‹ Les chants du crépuscule (volume 2)Chapitre 63 sur 90 · DANS LE CI3IETIÈRE DE · texte numérisé non relu

DANS LE CI3IETIÈRE DE

La foule des vivants rit et suit sa folie, Tantôt pour son plaisir, (antôt pour son tourment; Mais par les morts muets, par les morts qu'on oublie, Moi, rêveur, je me sens regardé fixement.

Ils savent que je suis l'homme des solitudes. Le promeneur pensif sous les arbres épais. L'esprit qui trouve, ayant ses douleurs pour études, Au seuil de tout le trouble, au fond do tout la paix.

Ils savent l'altitude attentive et penchée

Que j'ai parmi les buis, les fosses et les croix;

Ils m'entendent marcher sur la feuille séchée ;

Ils m'ont vu contempler des ombres dans les bois,

Ils comprennent ma voix sur le monde épanchée, Mieux que vous, ô vivants bruyants et querelleurs ! Les hymnes de la lyre en mon âme cachée, Pour vous ce sont des chants, pour eux ce sont des pleurs.

Oubliés des vivants, la nature leur reste. Dans le jardin des morts où nous dormirons tous. L'aube jette un regard plus calme et plus céleste, Le lys semble plus pur, l'oiseau semble plus doux.

Moi, c'est là que je vis! — Cueillant les roses blanches,

Consolant les tombeaux délaissés trop longtemps,

Je passe et je reviens, je dérange les branches,

Je fais du bruit dans l'herbe, et les morts sont contents.

Là je rêve! et, rôdant dans le champ léthargique. Je vois, avec des yeux dans ma pensée ouverts. Se transformer mou âme en un monde magique, Miroir mystérieux du visible univers.

Regardant sans les voir de vagues scarabées, Des rameaux indistincts, des formes, des couleurs. Là, j'ai dans l'ombre, assis sur des pierres tombées, Des éblouissements de rayons et de Iïeui"S.

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