‹ Les chants et les traditions populaires des AnnamitesChapitre 35 sur 71 · LA VIE JOYEUSE · texte numérisé non relu

LA VIE JOYEUSE

Qu'est la vie d'un homme? Trente-six mille

[jours ; Il est des fleurs qui s'épanouissent le matin Et qui le soir sont flétries, Ainsi passe la vie humaine.

Qu'est-il besoin de prendre du souci?

Pourquoi ne pas profiter de la vie Seulement pour chanter, jouer et boire du [vin de riz ?

Qu'est donc sous le Ciel la montagne Nam

[Son?

Quelle importance a la terre tout entière [sous le ciel?

Les choses créées ne sont rien.

L'homme qui passe sa vie sans plaisirs, A quoi lui sert-il de vivre?

Attendra-t-il d'être mort pour jouir?

Les richesses, les honneurs, les hautes di- [gtiités, Ne sont rien sans le plaisir

Sur le fleuve Rouge éclairé par la lune,

Laissons dériver notre jonque, Et regardons passer les villages et les jardins. Contemplons le firmament immense, Les volées d'oiseaux sur les bords du fleuve. Respirons la brise qui vient de la mer.

Nous voici loin déjà; voyez les jonques de

[Hanoi, Pressées sur Teau comme des feuilles d'arbre. Laissons nous dériver en rêvant Gomme jadis Tô Dông Pha sur le fleuve Xich

[Bich.

Tous les hommes, riches comme pauvres.

Ne sont que des passagers sur la terre :

La vie humaine ne dure pas un siècle.

Qu'est un siècle ?Ladurée d'un jet de navette, L'ombre que produirait sur le sol de la cham-

fbre Un enfant qui passe en courant devant la

[porte !

Les anciens profitaient, pour se divertir.

^'■Des longues et belles soirées d'automne, fjk allumaient des torches, maniaient des pi-

[rogues, Montaient sur des collines pour aspirer la

[brise, Ou rêvaient étendus, à regarder la lune.

Suivez donc, jeunes garçons, l'exemple des

[anciens, Chaque saison vous offre un plaisir différent, Les loisirs sont précieux quand on sait en

[user.

Peu de mortels arrivent à soixante-dix ans.

De la jeunesse qui passe si vite, A la vieillesse qui vient si tôt, Combien jouissent de la vie Et satisfont aux désirs du Ciel ?

Les journées s'écoulent dans un rude labeur.

Les nuits se passent en sérieuses réflexions. A quoi sert-il à l'homme d'être dans la nature Le premier parmi les êtres s'il est le moins [heureux?

Pendant les chaudes soirées de l'Eté,

Il n'est pas de plaisir comparable

A la promenade en jonque, sur le fleuve Duc;

Le moindre souffle d'air dissipe la mélancolie.

Les flots légers scintillent sous la lune,

La brise emporte des airs de flûte et de guitare,

Les collines élèvent jusqu'au ciel

Les masses épaisses des forêts :

Mille barres d'or ne peuvent payer un tel

[plaisir, Ni procurer une jouissance semblable.

Profitez, profitez-en, la vieillesse vient si vite !

Quel homme a donc vécu plus de 36,ooo jours ? Depuis l'époque où poussent les premières

[dents.

Jusqu'au jour où la tête devient tout à fait

[blanche, La vie n'est qu'une alternative de joies et de

[soucis.

En vérité que vaut donc la vie humaine !

Le Ciel a réparti dans l'immense nature Les fleuves, les montagnes, les oiseaux et les

[fleurs ; Il a étendu comme un manteau sur la terre L'herbe et les forêts profondes ; Tout cela a été fait pour l'homme.

Chaque homme vit et meurt d'une façon dif-

[férente, Mais tous doivent se conduire d'une façon

[unique,

DES ANNAMITES jS

Aimant la famille, honorant les aînés, obéis- [sant au roi.

Le temps passé, le temps présent, le temps [futur,

Sont à peine saisissables :

Quand la barbe apparaît c'est l'adieu de la [jeunesse,

Il est bon d'y songer toujours.

Le Ciel a de secrets desseins ; Dans tout il veut le bonheur de l'homme.

Mais avant de lui accorder tous ses désirs.

Il le soumet parfois à de pénibles épreuves.

Il crée des héros et des gens de talent, Pourhonorerleur siècle et défendre leur pays. Si vous reconnaissez en vous quelque valeur, N'ayez nulle impatience, votre jour viendra

[vite.

Apportant la noblesse, et la gloire et les biens. Le dragon, le poisson ont la même origine , Mais combien pour chacun la destinée

diffère ; Le poisson ne peut vivre hors de son clément, Mais qu'un léger nuage s'abaisse vers le sol, Et l'on voit le dragon s'élancer dans les airs.

Que vous soyez jamais heureux ou malheu-

[reux, Contentez-vous toujours du sort qui vous est

[fait.

Maudire et vous débattre quand vient un

[mauvais jour Ne sert qu'à augmenter votre peine.

Il faut savoir attendre, profiter de la chance, Vivre sans efforts, agir sans artifices et mé-

[priser les soucis.

Quelle douce et ravissante soirée !

Le soleil derrière les nuages

Embrase tout l'Occident empourpré.

Hérons et pélicans aux ailes alourdies

Traversent les rayons du soleil d'or qui tombe.

Une voix s'élève du milieu du lac,

C'est un vieillard qui chante en dirigeant sa

[barque.

Les oiseaux rentrent à leur nid, La brise fait frissonner la surface de l'eau, Et la lune là-haut apparaît déjà Prête à éclairer la nuit qui va venir.

Que le lac est donc beau ! Que la montagne

[est belle ! !

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