et de Lacédémone,
Les enfants rencontrés à qui l'on fait l'aumône,
Le chien à qui l'on parle et dont l'œil vous comprend,
L'étude d'un insecte en des mousses errant,
Le soir, (juelque humble vieille au logis ramenée;
Voilà de (luels rayons est faite sa journée.
Chaque jour, car pour lui chaque jour passe ainsi.
Quand le soleil descend, il redescend aussi ;
11 regagne, abordé des passants qui l'accueillent,
Son toit sur qui, l'hiver, de grands chênes s'effeuillent.
Si sa table, où jamais rien ne peut abonder.
N'a qu'un maigre repas, il sourit, sans gronder
La servante au front gris, qui sous les ans chancelle,
A qui manque aujourd'hui la force et non le zèle.
Puis il rentre à sa chambre où le sommeil l'attend.
Et là, seul, que fait-il? lui, ce juste content?
Lui, ce cœur sans désirs, sans fautes et sans peines?
II pense, il rêve, il doute... -0 ténèbres humaines
Sombre loi! lout est donc brumeux et vacillant!
potsiii. — m.
Oh ! surtout dans ces jours où tout s'en va croulant,
Où le malheur saisit notre âme qui dévie,
Et souffle afTreusement sur notre folle vie.
Où le sort envieux nous tient, où l'on n'a plus
Que le caprice obscur du flux et du reflux,
Qu'un livre déchiré, qu'une nuit ténébreuse.
Qu'une pensée en jîroie au goufl"re qui se creuse,
Qu'un cœur désemparé de ses illusions,
Frêle esquif démâté, sur qui les passions,
Matelots furieux, qu'en vain l'esprit écoute.
Trépignent, se battant pour le choix de la route ;
Quand on ne songe plus, triste et mourant effort.
Qu'à chercher un salut, une boussole, un port.
Une ancre où l'on s'attache, un phare où l'on s'adresse,
Oh ! comme avec terreur, pilotes en détresse.
Nous nous apercevons qu'il nous manque la foi,
La foi, ce pur flambeau qui rassure l'effroi,
Ce mot d'espoir écrit sur la dernière page,
Cette chaloupe où peut se sauver l'équipage !
Comment donc se fait-il, ù pauvres insensés.
Que nous soyions si fiers? — Dites, vous qui pensez.
Vous que le sort expose, âme toujours sereine,
Si modeste à la gloire et si douce à la haine,
Vous dont l'esprit, toujours égal et toujours pur.
Dans la calme raison, cet immuable azur,
Bien haut, bien loin de nous, brille, grave et candide,
Comme une étoile fixe au fond du ciel splendide,
PENSAIl, DLDAR 3SS
Soleil que n'alleint pas, tant il est abrité,
Ce roulis de l'abîme et de l'immensité.
Où flottent, dispersés par les vents qui s'épanclient,
Tant d'astres fatigués et de mondes qui pencbent!
Hélas ! que vous devez méditer à côté
De l'arrogance unie à notre cécité !
Que vous devez sourire en voyant notre gloire !
Et, comme un feu brillant jette une vapeur noire,
Que notre fol orgueil au néant appuyé
Vous doit jeter dans lùme une étrange pitié !
Hélas! ayez pitié, mais une pitié tendre;
Car nous écoutons tout sans pouvoir rien entendre !
Cette absence de foi, cette incrédulité.
Ignorance ou savoir, sagesse ou vanité,
Est-ce, de quelque nom que notre orgueil la nomme.
Le vice de ce siècle ou le malheur de l'homme?
Est-ce un mal passager? est-ce un mal éternel?
Dieu peut-être a fait l'homme ainsi pour que le ciel.
Plein d'ombres pour nos yeux, soit toujours notre étude?
Dieu n'a scellé dans l'homme aucune certitude.
Penser, ce n'est pas croire. A peine par moment
Entend-on une voix dire confusément :
— « Ne vous y fiez pas, votre œuvre est périssable !
Tout ce que bâtit l'homme est bâti sur le sable ;
Ce qu'il fait tôt ou tard par l'herbe est l'ecouvert ;
Ce qu'il dresse est dressé pour le vent du désert.
Tous ces asiles vains où vous mettez votre âme.
