LA BALLADE
Des repiqueuses de riz.
Je n'ai pas de chapeau et je dois repiquer Du riz jusqu'au soir.
Que le soleil m'épargne la chaleur, Que les nuages m'épargnent la pluie, Je dois repiquer du riz jusqu'au soir.
Allons repiquer au pays de Doaï
On dit que le salaire y est nul, mais qu'im-
[porte ?
Si les hommes y sont beaux et si l'on en rap-
[porte, Au bout de la saison, un bel enfant qui pleure Et qu'on apaise en l'embrassant.
Joli moissonneur que faites-vous seul dans la
[rizière ?
Venez donc près de moi, je n'ai pas encore
[d'époux.
l6 LES CHANTS POPULAIRES
Vous qui passez sur la digue, votre figure me
[plait.
Permettez-moi de vous suivre jusqu'à votre
[demeure, Je désire mâcher le bétel avec vous.
Pendant mille et mille ans gardez-vous De repiquer du riz au village de La; Les hommes y sont laids, On n'y mange que du riz sans saumure Et les aubergines du pays sont détestables.
Qui donc m'a conduite en cet endroit?
Partout des rivières, partout des montagnes, Je suis triste, triste, dans ce désert ; Je ne puis m'entretenir avec personne, Ma seule compagne est la lune qui me regarde.
Le couteau d'or doit entrer dans la gaine de
[velours; Hélas! Hélas! qui voudra de moi?
La repiqueuse de riz n'est pas pour l'étudiant, Pourtant mon cœur s'agite et tout mon être
[brûle Comme si j'étais sur un feu ardent.
Eh! là-bas, toi qui portes l'habit blanc.
Demande à la vieille mère de te le teindre
[en noir.
C'est la lune que j'interpelle, mais elle ne
[répond pas, £î continue, immobile, à me regarder fixe-
[ment.
vous que je rencontre ici , rappelez-vous [votre promesse.
En touchant le peigne, souvenez-vous du [miroir,
' En touchant le turban, souvenez-vous de la [bourse, Je reste à la rizière, et déjà vous voilà loin. Beau voyageur, souvenez-vous.
En voyant la gourde qui contient mon vin, ^n me regarde en riant comme si j'étais
[ivre.
^3 gourde est vide et si ma figure est triste, ^ est qu'il est deux heures, que le soleil passe, ^^ que je n'ai rien à manger.
Wdez-vous d'épouser jamais un étudiant, ^^s étudiants ont le dos très long ^^ aiment à se vêtir de belles étoffes ^ peigner leur chevelure, à laisser croître Ihurs ongles.
l8' LES CHANTS POPULAIRES
Et ils ne quittent la table que pour aller [dormir.
Chantez, amusez-vous, profitez du prin-
[temps, De peur de ne pas voir l'automne, La vie n'amène pas toujours la vieillesse ; Voilà que vos années de soleil s'écoulent, Qu'attendent vos parents pour vous donner
fune femme?
Avouez, la main sur le front, que vous avez
[trente ans.
Laissez-moi vous suivre jusqu'à votre mai-
[son.
Pour connaître le visage de vos parents.
Ne me dédaignez pas, je saluerai vos ancê-
[tres.
Je boirai le thé, je mâcherai le bétel avec
[vous..
O vous, voyayeur, arrêtez un instant, Etes-vous si pressé? La repiqueuse de riz A du bétel dans sa ceinture, de l'arec dans
[son couvre-sein.
La route est longue et le soleil ardent, N'avez-vous aucune histoire à me raconter?
Il faut jouir de la lune quand elle est dans
[son plein, Il faut jouir des fleurs quand elles sont épa-
[nouies, Quand vous étiez jadis avec vos compagnes Vous chantiez tout le jour, d'où vient votre
[tristesse Depuis que vous avez suivi l'époux?
Votre mère aimait le riz gluant et parfumé, Les cochons bien gras et les sapèques de
[Canh-Hung.
Le gâteau Chung est savoureux, Les ligatures s'entassent dans le coffre, Mais les coups de rotin sont bien cuisants.
Que le ciel nous donne de bonnes moissons ! Vous vendrez le riz que je repique Et vous m'achèterez à mes parents ; J'abandonnerai tout pour vous suivre, La pagode, la boîte à bétel, le village et la [pipe à eau.
Vous m'avez dit ma sœur que vous n'aviez
[pas d'époux D'où vous vient cet enfant que vous portez
[sur la hanche?
On dit qu'il vous ressemble neuf parties sur
[dix, Moi je trouve qu'il ressemble, dix parties
[sur dix.
Au maître dont vous fîtes la moisson Tan
[passé.
Qu'il me tarde de voir les deux premiers
[mois de l'année !
La terre se repose et les paysans aussi.
L'air est frais, les filles arrachent Therbe des
[rizières, Tout en riant avec les jeunes garçons Qui les regardent assis sur les bordures.
C'est le moment des amours pour tous les
[âges, L'homme dit à la femme : « Quitte ton
[époux, « Et je quitterai mon épouse pour te suivre, « Ne t'inquiète pas des petits enfants, « Il deviendront les miens et j'en aurai grand
[soin. »
Le jeune homme abandonne sa fiancée,
La femme abandonne son mari.
Mais Tamour s'envole avec la belle saison...
« Je trouve que vos enfants sont bien jeunes, « 11 vaut mieux les rendre à leur père. »
Allons au pays de l'Est pour repiquer le riz î^ous y verrons la pagode de Pha Laï, Nous traverserons le fleuve de Sâu Dàu ; 11 fait bien froid la nuit et vous êtes seule, Que ne venez-vous partager ma natte épaisse ?
On dit qu'il vaut mieux, sur des feuilles de
[bananiers, Coucher avec deux hommes à la fois.
Que de dormir seule sur une natte bien
[fraîche.
Je n'ai pu cette nuit goûter un instant de
[sommeil, Les moustiques et votre souvenir m'ont te- [nue éveillée.
Passez votre chemin, ne me dites rien de
[plus, ^os paroles sont mensongères.
^Ous voulez vous moquer ou rire un ins-
[tant, ^à bas, dans la cabane en feuilles de lata-
[nier, ^otre femme légitime, jolie comme une [barre d'or, vous attend.