‹ Les chants et les traditions populaires des AnnamitesChapitre 50 sur 71 · CHANTS · texte numérisé non relu

CHANTS

La populace annamite, nos boys, nos cuisiniers, les coolies, chantent ou fredonnent à tout propos, dans les rues et même en notre présence, quand ils sont certains, toutefois, de n'être pas compris, des couplets dans lesquels les Français sont conspués ou tout au moins ridiculisés. Ces couplets, mal écrits et souvent obscènes n'ont, la plupart du temps, aucun caractère original et ne valent pas la peine d'être recueillis et traduits. Cependant à côté de cette littérature grossière, nous avons remarqué d'autres pièces d'un ordre plus relevé, de véritables poèmes dans lesquels, à la vérité, les Français ne sont guère plus ménagés, mais qui révèlent chez les annamites un sentiment patriotique qu'il est important de ne pas méconnaître parce qu'il est exploité contre nous par les lettrés. Ces pièces sont toutes relatives aux événements, de 1873; la plus remarquable est

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consacrée à la gloire de Hoàng Ru'o'u, le gouverneur de Hanoï qui, n'ayant pu empêcher la ville de tomber entre nos mains, ne voulut pas survivre à ce malheur et se tua.

Un détail que Ton ignore, c'est que ce fidèle fonctionnaire, par un raffinement de patriotisme, choisit pour se tuer, un endroit historique.

Près la porte du Nord, dans la citadelle de Hanoï, se trouve un tumulus assez élevé, de forme allongée, dont la partie supérieure forme terrasse et qui se relève, à une extrémité en une sorte de cône escarpé ; c'est sur ce tumulus, qui s'appelle la montagne de Tam (Tam So'n) que fut construit, lors de la fondation de Hanoï, le premier palais impérial. Ce tumulus sert aujourd'hui, dans la citadelle, de dépôt d'ordures, les latrines du génie y sont adossées.

Au moment de la conquête, un édicule, élevé au sommet du cône, abritait encore la stèle commémorative de la construction du palais ; tout a malheureusement disparu, les fondations, seules, sont encore visibles au milieu des broussailles.

C'est aux branches d'un des arbres qui

ont, depuis des siècles, envahi le tumulus, que Hoàng Ru'o'u se pendit après la prise de la citadelle.

Les habitants de Hanoï lui ont élevé, près de Sinh-Tu', un temple dans lequel sa mémoire est l'objet d'un véritable culte.

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