Gloire qui n'est que pourpre, amour qui n'est que flamme,
L'altière ambition aux manteaux étoiles
Qui livre à tous les vents ses pavillons gonflés,
La richesse toujours assise sur sa gerbe,
La science de loin si haute et si superbe,
Le pouvoir sous le dais, le plaisir sous les fleurs.
Tentes que tout cela ! l'édifice est ailleurs.
Passez outre ! cherchez plus loin les biens sans nombre.
Une tente, ô mortels, ne contient que de l'ombre ! »
On entend cette voix et l'on rêve longtemps. Et l'on croit voir le ciel, moins obscur par instants, Comme à travers la brume on distingue des rives. Presque entr'ouvert, s'emplir de vagues perspectives.
Que croire? Oh! j'ai souvent, d'un œil peut-être expert,
Fouillé ce noir problème où la sonde se perd !
Ces vastes questions dont l'aspect toujours change.
Comme la mer tantôt cristal et tantôt fange,
J'en ai tout remué! la surface et le fond!
J'ai plongé dans ce gouffre et l'ai trouvé profond !
Je vous atteste, ô vents du soir et de l'aurore,
Étoiles de la nuit, je vous atteste encore.
Par l'austère pensée à toute heure asservi,
Que de fois j'ai tenté, que de fois j'ai gravi,
Seul, cherchant dans l'espace un point qui me réponde,
Ces hauts lieux d'où l'on voit la figure du monde !
Le glacier sur l'abîme ou le cap sur les mers !
PENSAR, DUDAR 357
Que de fois j'ai songé sur les sommets déserts, Tandis que fleuves, champs, forêts, cités, ruines, Gisaient derrière moi dans les plis des collines. Que tous les monts fumaient comme des encensoirs, Et qu'au loin l'océan, répandant ses flots noirs, Sculptant des fiers écueils la haute architecture. Mêlait son bruit sauvage à l'immense nature !
Et je disais aux flots : Flots qui grondez toujours ! Je disais aux donjons, croulant avec leurs tours : Tours où vit le passé ! donjons que les années Mordent incessamment de leurs dents acharnées ! Je disais à la nuit : Nuit pleine de soleils! Je disais aux torrents, aux fleurs, aux fruits vermeils, A ces formes sans nom que la mort décompose, Auxmonts,auxchamps,auxbois: Savez-vousquelquechoseV
Bien des fois, à cette heure où le soir et le vent Font que le voyageur s'achemine en rêvant, Je me suis dit en moi : — Cette grande nature. Cette création qui sert la créature.
Sait tout! Tout serait clair pour qui la comprendrait! — Comme un muet qui sait le mot d'un grand secret Et dont la lèvre écume à ce mot qu'il déchire. Il semble par moments qu'elle voudrait tout dire. Mais Dieu le lui défend ! En vain vous écoutez. Aucun verbe en ces bruits l'un par l'autre heurtés ! Cette chanson qui sort des campagnes fertiles. Mêlée à la rumeur qui déborde des villes.
Les tonnerres grondants, les vents plaintifs et sourds, La vague de la mer, gueule ouverte toujours, Qui vient, hurle, et s'en va, puis sans fin recommence, Toutes ces voix ne sont qu'un bégaiement immense !
L'homme seul peut parler et l'homme ignore, hélas !
Inexplicable arrêt ! quoi qu'il rêve ici-bas.
Tout se voile à ses yeux sous un nuage austère.
Et l'âme du mourant s'en va dans le mystère !
Aussi repousser Rome et rejeter Sion,
Rire, et conclure tout par la négation.
Comme c'est plus aisé, c'est ce que font les hommes.
Le peu que nous croyons tient au peu que nous sommes.
Puisque Dieu l'a voulu, c'est qu'ainsi tout est mieux!
Plus de clarté peut-être aveuglerait nos yeux.
Souvent la branche casse où trop de fruit abonde.
Que deviendrions-nous si, sans mesurer l'onde,
Le Dieu vivant, du haut de son éternité.
Sur l'humaine raison versait la vérité?
Le vase est trop petit pour la contenir toute.
Il suffit que chaque âme en recueille une goutte.
Même à l'erreur mêlée! Hélas! tout homme en soi
Porte un obscur repli qui refuse la foi.
Dieu! la mort! mots sans fond qui cachent un abîme!
L'épouvante saisit le cœur le plus sublime
Dès qu'il s'est hasardé sur de si grandes eaux.
