LA JOUTE FLEURIE
LA JEUNE FILLE
Je n'ai pas oublié le temps où nous allions ensemble acheter et vendre, mais vous, m'avez-vous oubliée ?
LE JEUNE GARÇON
La voix qui chante ici me rappelle le son de la cloche d'or, ce ne peut être que la voix de ma bien-aimée.
LA JEUNE FILLE
Que ne suis-je transformée en sapèque et que n'êtes-vous le lien de la ligature, nous serions ainsi étroitement réunis !
LE JEUNE GARÇON
Que n'êtes-vous le gracieux aréquier à la tige élancée, je me ferais la liane flexible pour vous' étreindre !
LA JEUNE FILLE
Quand je traverse le pont, je me penche et retire mon chapeau pour compter les colonnes; à chaque colonne je forme un vœu pour vous.
LE JEUNE GARÇON
Quand je me rends à la pagode je retire mon chapeau et je compte les statues, à chaque divinité je fais une prière pour vous.
LA JEUNE FILLE
Le bambou est toujours et partout gracieux, même quand il s'élève au milieu de la haie parmi les arbres vulgaires. Ma beauté est de même je suis belle parmi toutes les autres jeunes filles.
LE JEUNE GARÇON
Allez, je vous prie, chercher votre sœur aînée pour chanter avec moi et me donner la réplique ; je crains qu'à la jeunesse vous ne joigniez Tinexpcrience.
LA JEUNE FILLE
La lampe orgueilleuse se vante d'être plus brillante que la lune, qu'il survienne un coup de vent et la voilà éteinte.
LE JEUNE GARÇON
La lune orgueilleuse se vante d'être plus brillante que la lampe, qu'il survienne le moindre nuage et la voilà disparue.
LA JEUNE FILLE
Que l'homme se tienne assis sous les touffes de bambous,
Qu'il se tienne debout à l'ombre de l'arbre Mai,
Qu'il laboure la rizière à l'Est,
Qu'il défriche la forêt à l'Ouest,
S'il est éloigné de sa bien-aimée il ne peut cependant vivre seul,
Qui sait alors de quelle fille il fera son amie!
LE JEUNE GARÇON
Ah! si je pouvais espérer vous avoir pour épouse!
Je m'engagerais à construire, pour baigner vos pieds, un vaste bassin de briques en forme de demi-lune.
LA JEUNE FILLE
J'aime à manger Torange acide et me plais à m'asseoir à Tombre de Toranger, mais si je vous épousais, je ne vous suivrais pas en Chine.
LE JEUNE GARÇON
Je ne suis pas un homme du commun et n'ai pas la passion du jeu; je suis serviteur du roi, je combats pour le roi et je rame sur la jonque royale.
LA JEUNE FILLE
Si le Dragon d'or se lave dans l'eau im-
pure, son corps brillant se charge d'impuretés.
Si le savant s'unit à Tignorant, son esprit s'oblitère et la science s'envole.
LE JEUNE GARÇON
La musique n'est pas faite pour l'oreille des buffles ; on ne tue pas les moineaux à coups de canon, ni les mouches à coups de sabre.
LA JEUNE FILLE
Quand on accepte une chique de bétel, il est prudent de l'ouvrir d'abord ; elle pourrait contenir du poison, ou bien une trop grande proportion de chaux.
LE JEUNE GARÇON
Quand on mange un litchi, on doit l'ouvrir d'abord ; qui sait si quelque ver immonde n'en ronge pas le cœur.
LA JEUNE FILLE
Votre souvenir m'absorbe à tel point que le jour j'oublie de manger et la nuit je ne puis dormir.
s POPULAIRES
LE JEUNE GARÇON
Je VOUS cherche comme on cherc oiseau rare, mais comment vous troui cherche sur les bords de la mer de Quand l'oiseau s'enfuit vers la mer du
Or ne prend jamais une aiguille d'o faire un hameçon, les gens sages n'ont entre eux de paroles mauvaises.
Vous êtes l'or brillant et je suis le l
Vous êtes la fleur odorante et blani carambolier et je suis la fleur de loi grand lac.
Nos qualités pour être diff"érentes sont pas moins égales.
LE JEUNE GARÇON
Dans les jeux de passe-temps, à Texamen des lettrés, qui peut égaler mon adresse à faire une batterie sonore sur le gong?
LA JEUNE FILLE
Je voudrais vous rejoindre, mais je ne le puis, la barque du village est retenue par le mandarin. Et je n'ai pas d'argent pour payer la barque du passeur.
LE JEUNE GARÇON
Depuis le soir d'hier jusqu'au soir d'aujourd'hui j'ai porté mes regards de tous côtés et ne vous ai pas vu venir. A quoi donc avez-vous employé votre temps?
LA JEUNE FILLE
A écouter les cigales en regardant la lune.
A voir les poissons rouges se poursuivre dans l'eau du lac.
LE JEUNE GARÇON
J'aperçois le nuage d'or au ciel, c'est. \itv
présage heureux, il faut nous fiancer aujourd'hui même.
