TRISTESSE
Tais-toi ! tais-toi ! mon cœur, et sanglote en silence ! Étanche ta blessure et ne la montre pas ;
Comme les flancs du Christ garde ton coup de lance ; Baigne-toi dans ton sang en te plaignant tout bas !
Ne vas pas découvrira cette lâche foule Qui s’afflige et qui rit de tout en môme temps, La plaie à larges bords par où ton sang s’écoule Entraînant avec lui ton rêve de trente ans!
Pleure en voyant passer l’ombre de ton enfance Qui porte dans ses bras ton meilleur souvenir, Quand tu battais joyeux en calculant d’avance L’instant où ton ami allait enfin venir !
Pleure en voyant passer l’ombre de ta jeunesse Qui te compte, à mi-voix,. tes rêves avortés, Quand tu croyais encore en sa sainte promesse Que tes jours par les siens ne seraient pas quittés.
Pleure, mais ne va pas exposer aux outrages Ce nom que tu rêvais si grand à l’horizon ;
Au dedans de toi-même amasse tes orages, Seul et sans le haïr pleure sa trahison !
Tais-toi ! tais-toi ! mon cœur, et sanglote en silence 1 Laisse s’évanouir ce fantôme endormi,
Il fallait bien savoir ce que dans la balance Peut peser de douleurs l’abandon d’un ami !