On ne les franchit pas tout d'un vol. Peu d'oiseaux
Traversent l'océan sans reposer leur aile.
PENSAK, DlUAll 359
Il n'est pas de croyant si piu- et si fidèle
Qui ne tremble et n'hésite à de certains moments.
Quelle âme est sans faiblesse et sans accablements?
Enfants ! résignons-nous et suivons notre route.
Tout corps traîne son ombre, et tout esprit son doute.
Sepidiibrc 1835.
Puisqu'il plut au Seigneur de te briser, poëte ; Puisqu'il plut au Seigneur de comprimer ta tête
De son doigt souverain, D'en faire une urne sainte à contenir l'extase, D'y mettre le génie, et de sceller ce vase
Avec un sceau d'airain ;
Puisque le Seigneur Dieu t'accorda, noir mystère ! Un puits pour ne point boire, une voix pour te taire ; Et souffla sur ton front,
Et, comme une nacelle errante et d'eau remplie, Fit rouler ton esprit à travers la folie, Cet océan sans fond ;
Puisqu'il voulut ta chute, el que la mort glacée. Seule, te fît revivre en rouvrant ta pensée
Pour un autre horizon ; Puisque Dieu, t'enfermant dans la cage charnelle, Pauvre aigle, te donna l'aile et non la prunelle,
L'âme et non la raison ;
Tu pars du moins, mon frère, avec ta robe blanche ! Tu retournes à Dieu comme l'eau qui s'épanche
Par son poids naturel ; Tu retournes à Dieu, tête de candeur pleine, Comme y va la lumière, et comme y va l'haleine
Qui des fleurs monte au ciel !
Tu n'as rien dit de mal, tu n'as rien fait d'étrange. Comme une vierge meurt, comme s'envole un ange.
Jeune homme, tu t'en vas !
Rien n'a souillé ta main ni ton cœur ; dans ce monde Où chacun court, se hâte, et forge, et crie, et gronde,
A peine tu rêvas !
Comme le diamant, quand le feu le vient prendre. Disparaît tout entier, et sans laisser de cendre, Au regard ébloui,
Comme un rayon s'enfuit sans rien jeter de sombre, Sur la terre après toi tu n'as pas laissé d'ombre, Esprit évanoui !
Doux et blond compagnon de toute mon enfance, Oh! dis-moi, maintenant, frère marqué d'avance
Pour un morne avenir, Maintenant que la mort a rallumé ta flamme, Maintenant que la mort a réveillé ton âme,
Tu dois te souvenir !
Tu dois te souvenir de nos jeunes années !
Quand les flots transparents de nos deux destinées
Se côtoyaient encor.
Lorsque Napoléon flamboyait comme un phare, Et qu'enfants nous prêtions l'oreille à sa fanfare
Comme une meute au cor !
Tu dois te souvenir des vertes Feuillantines, Et de la grande allée où nos voix enfantines,
Nos purs gazouillements.
Ont laissé dans les coins des murs, dans les fontaines, Dans le nid des oiseaux et dans le creux des chênes.
Tant d'échos si charmants!
0 temps ! jours radieux ! aube trop tôt ravie ! Pourquoi Dieu met-il donc le meilleur de la vie Tout au commencement?
Nous naissions ! on eût dit que le vieux monastère Pour nous voir rayonner ouvrait avec mystère Son doux regard dormant.
T'en souviens-tu, mon frère? après l'heure d'étude, Oh ! comme nous courions dans cette solitude !
Sous les arbres blottis, Nous avions, en chassant quelque insecte qui saute, L'herbe jusqu'aux genoux, car l'herbe était bien haute.
Nos genoux bien petits.
Vives têtes d'enfants par la course effarées, Nous poursuivions dans l'air cent ailes bigarrées ;
Le soir nous étions las, Nous revenions, jouant avec tout ce qui joue, Frais, joyeux, et tous deux baisés à pleine joue
Par notre mère, hélas !
Elle grondait : — Voyez ! comme ils sont faits ! ces hommes ! Les monstres ! ils auront cueilli toutes nos pommes !
Pourtant nous les aimons.
Madame, les garçons sont le souci des mères, Car ils ont la fureur de courir dans les pierres
Comme font les démons ! —
Puis un môme sommeil, nous berçant comme un hôte. Tous deux au même lit nous couchait côte à côte ; Puis un même réveil.
