‹ Les chants du crépusculeChapitre 6 sur 28 · NAPOLÉON IL · texte numérisé non relu

NAPOLÉON IL

Les dragons chevelus, les grenadiers épiques,

Et les rouges lanciers fourmillant dans les piques,

Comme des fleurs de pourpre en l'épaisseur des blés;

Non, ce qui Toccupait, c'est l'ombre blonde et rose D'un bel enfant qui dort la bouche demi-close,

Gracieux comme l'orient, Tandis qu'avec amour sa nourrice enchantée D'une goutte de lait au bout du sein restée

Agace sa lèvre en riant.

Le père alors posait ses coudes sur sa chaise. Son cœur plein de sanglots se dégonflait à l'aise.

Il pleurait, d'amour éperdu. — Sois béni, pauvre enfant, tête aujourd'hui glacée, Seul être qui pouvais distraire sa pensée

Du trône du monde perdu l

Tous deux sont morts. — Seigneur, votre droite est terrible I Vous avez commencé par le maître invincible,

Par l'homme triomphant, Puis vous avez enfin complété l'ossuaire ; Dix ans vous ont suffi pour filer le suaire

Du père et de l'enfant !

Gloire, jeunesse, orgueil, biens que la tombe emporte! L'homme voudrait laisser quelque chose à la porte, Mais la mort lui dit non!

Chaque élément retourne où tout doit redescendre. L"air reprend la fumée, et la terre la cendre. L'oubli reprend le nom.

TI

0 révolutions! j'ignore,

Moi, le moindre des matelots.

Ce que Dieu dans l'ombre élabore

Sous le tumulte de vos flots.

La foule vous hait et vous raille.

Mais qui sait comment Dieu travaille

Qui sait si l'onde qui tressaille,

Si le cri des gouffres amers,

Si la trombe aux ardentes serres,

Si les éclairs et les tonnerres,

Seigneur, ne sont pas nécessaires

A la perle que font les mers?

Pourtant cette tempête est lourde Aux princes comme aux nations; Oh ! quelle mer aveugle et sourde Qu'un peuple en révolutions!

Que sert ta chanson, ô poète?

Ces chants que ton génie émiette^ Tombent à la vague inquiète Qui n'a jamais rien entendu!

Ta voix s'enroue en cette brume.

Le vent disperse au loin ta plume, Pauvre oiseau chantant dans l'écume Sur le mât d'un vaisseau perdu!

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