LA JEUNE FILLE
j'y consens à la condition que vous m < direz combien il y a d'arbres dans la forê-C de rochers sur la montagne, et combien éL fois le fleuve Rouge se replie sur lui-mêm^
LE JEUNE GARÇON
Nous n'avons pas payé les gens qui oi défriché la terre et qui ont planté Tarbre, ^^ ne nous est donc pas permis d'en mangC^ ^ les fruits, mais ne pouvons-nous pas ca^^' ser quelques branches fleuries pour noi^ ^ amuser?
LA JEUNE FILLE
Bien que je consente à m'unir à vous, j suis déjà promise à un autre homme, je sui comme la serrure à laquelle on a donné u tour de clef. En quittant mon fiancé pou:^" vous suivre, je brise la serrure et la clef, n^^ m'en saurez-vous aucun gré?
LE JEUNE GARÇON
Si vous consentez à me suivre, fier de mm
victoire, j*irai chercher un riche palanquin et vous conduirai à la campagne où vous paîtrez les buffles.
LA JEUNE FILLE
Vous vous moquez de moi, n'importe, je suis comme la cloche d'or suspendue à la pagode du Quan Thu'o'ng et gardée par mille soldats.
LE JEUNE GARÇON
Vous êtes jolie comme la jeune fille peinte sur le tableau, et il me semble que je suis le pinceau dont on s'est servi pour peindre cette figure.
LA JEUNE FILLE
Je vous aime en secret et malgré moi, je ne puis me soustraire à cet amour qui me trouble quand je repose mes yeux sur vous ou que je touche de la main votre main.
LE JEUNE GARÇON
Mon cœur brûle, je prie le ciel de nous épargner les rayons ardents et de faire souf-
lO LES CHANTS POPULAIRES
fier un vent léger qui rafraichisse mon cœur.
LA JEUNE FILLE
Je vais au jardin prendre une noix fraîche d'aréquier, je la partagerai en quatre et nous la mâcherons ensemble.
LE JEUNE GARÇON
Je vous aime, mais vous avez le cœur dans le cou, vous êtes hautaine et je suis comme ratïamé qui voudrait cueillir une banane sur un bananier trop élevé.
LA JEUNE FILLE
J'ai pris le couteau d'or pour partager le mets savoureux et vous l'apporter sur un plat de Chine. En arrivant au rendez-vous, je n'y trouvai que votre ami et mon âme fut inquiète et troublée, comme si j'avais perdu une barre d'or.
LE JEUNE GARÇON
Mais aujourd'hui, nous sommes réunis, dites-moi sincèrement si vos paroles ne sont
pas feintes et si vous vous souvenez toujours de notre ancienne amitié.
LA JEUNE FILLE
Il ne tient qu'à vous que nous ressemblions à deux vers à soie, mangeant à la même feuille, et faisant notre nid dans la même corbeille.
LE JEUNE GARÇON
Vous êtes comme une fleur dont on a pris Todeur, votre parfum est perdu, je ne vous désire plus.
LA JEUNE FILLE
Voilà bien comme vous êtes tous, lettrés et philosophes, dédaigneux et inconstants; vous avez près de vous un miroir admirable et vous ne vous y mirez pas... Ah! ma tristesse est extrême.
LE JEUNE GARÇON
La femme qui a perdu la pureté du cœur est comme la fleur coupée, tombée au milieu du chemin, le passant la foule au pied : on ne ramasse pas les fleurs tombées.
LA JEUNE FILLE
Vous VOUS trompez et m'injuriez; je cherche un époux digne de mes joues de vermillon et de mes dents noires et brillantes; je n'aime ni les rizières ni les étangs, et ne saurais choisir un cultivateur; mes goûts me portent vers le pinceau et l'encrier, je veux épouser un étudiant.
LE JEUNE GARÇON
Vous aimez les oranges, mais comme les fruits sont nombreux sur l'arbre, vous ne pouvez les manger tous, après vous être rassasiée, vous faites tomber tous les autres à terre et l^s contemplez en vous reposant à l'ombre.
LA JEUNE FILLE
Celui qui tient la balance de l'orfèvre doit connaître l'or pur; celui qui veut juger ses semblables doit savoir distinguer les bons des mauvais.
LE JEUNE GARÇON
N'oubliez pas que vous êtes ici pour chanter, pour amuser les autres, or, que vous
DES ANNAMITES l3
soyiez vaincue dan^ la joute littéraire ou que vous soyez mon- vainqueur, nous ne devons ni l'un ni l'autre laisser voir l'amertume de nos pensées.
LA JEUNE FILLE
Mon cœur n'a point d'amertume. Je prie les assistants de chaque côté de s'éloigner un peu et de me laisser seule en face de ce jeune garçon, on verra de quel côté sera la victoire.
LE JEUNE GARÇON
Vous et moi, nous sommes comme deux pièces d'argent, l'une inclinée, l'autre renversée; nous devons nous unir et nous aimer sans cesse.
LA JEUNE FILLE
Nous serons deux époux heureux et beaux, nous aurons la pureté du riz blanc, la saveur du riz gluant et le parfum du gâteau gio.
LE JEUNE GARÇON
Nous sommes unis pour la vie: notre amour durera autant que nous-mêmes, nous
supporterons tout ensemble, nous mangerons le gingembre, comme le sel, ensemble et sans nous plaindre.