Puis, trempé dans un lait sorti chaud de l'étable, Le même pain faisait rire à la même table Notre appétit vermeil.
Et nous recommencions nos jeux, cueillant par gerbe Les fleurs, tous les bouquets qui réjouissent l'herbe,
Le lys à Dieu pareil, Surtout ces fleurs de flamme et d'or qu'on voit, si belles. Luire à terre en avril comme des étincelles
Qui tombent du soleil !
On nous voyait tous deux, gaîté de la famille, Le front épanoui, courir sous la charmille,
L'œil de joie enflammé... — Hélas ! hélas ! quel deuil pour ma tête orpheline ! Tu vas donc désormais dormir sur la colline,
Mon pauvre bien-aimé !
Tu vas dormir là-haut sur la colline verte. Qui, livrée à l'hiver, à tous les vents ouverte,
A le ciel pour plafond ; Tu vas dormir, poussière, au fond d'un lit d'argile ; Et moi je resterai parmi ceux de la ville
Qui parlent et qui vont !
Et moi je vais rester, soufl'rir, agir et vivre ; Voir mon nom se grossir dans les bouches de cuivre De la célébrité ;
El cacher, comme à Sparte, en riant quand on entre, Le renard envieux qui me ronge le ventre, Sous ma robe abrité !
Je vais reprendre, hélas ! mon œuvre commencée. Rendre ma barque frêle à l'onde courroucée.
Lutter contre le sort ; Enviant souvent ceux qui dorment sans murmure. Comme un doux nid couvé pour la saison future,
Sous l'aile de la mort !
J'ai d'austères plaisirs. Comme un prêtre à l'église, Je rêve à l'art qui charme, à l'art qui civilise,
Qui change l'homme un peu.
Et qui, comme un semeur qui jette au loin sa graine. En semant la nature à travers l'âme humaine,
Y fera germer Dieu.
Quand le peuple au théâtre écoute ma pensée. J'y cours, et là, courbé vers la foule pressée,
L'étudiant de près.
Sur mon drame touffu dont le branchage plie, J'entends tomber ses pleurs comme la large pluie
Aux feuilles des forêts.
Mais quel labeur aussi ! que de flots ! quelle écume ! Surtout lorsque l'envie, au cœur plein d'amertume, Au recrard vide et mort,
Fait, pour les vils besoins de ses luttes vulgaires, D'une bouche d'ami qui souriait naguères Une bouche qui mord !
Quelle vie! et quel siècle alentour! — Vertu, gloire, Pouvoir, génie et foi, tout ce qu'il faudrait croire.
Tout ce que nous valons, Le peu qui nous restait de nos splendeurs décrues, Est traîné sur la claie et suivi dans les rues
Par le rire en haillons !
Combien de calomnie et combien de bassesse ! Combien de pamphlets vils qui flagellent sans cesse
Quiconque vient du ciel, Et qui font, la blessant de leur lance payée, Boire à la Vérité, pâle et crucifiée,
Leur éponge de fiel !
Combien d'acharnements sur toutes les victimes ! Que de rhéteurs, penchés sur le bord des abîmes.
Riant, ô cruauté !
De voir l'affreux poison qui de leurs doigts découle, Goutte à goutte, ou par flots, quand leurs mains sur la foule
Tordent l'impiété !
L'homme, vers le plaisir se ruant par cent voies. Ne songe qu'à bien vivre et qu'à chercher des proies; L'argent est adoré ;
Hélas ! nos passions ont des serres infâmes Où pend, triste lambeau, tout ce qu'avaient nos âmes De chaste et de sacré !
A quoi bon, cependant? à quoi bon tant de haine, Et faire tant de mal, et prendre tant de peine,
Puisque la mort viendra !
Pour aller avec tous où tous doivent descendre ! Et pour n'être après tout qu'une ombre, un peu de cendre
Sur qui l'herbe croîtra !
A quoi bon s'épuiser en voluptés diverses? A quoi bon se bâtir des fortunes perverses
Avec les maux d'autrui?
Tout s'écroule ; et, fruit vert qui pend à la ramée. Demain ne mûrit pas pour la bouche afîamée
Qui dévore aujourd'hui !
Ce que nous croyons être avec ce que nous sommes, Beauté, richesse, honneurs, ce que rêvent les hommes,
Hélas ! et ce qu'ils font.
