‹ Les chants du crépusculeChapitre 5 sur 28 · NAPOLÉON II · texte numérisé non relu

NAPOLÉON II

Autour du nouveau-né riant sur son chevet ; Quand ce grand ouvrier, qui savait comme on fonde, Eut, à coups de cognée, à peu près fait le monde Selon le songe qu'il rêvait ;

Quand tout fut préparé par les mains paternelles Pour doter Thumble enfant de splendeurs éternelles j Lorsqu'on eut de sa vie assuré les relais; Quand pour loger un jour ce maître héréditaire. On eut enraciné bien ava'nt dans la terre Les pieds de marbre des palais;

Lorsqu'on eut pour sa soif posé devant la France Un vase tout rempli du vin de l'espérance, — Avant qu'il eût goûté de ce poison doré. Avant que de sa lèvre il eût touché la coupe, Un cosaque survint qui prit l'enfant en croupe Et l'emporta tout efiaré !

Oui, l'aigle, un soir, planait aux voûtes éternelles, Lorsqu'un grand coup de vent lui cassa les deux ailes; Sa chuie fit dans l'air un foudroyant sillon; Tous alors sur son nid fondirent pleins de joie; Chacun selon ses dents se partai^^ea la proie ; L'Angleterre prit l'aigle, et l'Autriche l'aiglon.

Vous savez ce qu'on fit du géant historique. Pendant six ans on vit, loin derrière l'Afrique, Sous le verrou des rois prudents,

— Oh! n'exilons personne, oh! Texil est impie! — Cette grande figure en sa cage accroupie,

Ployée, et les genoux aux dents.

Encor si ce banni n'eût rien aimé sur terre !

Mais les cœurs de lion sont les vrais cœurs de père.

Il aimait son fils, ce vainqueur!

Deux choses lui restaient dans sa cage inféconde, Le portrait d'un enfant et la carte du monde,

Tout son génie et tout son cœur !

Le soir, quand son regard se perdait dans Talcôve,

Ce qui se remuait dans cette tête chauve,

Ce que son œil cherchait dans le passé profond,

— Tandis que ses geôliers, sentinelles placées Pour guetter nuit et jour le vol de ses pensées,

En regardaient passer les ombres sur son front; —

Ce n'était pas toujours, sire, cette épopée Que vous aviez naguère écrite avec Tépée:

Arcole, Austerlitz, Montmirail; Ni l'apparition des vieilles pyramides, Ni le pacha du Caire et ses chevaux numides

Qui mordaient le vôtre au poitrail;

Ce n'était pas le bruit de bombe et de mitraille Que vingt ans, sous ses pieds, avait fait la bataille

Déchaînée en noirs tourbillons, Quand son souffle poussait sur cette mer troublée Les drapeaux frissonnants, penchés dans la mêlée

Comme les mâts des bataillons ;

Ce n'était pas Madrid, le Kremlin et le Phare, La diane au matin fredonnant sa fanfare. Le bivouac somafeillant dans les feux étoiles,

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