‹ Les chants modernesChapitre 3 sur 51 · AUX POETES · texte numérisé non relu

AUX POETES

Poètes, croyez-moi! ne dites plus : « Ma lyre! »

Ne dites plus : « O Muse ! » Oubliez ces vieux mots ! Imitez Rabelais quand il disait : les pots !

Au lieu a du dieu Bacchus et de son saint délire ! »

Laissez tous les dieux morts dans leurs cieux oubliés ; Délivrez-nous enfin de la mythologie ;

Laissez le vieux Silène et sa panse élargie,

Et ses grands boucs lascifs de guirlandes liés !

Jupiter est sans foudre et Vénus est ridée :

La Ménnde en sueur n’erre plus dans les bois, Actéon ne suit plus les biches aux abois.

Et la coupe d’Iïébé pour toujours est vidée.

Diane ne va plus, dans son bosquet poncif, Chercher Endymion au retour de la chasse ; Apollon de vieillesse est mort sur le Parnasse ; Hippocrène est à sec et Pégase est poussif.

La nymphe ne tient plus l’urne d’or des rivières ;

L’hydre de Lerne, éteinte au milieu des roseaux,

N’est plus qu’un grand marais ; j’ai vu ses vertes eaux Baigner les jeunes foins et les blondes rizières.

Le Styx et l’Achéron n’ont plus de « sombres bords ; ». Achille est enterré sous des tertres arides ;

Il ne reste plus rien du palais des Atrides,

Et les tombeaux d’Argos n’ont môme plus leurs morts.

Corinthe est dévastée, et Sparte est inconnue; Delphes n’a plus d’oracles; Eleusis est détruit; Caron a disparu, le Tartare est sans bruit :

Ixion maintenant peut embrasser la nue !

S’il faut chercher les dieux au fond du firmament, Ce n’est pas en priant, c’est avec des lunettes;

De tous ces détrônés on a fait des planètes,

Et Mercure, aujourd’hui, n’est qu’un médicament.

L’Olympe est écroulé ! Ce n’est pas que je blâme Ceux qui vont s’inspirer aux splendeurs d’autrefois ; Il est permis d’aimer les vieux dieux, les vieux rois, Et l’on peut allumer sa verve à toute flamme!

Il est bon de savoir les récits du passé,

D’apprendre les chants purs « dont la Grèce est la n.ère, » De connaître Platon, de méditer Homère,

Et d’abreuver son âme à ce qu’on a pensé !

Travaillez, apprenez, comprenez; ô poètes!

Sans trêve, étudiez et descendez au fond ;

Jamais votre savoir ne sera trop profond,

Car il faut être fort, dans le temps où vous êtes.

L’esprit, comme un géant, marche par l’univers; Écoutez ce qu’il dit, il vous dicte vos rôles,

Jetez votre pensée à travers les deux pôles ; Agrandissez nos cœurs, faites-nous de beaux vrrs 1

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