Pêle-mêle, à travers les chants ou les huées, Comme c'est emporté par rapides nuées
Dans un oubli profond !
Et puis quelle éternelle et lugubre fatigue De voir le peuple enflé monter jusqu'à sa digue. Dans ses terribles jeux !
Sombre océan d'esprits dont l'eau n'est pas sondée, Et qui vient faire autour de toute grande idée Un murmure orageux!
Quel choc d'ambitions luttant le long des routes, Toutes contre chacune et chacune avec toutes !
Quel tumulte ennemi !
Comme on raille d'en bas tout astre qui décline!... — Oh ! ne regrette rien sur la haute colline
Où tu t'es endormi !
Là, tu reposes, toi! Lit. meurt toute voix fausse. Chaque jour, du levant au couchant, sur ta fosse
Promenant son flambeau.
L'impartial soleil, pareil à l'espérance, Dore des deux côtés sans choix ni préférence
La croix de ton tombeau !
Là, tu n'entends plus rien que l'herbe et la broussaille. Le pas du fossoyeur dont la terre tressaille,
La chute du fruit mûr, Et, par moments, le chant, dispersé dans l'espace, Du bouvier qui descend dans la plaine et qui passe
Derrière le vieux mur !
Mars 1837
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Un jour l'ami qui reste à ton cœur qu'on déchire Contemplait tes malheurs,
Et, tandis qu'il parlait, ton sublime sourire Se mêlait à ses pleurs :
« Te voilà donc, ô toi dont la foule rampante
Admirait la vertu, Déraciné, flétri, tombé sur une pente
Comme un cèdre abattu !
(( ïe voilà sous les pieds des envieux sans nombre
Et des passants rieurs, Toi dont le front superbe accoutumait à l'ombre
Les fronts inférieurs !
« Ta feuille est dans la poudre, et ta racine austère
Est découverte aux yeux.
Hélas ! lu n'as plus rien d'abrité dans la terre
Ni d'éclos dans les cieux !
« Jeune homme, on vénérait jadis ton œil sévère, Ton front calme et tonnant ;
Ton nom était de ceux qu'on craint et qu'on révère, Hélas ! et maintenant
« Les méchants, accourus pour déchirer ta vie, L'ont prise entre leurs dents.
Et les hommes alors se sont avec envie Penchés pour voir dedans !
« Avec des cris de joie ils ont compté les plaies
Et compté tes douleurs, Comme sur une pierre on compte des monnaies
Dans l'antre des voleurs.
« Ta chaste renommée, aux exemples utiles.
N'a plus rien qui reluit, Sillonnée en tous sens par les hideux reptiles
Qui viennent dans la nuit.
(( Éclairée à la flamme, à toute heure visible,
De ton nom rayonnant, Au bord du grand chemin, ta vie est une cible
Offerte à tout venant
« Où cent flèches, toujours sifflant dans la nuit noire,
S'enfoncent tour à tour.
Chacun cherchant ton cœur, l'un visant à ta gloire,
Et l'autre à ton amour !
« Ta réputation, dont souvent nous nous sommes
Écriés en rêvant.
Se disperse et s'en va dans les discours des hommes.
Comme un feuillage au veni !
« Ton âme, qu'autrefois on prenait pour arbitre
Du droit et du devoir.
Est comme une taverne où chacun à la vitre
Vient regai'der le soir,
(( Afin d'y voir à table une orgie aux chants grêles.
Au propos triste et vain.
Qui renverse à grand bruit les cœurs pleins de querelles
Et les brocs pleins de vin !
« Tes ennemis ont pris ta belle destinée
Et l'ont brisée en fleur.
Ils ont fait de ta gloire aux carrefours traînée
Ta plus grande douleur !
« Leurs mains ont retourné ta robe, dont le lustre
Irritait leur fureur ; Avec la même pourpre ils t'ont fait vil d'illustre,
Et forçat d'empereur!
« Nul ne te défend plus. On se fait une fête
De tes maux aggravés.
On ne parle de toi qu'en secouant la tête.
Et l'on dit : Vous savez !
« Hélas ! pour te haïr tous les cœurs se rencontrent.
Tous t'ont abandonné.
Et les amis pensifs sont comme ceux qui montrent
Un palais ruiné.
