‹ Les chants modernesChapitre 25 sur 51 · A UNE FEMME · texte numérisé non relu

A UNE FEMME

Si je pouvais boire avec toi l’oubli De toutes les choses passées ;

Si je pouvais, de mon cœur affaibli, Arracher les sombres pensées ;

Si je pouvais étouffer pour toujours Les voix qui me parlent sans cesse, * Psalmodiant à travers nos amours Leurs notes pleines de tristesse !

Tous ces mots que d’autres t'ont dits, Si je pouvais les ôter de ton Ame !

Si je pouvais éteindre toute flamme Dont d’autres ont brûlé jadis !

Ah ! je voudrais, renouvelant ta vie, Te mettre un jour entre mes bras Immaculée et pure à faire envie,

Et te dire en parlant tout bas :

« Ecoute-moi, rien ici n’est prospère ;

» Tout se fane et meurt à son tour ;

» Tout ce qu'on aime et tout ce qu'on espère, » Les rêves de nuit et de jour.

j> Tout s’en va : la terre est mauvaise !

» Allons-nous-en dans le même baiser,

» Partons tous deux, et sans nous reposer,

» Pour le ciel, où l’on est à l'aise !

» Bien vite, allons demander au bon Dieu » Un peu d’éternelle tendresse !

»> Montons, montons vers le grand pays bleu,

» Où tout geste est une caresse !

» Mourons tous deux ! notre amour est trop grand » Pour pouvoir habiter la terre ;

» Ne perdons pas son parfum enivrant » Parmi ce monde délétère.

» Partons pour l’avenir béni !

» Dans l’infini, développons nos ailes ;

» Montons, montons aux sphères éternelles, » Où l’amour n’est jamais fini ! »

Smyrne, 1814.

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