‹ Les chants du crépusculeChapitre 13 sur 28 · IL N'AVAIT PAS VINGT ANS · texte numérisé non relu

IL N'AVAIT PAS VINGT ANS

Que ta tombe en s'ouvrant réveille dans la sienne I

Ce sont tes serviteurs, tes parents, tes amis,

Tous ceux qui t'entouraient, tous ceux qui s'étaient mis

Follement à ton ombre, et dont la destinée

Par malheur dans la tienne était enracinée.

C'est tout ce qu'ont flétri tes caprices ingrats.

C'est ton chien qui t'aimait et que tu n'aimais pas!

Pour toi, triste orgueilleux, riche au cœur infertile,

Qui vivais impuissant et qui meurs inutile,

Toi qui tranchas tes jours pour faire un peu de bruit.

Sans même être aperçu, retourne dans la nuit!

C'est bien. Sors du festin sans qu'un flambeau s'efî'ace î

Tombe au torrent, sans même en troubler la surface !

Ce siècle a son idée ; elle marche à grands pas

Et toujours à son but. Ton sépulcre n'est pas

De ceux qui la feront trébucher dans sa route.

Ta porte en se fermant ne vaut pas qu'on l'écoute.

Va donc! Qu'as-tu trouvé, ton caprice accompli?

Voluptueux, la tombe, et vaniteux l'oubli I

Avril 1831

Certe, une telle mort, ignorée ou connue,

N'importe pas au siècle, et rien n'en diminue;

On n'en parle pas même et l'on passe à côté.

Mais lorsque, grandissant sous le ciel attristé,

L'aveugle suicide étend son aile sombre,

Et prend à chaque instant plus d'âmes sous son ombre;

Quand il éteint partout hors des desseins de Dieu,

Des fronts pleins de lumière et des cœurs pleins de feu;

Quand Robert, qui voilait, peintre au pinceau de flamme,

Sous un regard serein l'orage de son âme,

Rejette le calice avant la fin du jour

Dès qu'il en a vidé ce qu'il contient d'amour;

^uand Castlereagh, ce taon qui piqua Bonaparte,

Cet anglais mélangé de Carthage et de Sparte,

Se plonge au cœur l'acier et meurt désabusé,

Assouvi de pouvoir, de ruses épuisé;

Quand Rabbe de poison inonde ses blessures;

Comme un cerf poursuivi d'aboyantes morsures,

Lorsque Gros haletant se jette, faible et vieux,

Au fleuve, pour tromper sa meute d'envieux;

Quand de la mère au fils et du père à la fille,

Partout ce vent de mort ébranche la famille;

Lorsqu'on voit le vieillard se hâter au tombeau

Après avoir longtemps trouvé le soleil beau,

Et l'épouse quittant le foyer domestique,

Et l'écolier lisant dans quelque livre antique,

Et tous ces beaux enfants, hélas ! trop tôt mûris,

Qui ne connaissaient pas les hommes, qu'à Paris

Souvent un songe d'or jusques au ciel enlève,

Et qui se sont tués quand, du haut de leur rêve

De gloire, de vertu, d'amour, de liberté,

Ils sont tombés le front sur la société; —

Alors IcTîroyant prie et le penseur médite 1

Bêlas! l'humanité va peut-être trop vite.

Dû tend ce siècle? où court le troupeau des esprits?

Rien n'est encor trouvé, rien n'est encor compris;

Car beaucoup ici-bas sentent que l'espoir tombe,

Et se brisent la tète à l'angle de la tombe,

Comme vous briseriez le soir sur le pavé

Un œuf où rien ne germe et qu'on n'a pas couvé l

Mal d'un siècle en travail où tout se décompose I

Quel en est le remède et quelle en est la cause?

Serait-ce que la foi derrière la raison

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