€ Mais va, pour ({ui comprend ton âme haute et grave,
Tu n'en es que plus grand.
Ta vie a, maintenant que l'obstacle l'entrave,
La rumeur du torrent.
« Tous ceux qui de tes jours orageux et sublimes
S'approchent sans effroi Reviennent en disant qu'ils ont vu des abîmes
En se penchant sur loi !
« Mais peut-être, à travers l'eau île ce gouffre immense
Et de ce cœur profond.
On verrait cette perle appelée innocence,
En regardant au fond.
« On s'arrête aux brouillards dont ton âme est voilée
Mais moi, juge et témoin, Je sais qu'on trouverait une voûte étoilée
Si Ion allait plus loin.
« Et (ju'importe, après tout, que le monde t'assiège
De ses discours mouvants.
Et que Ion nom se mêle à ces flocons de neige
Poussés à tous les vents !
" D'ailleurs que savent-ils? Nous devrions nous taire.
De quel droit jugeons-nous?
Nous qui ne voyons rien au ciel ou sur la terre
Sans nous mettre à genoux !
« La certitude — hélas, insensés que nous sommes De croire à l'œil humain ! —
Ne séjourne pas plus dans la raison des hommes Que l'onde dans leur main.
c( Elle mouille un moment, puis s'écoule infidèle, Sans que l'homme, ù douleur!
Puisse désaltérer à ce qui reste d'elle Ses lèvres ou son cœur.
« L'apparence de tout nous trompe et nous fascine.
Est-il jour? Est-il nuit?
Rien d'absolu. Tout fruit contient une racine,
Toute racine un fruit.
« Le même objet qui rend votre visage sombre
Fait ma sérénité.
Toute chose ici-bas par une face est ombre
Et par l'autre clarté.
« Le lourd nuage, effroi des matelots livides
Sur le pont accroupis.
Pour le brun laboureur dont les champs sont arides
Est un sac plein d'épis.
« Pour juger un destin il en faudrait connaître
Le fond mystérieux ; Ce qui gît dans la fange aura bientôt peut-être
Des ailes dans les cieux !
« Cette âme se transforme, elle est tout près d'éclore.
Elle rampe, elle attend, Aujourd'hui larve informe, et demain dès l'aurore
Papillon éclatant !
« Tu souffres cependant! toi sur qui l'ironie
Lpuise tous ses traits, Et qui te sens poursuivre, et par la calomnie Mordre aux endroits secrets !
(( Tu fuis, pâle et saignant, et, pénétrant dans l'ombre
Par ton flanc déchiré, La tristesse en ton âme ainsi qu'en un puits sombre
Goutte à goutte a filtré.
a Tu fuis, lion blessé, dans une solitude,
Rêvant sur ton destin.
Et le soir te retrouve en la même attitude
Où t'a vu le matin.
« Là, pensif, cherchant l'ombre où ton âme repose,
L'ombre que nous aimons ; Ne songeant quelquefois, de l'aube à la nuit close.
Qu'à la forme des monts;
« Attentif aux ruisseaux, aux mousses étoilées. Aux champs silencieux,
378 LES VOIX liNTÉRIEURES
A la virginité des herbes non foulées, A la beauté des cieux ;
« Ou parfois contemplant, de quelque grève austère, L'esquif en proie aux flots
Qui fuit, rompant les fils qui liaient à la terre Les cœurs des matelots ;
(( Contemplant le front vert et la noire narine
De l'antre ténébreux.
Et l'arbre qui, rongé par la bise marine,
Tord ses bras douloureux,
(( Et l'immense océan où la voile s'incline,
Où le soleil descend, L'océan qui respire ainsi qu'une poitrine,
S'enflant et s'abaissant ;
« Du haut de la falaise aux rumeurs infinies,
Du fond des bois touffus.
Tu mêles ton esprit aux grandes harmonies
Pleines de sens confus
« Qui, tenant ici-bas toute chose embrassée, Vont de l'aigle au serpent.
Que toute voix grossit, et que sur la pensée La nature répand.
A OLYMIMO 379
« Console-loi, poëte ! Un jour, bientôt peut-être, Les cœurs te reviendront,
Et pour tous les regards on verra reparaître Les flammes de ton front.
« Tous les côtés ternis de ta gloire outragée,
Nettoyés un matin.
Seront comme une dalle avec soin épongée
Après un grand festin.
