ANNIVERSAIRE
Un soleil éclatant, passant par la fenêtre, Regardait mon bonheur; j’étais à vos genoux, Comme devant l’autel se prosterne le prêtre.
Voilà trois ans déjà ! Vous en souvenez-vous?...
J’étais heureux enfin ! Je sortis de la ville,
Dont le bruit effrayait mon rêve aux ailes d'or;
J’allai m’asseoir tout seul auprès d’un bois tranquille, Comme un avare, afin de compter mon trésor!
J’y restai bien longtemps, plein d’une joie amère, Unissant mes espoirs avec tous mes regrets; Mêlant ton souvenir à celui de ma mère,
L’un si lointain déjà, l'autre encore si près!
L’avenir chantait haut dans mon âme ravie !
L’amour m’illuminait , et je sentais en moi Que je touchais enfin au rêve de ma vie,
Et que tu devenais ma jeunesse et ma foi !
Je compris qu’à toujours tu m’étais fiancée,
Et ce fut ce jour-là que, près d’un bois perdu, Mon cœur a commencé l’hymne de sa pensée, Hymne adorable auquel ton cœur a répondu !
Rien jamais, — ni chagrin , ni peine, ni détresse,
Ni le temps ravageur qu’on ne peut désarmer —
N’empêchera ma voix de chanter ma tendresse, Mon cœur de la sentir, mon âme de l'aimer!
Je t’aimerai toujours! mon âme est éternelle! Sans repos je dirai l’hvmne de nos amours ; Maintenant et plus tard , sur la terre mortelle, Dans les astres futurs, je le dirai toujours !
Car pour l'éternité nos âmes sont unies ; Nous marcherons parmi les transmigrations, Ensemble gravissant les routes infinies Où nous devons trouver nos incarnations !
Et nous irons ainsi, côte à côte, sans cesse,
Nous rapprochant toujours, nous aimant plus et mieux , Faisant de notre vie une immense caresse Plus large que la mer, plus vaste que les deux !
Jusqu’au jour où, tous deux, rayonnants de lumière, Ayant tout épuisé, joie, amour et bonheur,
Nous nous absorberons dans une mort dernière,
Pour ne faire plus qu’un dans le sein du Seigneur!
Septembre 1848.