A UNE FEMME
Si je pouvais boire avec toi l’oubli De toutes les choses passées ;
Si je pouvais, de mon cœur affaibli, Arracher les sombres pensées ;
Si je pouvais étouffer pour toujours Les voix qui me parlent sans cesse, * Psalmodiant à travers nos amours Leurs notes pleines de tristesse !
Tous ces mots que d’autres t'ont dits, Si je pouvais les ôter de ton Ame !
Si je pouvais éteindre toute flamme Dont d’autres ont brûlé jadis !
Ah ! je voudrais, renouvelant ta vie, Te mettre un jour entre mes bras Immaculée et pure à faire envie,
Et te dire en parlant tout bas :
« Ecoute-moi, rien ici n’est prospère ;
» Tout se fane et meurt à son tour ;
» Tout ce qu'on aime et tout ce qu'on espère, » Les rêves de nuit et de jour.
j> Tout s’en va : la terre est mauvaise !
» Allons-nous-en dans le même baiser,
» Partons tous deux, et sans nous reposer,
» Pour le ciel, où l’on est à l'aise !
» Bien vite, allons demander au bon Dieu » Un peu d’éternelle tendresse !
»> Montons, montons vers le grand pays bleu,
» Où tout geste est une caresse !
» Mourons tous deux ! notre amour est trop grand » Pour pouvoir habiter la terre ;
» Ne perdons pas son parfum enivrant » Parmi ce monde délétère.
» Partons pour l’avenir béni !
» Dans l’infini, développons nos ailes ;
» Montons, montons aux sphères éternelles, » Où l’amour n’est jamais fini ! »
Smyrne, 1814.