« En vain tes ennemis auront armé le monde
De leur rire moqueur.
Et sur les grands chemins répandu comme Tonde
Les secrets de ton cœur.
« En vain ils jetteront leur rage humiliée
Sur ton nom ravagé, Comme un chien qui remâche une chair oubliée
Sur l'os déjà rongé.
« Ils ne prévaudront pas, ces hommes qui t'entourent
De leurs obscurs réseaux.
Ils passeront ainsi que ces lueurs qui courent
A travers les roseaux.
« Ils auront bien toujours pour toi toute la haine
Des démons pour le dieu ; Mais un souffle éteindra leur bouche impure pleine
De paroles de feu.
« Ils s'évanouiront, et la foule ravie
Vei'ra, d'un œil pieux.
Sortir de ce tas d'ombre amassé par l'envie
Ton front majestueux.
(( En attendant, regarde en pitié cette foule
Qui méconnaît tes chants, Et qui de toutes parts se répand et s'écoule
Dans les mauvais penchants.
« Laisse en ce noir chaos qu'aucun rayon n'éclaire
Ramper les ignorants ; L'orgueilleux dont la voix grossit dans la colère
Comme l'eau des torrents ;
« La beauté sans amour dont les pas nous entraînent,
Femme aux yeux exercés Dont la robe flottante est un piège où se prennent
Les pieds des insensés;
A OLYMPIO 38i
« Les rhéteurs qui de bruit emplissent leur parole
Quand nous les écoutons ; Et ces hommes sans foi, sans culte, sans boussole,
Qui vivent à tâtons ;
« Et les flatteui's courbés, aux douceurs familières, Aux fronts bas et rampants ;
Et les ambitieux qui sont comme des lierres L'un sur l'autre grimpants.
« Non, tu ne portes pas, ami, la même chaîne
Que ces hommes d'un jour.
Ils sont vils, et toi grand. Leur joug est fait de haine,
Le tien est fait d'amour.
« Tu n'as rien de commun avec le monde infime
Au souffle empoisonneur ; Car c'est pour tous les yeux un spectacle sublime
Quand la main du Seigneur,
c( Loin du sentier banal où la foule se rue
Sur quelque illusion.
Laboure le génie avec cette charrue
Qu'on nomme passion ! »
Et quand il eut fini, toi que la haine abreuve, Tu lui dis d'une voix attendrie un instant, Voix pareille à la sienne et plus haute pourtant, Comme la grande mer qui parlerait au fleuve :
€ Ne me console point et ne t'afflige pas.
Je suis calme et paisible.
Je ne regarde point le monde d'ici-bas.
Mais le monde invisible.
€ Les hommes sont meilleurs, ami, que tu ne crois.
Mais le sort est sévère. C'est lui qui teint de vin ou de lie à son choix
Le pur cristal du verre.
c( Moi, je rêve ! Écoutant le cyprès soupirer
Autour des croix d'ébène, Et murmurer le fleuve et la cloche pleurer
Dans un coin de la plaine,
« Recueillant le cri sourd de l'oiseau qui s'enfuit, Du char traînant la gerbe.
Et la plainte qui sort des roseaux, et le bruit Que fait la toufl"e d'herbe,
« Prêtant roreille aux flots qui ne peuvent dormir,
A l'air dans la nuée, J'erre sur les hauts lieux d'où l'on entend gémir
Toute chose créée.
(( Là, je vois, comme un vase allumé sur l'autel,
Le toit lointain qui fume; Et le soir je compare aux purs flaml)eaux du ciel
Tout flambeau qui sallumo.
« Là, j'abandonne aux venls mon esprit sérieux,
Comme l'oiseau sa {)lume ; Là, je songe au malheur de Thomme, et j'entends mieux
Le bruit de cette enclume.
« Là, je contemple, ému, tout ce qui s'off"re aux yeux.
Onde, terre, verdure; Et je vois l'homme au loin, mage mystérieux.
Traverser la nature.
« Pourquoi me plaindre, ami? Tout homme à tout moment Souffre des maux sans nombre.
Moi, sur qui vient la nuit, j'ai gardé seulement Dans mon horizon sombre,
<f Comme un rayon du soir au front d'un mont obscur.
L'amour, divine flamme, L'amour, (jui dore encor ce que j'ai de plus pur
Et de plus haut dans l'âme !
