‹ Les chants du crépuscule (volume 2)Chapitre 43 sur 90 · SANS LA VOIR · texte numérisé non relu

SANS LA VOIR

Quels sont ces bruits sourds?

Écoutez vers l'onde

Cette voix profonde

Qui pleure toujours

Et qui toujours gronde,

Quoiqu'un son plus clair

Parfois l'interrompe... —

Le vent de la mer

Souffle dans sa trompe.

Comme il pleut ce soir !

N'est-ce pas, mon hôte?

Là-bas, à la côte, Le ciel est bien noir, La mer est bien haute !

On dirait l'hiver; Parfois on s'y trompe... — Le vent de la mer Souffle dans sa trompe.

Oh ! marins perdus !

Au loin, dans cette ombre.

Sur la nef qui sombre.

Que de bras tendus

Vers la terre sombre !

Pas d'ancre de fer

Que le flot ne rompe. —

Le vent de la mer

Souffle dans sa trompe.

Nochers imprudents !

Le vent dans la voile Déchire la toile Comme avec les dents !

Là-haut pas d'étoile !

L'un lutte avec l'air, L'autre est à la pompe. — Le vent de la mer Souffle dans sa trompe.

UNE NUIT QU'ON ENTENDAIT LA MER 34i

C'est toi, c'est ton feu Que le nocher rêve, Quand le flot s'élève.

Chandelier que Dieu Pose sur la grève, Phare au rouge éclair Que la brume estompe ! — Le vent de la mer Souffle dans sa trompe.

17 juillet 1836.

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TENTANDA VIA EST

Ne vous cflVaycz pas, douce mère inquiète

Dont la bonté partout dans la maison s'émiette,

De le voir si petit, si grave et si pensif.

Comme un pauvre oiseau blanc qui, seul sur un récif,

Voit l'océan vers lui monter du fond de l'ombre,

Il regarde déjà la vie immense et sombre.

Il rêve de la voir s'avancer pas à pas.

0 mère au cœur divin, ne vous effrayez pas.

Vous en qui, — - tant votre âme est un cbarmant mélange !

L'ange voit un enfant et l'enfant voit un ange.

Allons, mère, sans trouble et d'un air triomphant

Baisez-moi le grand front de ce petit enfant.

Ce n'est pas un savant, ce n'est pas un prodige,

C'est un songeur ; tant mieux. Soyez fière, vous dis-je !

La méditation du génie est la sœur,

Mère, et l'enfant songeur fait un homme penseur.

Et la pensée est tout, et la pensée ardente

Donne à Milton le ciel, donne l'enfer à Dante !

Un jour il sera grand. L'avenir glorieux

Attend, n'en doutez pas, l'enfant mystérieux

Qui veut savoir comment chaque chose se nomme,

Et questionne tout, un mur autant qu'un homme.

Qui sait si, ramassant à terre sans effort

Le ciseau colossal de Michel-Ange mort.

Il ne doit pas, livrant au granit des batailles.

Faire au marbre étonné de superbes entailles?

Ou, comme Bonaparte ou bien François premier,

Prendre, joueur d'échecs, l'Europe pour damier?

Qui sait s'il n'ira point, voguant à toute voile.

Ajoutant à son œil, que l'ombre humaine voile,

L'œil du long télescope au regard effrayant,

Ou l'œil de la pensée encor plus clairvoyant.

Saisir, dans l'azur vaste ou dans la mer profonde.

Un astre comme Herschell, comme Colomb un monde?

Qui sait? Laissez grandir ce petit sérieux. Il ne voit même pas nos regards curieux.

TENTANDA VIA EST 343

Peut-être que déjà ce pauvre enfant fragile

Rêve, comme rêvait l'enfant qui fut Virgile,

Au combat que poursuit le poëte éclatant ;

Et qu'il veut, aussi lui, tenter, vaincre, et, sortant

Par un chemin nouveau de la sphère où nous sommes,

Voltiger, nom ailé, sur les bouches des hommes.

y juin 1835.

l'Of SIE.

Jeune fille, l'amour, c'est d'abord un miroir Où la femme coquette et belle aime à se voir.

Et, gaie ou rêveuse, se penche ; Puis, comme la vertu, quand il a votre cœur, 11 en chasse le mal et le vice moqueur,

Et vous fait l'àme pure et blanche ;

Puis on descend un peu, le pied vous glisse... — Alors C'est un abîme ! en vain la main s'attache aux bords,

On s'en va dans l'eau qui tournoie ! — L'amour est charmant, pur, et mortel. N'y crois pas! Tel l'enfant, par un fleuve attiré pas à pas.

S'y mire, s'y lave et s'y noie.

23 février 1837.

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