« Sans doute en mon avril, ne sachant rien à fond,
Jeune, crédule, austère.
J'ai fait des songes d'or comme tous ceux qui font
Des songes sur la terre.
« J'ai vu la vie en fleurs sur mon front s'élever
Pleine de douces choses.
Mais quoi ! me crois-tu donc assez fou pour rêver
L'éternité des roses?
« Les chimères, qu'enfant mes mains croyaient toucher,
Maintenant sont absentes ; Et je dis au bonheur ce que dit le nocher Aux rives décroissantes.
« Qu'importe ! je m'abrite en un calme profond. Plaignant surtout les femmes ;
Et je vis l'œil fixé sur le ciel, où s'en vont Les ailes et les âmes.
« Dieu nous donne à chacun notre part de destin, Au fort, au faible, au lâche.
Comme un maître soigneux levé dès le matin Divise à tous leur tâche.
c( Soyons grands. Le grand cœur à Dieu même est pareil.
Laissons, doux ou funestes, Se croiser sur nos pieds la foudre et le soleil,
Ces deux clartés célestes.
« Laissons gromler en bas cet orage irrité Qui toujours nous assiège ;
Et gardons au-dessus notre tranquillité, Comme le mont sa neige.
<r Va, nul mortel ne brise avec la passion.
Vainement obstinée, Cette âpre loi que l'un nomme Expiation
Et l'autre Destinée.
« Hélas! de quelque nom que, broyé sous l'essieu, L'orgueil bumain la nomme,
Roue immense et fatale, elle tourne sur Dieu, Elle roule sur l'homme ! »
Octobre 1835.
La tombe dit à la rose :
— Des pleurs dont l'aube l'arrose Que fais-tu, fleur des amours?
La rose dit à la tombe :
— Que fais-tu de ce qui tombe Dans ton gouffre ouvert toujours?
La rose dit : — Tombeau sombre, De ces pleurs je fais dans l'ombre Un parfum d'ambre et de miel.
La tombe dit : — Fleur plaintive, De chaque âme qui m'arrive Je fais un ange du ciel.
3 juin 1837.
0 muse, conliens-toi ! muse aux hymnes d'airain !
Muse de la loi juste et du droit souverain !
Toi dont la bouche abonde en mots trempés de flamme,
Étincelles de feu qui sortent de ton âme,
Oh ! ne dis rien encore et laisse-les aller !
Attends que l'heure vienne où tu puisses parler.
Endure le spectacle en vierge résignée.
Qu'à peine un mouvement de ta lèvi*e indignée
Révèle ton courroux au fond du cœur grondant.
Dans ce siècle où chacun, noyant ou fécondant,
Se répand au hasard comme l'eau d'un orage,
Où l'on ne voit partout qu'impuissance et que rage.
Qu'inutiles fardeaux qu'on s'obstine à rouler,
Que Samsons écrasés sous ce qu'ils font crouler, Le plus fort est celui qui tient sa force en bride. L'océan quelquefois montre à peine une ride. Jusqu'au jour d'éclater, plus proche qu'on ne croit, Ne te dépense pas. Qui se contient s'accroît.
Aie au milieu de tous l'attitude élevée
D'une lente déesse à punir réservée,
Qui, recueillant sa force ainsi qu'un saint trésor,
Pourrait depuis longtemps et ne veut pas encor !
Va cependant! — Contemple et le ciel et le monde.
Et que tous ceux qui font quelque travail immonde,
Que ces trafiquants vils épris d'un sac d'argent,
Que ces menteurs publics, au langage changeant,
Pleins de méchanceté dans leur âme hypocrite
Et dorés au dehors de quelque faux mérite,
Tous ceux, grands ou petits, que marque un sceau fatal,
Que l'envieux bâtard accroupi dans le mal.
Que ce tribun valet, plus lâche qu'une femme,
Qui dans les carrefours vend sa parole infâme.
Toujours prêt pour de l'or à souffleter la loi,
Forgeant l'émeute au peuple ou la censure au roi,
Que l'ami faux par qui la haine s'ensemence.
Et ceux qui nuit et jour occupent leur démence
D'une orgie effrontée au tumulte hideux.
Te regardent passer tranquille au milieu d'eux.
Saluant gravement les fronts que tu révères,
Muette, et l'œil pourtant plein de choses sévères!